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Tarja + Markize + Whyzdom (10/10/10)

3 ans, cela fait trois ans que Tarja Turunen n’avait pas remis les pieds à Paris (« I’m waiting for this since three fucking years » nous rapportera-t-elle en début de concert) . Le relatif échec qu’avait été son premier concert solo en France à l’Elysée Montmartre un certain 11 décembre 2007 (moins de 700 personnes s’étaient déplacées ce soir là, la faute à une place excessivement chère pour une salle comme celle-ci mais aussi à une promotion quasiment inexistante de l’artiste en France par sa maison de disque) avait jeté un froid tout scandinave sur les promoteurs qui ne se risquèrent guère par la suite à la faire rejouer sur les planches françaises. Mais ce soir l’ex-frontwoman de Nightwish est bel et bien de retour en France (on remercie au passage Garmonbozia de s’être mouillé pour la faire revenir à Paris) et malgré une promo tout aussi inexistante qu’il y a 3 ans (Tarja n’étant même pas distribuée par sa maison de disque en France, on ne pouvait guère compter sur celle-ci pour promouvoir l’évènement) l’affluence sera tout de même ce soir de presque 900 personnes, un chiffre dont les prévisions étaient bien loin à l’annonce du concert il y a à peine deux mois. Presqu’un exploit quand on sait que l’Elysée Montmartre fait salle comble (1200 personnes) ce soir-là avec Anathema et Agua de Annique.

Le concert semble placé sous de bons auspices, Tarja n’est pas venue avec le froid de sa terre natale mais plutôt avec l’air doux de sa terre d’adoption (l’Argentine) et en ce beau dimanche les fans se sont donné rendez-vous devant le Bataclan et sont déjà en bon nombre à la mi-journée. Ce soir Tarja sera accompagnée par deux groupes parisiens :  Markize, qui assure le main support de cette première partie de tournée européenne, et Whyzdom, qui donne son premier concert parisien depuis le départ de leur frontwoman Telya Melane et donc leur premier concert parisien avec leur chanteuse guest « intérimaire » Lisa Middelhauve (ex-Xandria).

Seul le rez-de chaussée du Bataclan est ouvert, l’étage est fermé au public, de telle sorte qu’au final l’affluence semble plus que correcte ce soir, la fosse parait bien remplie et la soirée risque fort d’être chaude vue la réputation qu’a le Bataclan. La scène est prête à accueillir Whyzdom et l’espace libre parait bien étroit pour le groupe, ils n’auront donc aucun mal à exploiter l’intégralité du petit l’espace qui leur est offert. Une fois n’est pas coutume leur claviériste Marc Ruhlmann est le premier à entrer en scène, en effet chose assez inhabituelle les parisiens ouvrent leur set avec The Witness. Un choix qui parait bien étrange et l’entrée en scène parait un peu brutale, le groupe nous avait habitué à mieux, notemment lorsqu’il entrait en scène avec Everlasting Child. Une fois tous ses autres accolytes en scène Lisa Middelhauve fait elle aussi son apparition, elle est habillée pour l’occasion par la styliste du groupe, Vultus qui comme à l’accoutumée  a prouvé ses talents. Et un mois après le Raismes Fest qu’en est-il ? L’ambiance est nettement plus chaleureuse au Bataclan qu’au Raismes Fest, le groupe joue à domicile et est très bien accueilli par le public qui répond bien aux sollicitions de Lisa et de Vynce Leff (guitare, grunts). Côté scénique l’ambiance est aussi bien plus chaleureuse et on retrouve un peu de la cohésion perdue au Raismes Fest. Il est clair que Lisa a énormément travaillé (trop peu être car le tout manque cruellement de naturel) son jeu de scène qui est plus dynamiquequ’ à l’accoutumée mais trop impersonnel, trop emprunté et les headbang esquissés se font bien lourds et maladroits. De nombreux gestes et poses ne sont pas sans rappeller ceux de Telya Melane, tout en manquant de conviction. Même si le résultat est fort peu probant et convaincant saluons l’effort fait, on est né pour la scène où on ne l’es pas. Vocalement en revanche ce n’est toujours pas en place, il reste toujours ce filet d’air dans la voix et ce manque cruel de puissance mais aussi d’amplitude vocale (ses faiblesses sont particulièrement criantes sur Atlantis et sur The Train). On découvre en revanche que Lisa est bien plus douée pour le grunt que pour le chant, elle prend notemment le relais de Vynce à la fin de The Witness et de Atlantis et au début de Daughter of the Night, le tout est convaincant. On apprécie également les grunts de Regis Morin (guitare) avec qui Lisa partage son micro pendant Daughter of the Night. Nicolas Chaumeaux (batterie) et Xavier Corrientes (basse) sont eux très carrés dans leur jeu (« à défaut d’avoir une bonne chanteuse ils ont au moins un excellent bassiste » ai-je entendu dans le public). Quand aux aspects plus techniques Whyzdom déçoit, avec un jeu de lumière peu brillant et un mix un peu brouillon (la voix de Lisa, déjà bien faible, est guère mise en valeur). Et c’est sur Daughter of the Night, le titre emblématique et fétiche du groupe que Lisa achève son interim avec Whyzdom. L’aventure humaine semble réussie et le groupe semble scincèrement heureux de cette collaboration. Je serais bien plus nuancée quand au résultat de l’aventure artistique qui reste bien peu convaincante, espérons que Whyzdom renaîtra de ses cendres avec leur nouvelle chanteuse dont nous ne connaissons à l’heure actuelle que peu de choses.

