Le marathon concertique continue à Paris en ce lundi 11 octobre, 48 heures après Sabaton et Alestorm au Nouveau Casino et 24 heures après Tarja, Markize et Whyzdom au Bataclan (pour certains, car d’autres étaient à l’Elysée Montmartre pour Anathema et Agua de Annique). Ce soir comme hier place aux femmes sur scène puisque le Glazart accueille trois groupes female-fronted : les polonais de Unsun, les néerlandais de Asraï et les rois norvégiens de la soirée, Tristania. Avec cette tournée européenne le groupe promeut son nouvel album « Rubicon », paru à la fin de l’été et donne sa première vraie tournée européenne depuis le départ de leurs deux vocalistes originels, Vibeke Stene et Osten Bergoy et les nombreux changements de line-up auxquels ils ont du faire face depuis 3 ans.
Je ne m’attarderais pas sur les deux premiers car après une journée de travail, trois quart d’heure de route et une demi-heure à tourner dans le quartier pour trouver une place (au passage un conseil, si un jour vous prévoyez de vous rendre au Glazart préférez les transports en commun, sans aucun parking souterrain à l’horizon il est bien difficile de trouver une petite place) j’arrive à 21h30, tout juste à l’heure pour le début du set de Tristania mais trop tard pour pouvoir apprécier les prestations de Asrai (vu en première partie d’Epica à Lille en 2008) et d’Unsun (vu au Metal Female Voices Fest l’an dernier). Dommage car les sets de ces deux groupes ont été visiblement une réussite au dire des personnes que je rejoins sur place.
Le Glazart, qui n’est déjà pas une grande salle, est fort peu peuplée. La faute à un week-end trop chargé ? La faute à un concert en semaine (Mariangela remerciera à ce propos le public qui a pris la peine de se déplacer un lundi) ? Mais après tout peu importe le public présent, l’essentiel est bien de passer une bonne soirée n’est ce pas ? Et cela tombe bien puisque Tristania s’apprête à entrer en scène. Leur performance m’avait convaincue en 2009 au Wacken Open Air, qu’en sera-t-il ce soir ?
Des voix électroniques attirent notre attention et le public se prépare pour ce voyage au sein du Gothic Metal de Tristania. Tarald Lie prend place derrière ses futs et petit à petit les autres membres du groupes (ils ne sont pas moins de 6) investissent la scène du Glazart qui parait bien petite pour eux, il leur sera difficile de se mouvoir à leur aise, et encore ils se produisent sans leur claviériste Einar Moen. Kjetil Nordhus (Green Carnation) et Mariangela Demutras entrent eux aussi en scène pour entonner Year of The Rat, premier single de « Rubicon ». On sent tout de suite que l’accueil est réciproquement chaleureux entre les vocalistes et le public. Kjetil est le membre le plus récent du groupe mais dès les premiers instants il prouve immédiatement qu’il est un talent en or pour Tristania. Avec sa voix chaude et profonde il emporte l’audience dans un autre temps. Celui-ci parait d’ailleurs né pour être sur scène et sa présence est saisissante (sa carure n’y étant certainement pas pour rien). La voix de Mariangela est elle un peu étouffée, sa voix manque un peu de puissance et souffre d’un mixage qui ne l’aide pas à se faire entendre, ce qui est dommage car elle semble d’avoir un timbre de voix fort agréable. Mariangela est une interprête très naturelle et malgré ses quelques faiblesses vocales (nous n’auront pas l’indélicatesse de la comparer à la divine Vibeke) sa voix chaudes aux accents du sud réussit à nous emporter. Sur scène le chant est êtremement varié entre les grunts énervés de Anders Hoyvik (guitariste et membre fondateur du groupe, qui parait un peu timide dans son coin, très concentré sur son jeu) et les chants clairs de Kjetil et de Mariangela. Le bassiste Ole Vitness vient compléter ce bel ensemble vocal de sa voix très sombre, achevant de donner toute sa dimension à la musique des norvégiens. La discrète Gyri Smordal Losnegaard, la deuxième guitariste du groupe (et aussi deuxième présence féminine sur scène) mérite tout autant notre attention malgré le rôle minime qui lui est donné sur scène.
La set-list est très axée sur « Rubicon » (ce qui est somme toute normal pour une tournée promotionnelle). L’album, sans me rebuter, ne m’avait pas laissé une impression impérissable à la première écoute et je l’avais donc délaissé pour voir si cela fonctionnerait mieux en live. Et il se trouve justement que le rendu live des titres de « Rubicon » (Protection, Sirens, The Passing, Amnesia, Exile) est bien meilleur. Pari réussi donc pour ce concert promotionnel, il m’a donné envie de réécouter la galette pour mieux m’imprégner des nouveaux titres qu’elle a à offrir. Mais le groupe n’en n’oublie pour autant pas ses vieilles années, puisant de manière relativement équilibrée dans le reste de sa discographie. Tous les albums, de « Widow’s Weed » à « Illumination » sont représentés. Et nous aurons droit à deux premières pour cette date parisienne, le groupe joue en effet pour la première fois sur cette tournée Mercyside (tiré de « Illumination », un bonheur sur scène) et Circus (tiré de « Ashes »). Chacun des anciens titres est interprêté avec la même intensité, le groupe leur offre une deuxième vie. Même si l’interprétation est loin de celle de la froide et énigmatique Vibeke, avec Mariangela chaque titre prend une nouvelle saveur, sans pour autant être vraiment dénaturé.
Vient alors ce que l’on attendait pas, Tristania sont venus avec un invité de marque, le violoniste Pete Johanssen qui a officié sur Rubicon et sur d’autres albums auparavant. La scène devient alors encore plus exigue et Anders manque même de se faire éborgner à plusieurs reprises par l’archet de Pete. C’est un moment rare, Pete apporte indéniablement un élément essentiel à la musique du groupe. La violoniste que je suis apprécie grandement cet apport qui confère une réelle magie à The Passing et à Amnesia, titres tirés de « Rubicon » mais aussi à la perle Beyond the Veil, titre caractéristique des années de gloire du groupe. L’intro a capella de Mariangela et de Kjetil fait frissonner Tarald Lie lance le titre, bombastique. On en frissonne et c’est à n’en pas douter un des plus beaux moments de la soirée qui est à son apothéose.
Amnesia est elle aussi reçue avec beaucoup d’enthousiasme et le violon se mèle parfaitement aux voix de Mariangela et de Kjetil pour ce mid-tempo et moins dominé par les guitares, un morceaux d’où transpire la « Tristania Touch » et ceci est tout particulièrement marquant en live. Un petit mot pour les lumières dont on ne pouvait pas attendre gand chose ce soir dans une salle telle que le Glazart. Elles auront cependant bien réussi à nous plonger dans l’univers du groupe.
Kjetil et Anders demandent au public si le prochain titre Tender trip on earth est un hit ou non, les deux n’étant pas d’accord. Le public, bien que peu nombreux, répond très bien aux sollicitations du groupe et l’ambiance est électrique au Glazart, un public donc faible en quantité mais fort en qualité. Le public a réussi à convaincre Anders, Tender trip on earth est bel et bien un hit, celui-ci en convient avant de quitter la scène après une bien courte heure de jeu.
Et finalement après avoir été réclamé par le public présent le groupe remonte sur scène sur Exile, le premier titre que Mariangela a composé pour le groupe et c’est avec une aisance plus évidente que pendant le reste de la soirée qu’elle nous emporte dans ce titre et le duo avec Kjetil est simplement beau. Enfin aucun mot ne pourra décrire l’expérience unique qu’est d’entendre Angellore en live … Prenant.
Il ne faudra pas attendre bien longtemps pour féliciter le groupe puisque très rapidement après la fin de leur set les norvégiens (et l’italienne) se rendent disponibles pour leur public à leur stand de merchandising, une excellente manière de cloturer une bien belle soirée. Et pour ceux qui le peuvent (et je ne serais pas de ceux-là) rendez-vous est pris au Metal Female Voices Fest le 23 octobre.
Tristania et son nouveau line-up s’est montré convaincant, ils ont été un des grands fers de lance du gothic metal et même si le Tristania cuvé 2010 a bien changé le groupe est toujours debout et a prouvé ce soir qu’il était encore fort et qu’il avait de la musique, de la passion et de l’énergie à revendre.
Set-List Tristania
Year of The Rat
Protection
Mercyside
Sirens
Down
The Passing
Beyond the Veil
Amnesia
Circus
Shadowman
Tender Trip on the Earth
Exile
Angellore
● Ptite Note