Set-List Whyzdom
The Witness
The Train
Atlantis
Daughter of the night

C’est désormais aux parisiens de Markize de venir chauffer le public du Bataclan. Ceux-ci sont partis sur les routes avec Tarja depuis une dizaine de jours, ils sont en effet le main-support de cette tournée européenne qui s’achève à Londres le 13 octobre. Les parisiens ne parvenaient jusque là pas à me convaincre, et ce n’est pas ce soir qu’ils réussiront à me convaincre d’avantage. Et le public du Bataclan ne s’y trompe pas, l’ambiance descend d’un cran par rapport au set de Whyzdom, malgré les sollicitations suraigues fréquentes de leur vocaliste Alina Dunaevskaya (qui lui vaudront son surnom de poissonnière autour de moi dans le public).

Markize entre en scène avec un de ses nouveaux titres (leur deuxième album, successeur de « Transparence », est à paraitre en mars 2011), Mechanical Hearts. Le groupe délaisse ses accents baroques pour une musique un peu plus moderne, teintée d’électro. Le tout sonne quelque peu banal et déjà entendu. Le deuxième micro d’Alina, un micro rétro sur pied (emprunté à Charlotte Wessels de Delain lors de leur passage au Thunderfest en mai ?), ne nous abuse guère et ne fait pas suffisemment diversion : le chant d’Alina n’est pas plus brillant qu’à l’accoutumé malgré les artifices déployés. Le mix assourdi un peu la voix, un peu moins que pour Whyzdom mais le mixage reste encore un peu brouillon. Et au groupe d’enchainer avec un autre nouveau titre, toujours teinté d’électro, New Era. Moi qui suis pourtant amatrice de metal electro peine à entrer dans ces nouveaux titres, je passe mon chemin.

Accordons tout de même un bon point pour le jeu de lumière de qualité dont bénéficie le groupe, bien plus fourni que pour le premier groupe de la soirée. Un effort est fourni aussi sur le décor avec toujours les papillons chers à Alina qui grimpent à l’assaut du pied de micro, deux élégants paravents noir et deux cages à oiseaux posées à droite et à gauche de la scène. Mais ces artifices ne rattrapent pas un set superficiel.

A noter sur la suite du set un titre où la jeune vocaliste fait honneur à ses origines puisqu’elle le chante en russe et un autre nouveau titre, Miroir, premier single de l’album à venir. A noter aussi une reprise où se mêlent les pistes instrumentales de Time is running out (Muse) et les pistes vocales du Bad Romance de Lady Gaga, une reprise qui aurait pu être intéressante mais encore une fois la voix d’Alina (bien souvent fausse, forcée et sans grande puissance) reste un obstacle certain à l’appréciation du titre, bien loin d’être à la hauteur des deux artistes repris. Ce clin d’œil à Lady Gaga se retrouve dans la tenue « cosmonautiforme » d’Alina (et sa « magnifique » « coiffe » en papier d’alu). Markize termine un set peu convaincant sur Mon Ange, et quand Alina chante « Respire pour moi » on a bien envie en effet de lui offrir un troisième poumon (elle est en effet bien souvent à bout de souffle pendant le set malgré un jeu de scène qui n’est pas des plus trépidants) à défaut d’une nouvelle voix.

Set List Markize
Mechanical Hearts
A New Era
Ostav Menia (Laisse-moi)
Romance is Running Out
Miroir
Mon Ange

Il est maintenant temps de passer aux choses sérieuses, la scène se prépare à accueillir Tarja et les roadies installent un rideau à l’effigie de la finlandaise (un rideau légèrement transparent imprimé de la pochette de l’album What Lies Beneath). Le public se réveille et commence à appeler la reine de la soirée et finalement les lumières s’éteignent, la magnifique et prenante version instrumentale et orchestrale de la b-side If You Believe retentit, achevant d’impatienter le public, les sept minutes d’intro s’égrennent, accompagnées d’un jeu de lumière tamisé très réussi. Le tout est un peu long mais ce morceau d’introduction est très bien choisi. Les musiciens de Tarja prennent place et finalement les chants arabisants de l’intro de Dark Star se font entendre avant que la musique n’éclate. Alors qu’on s’attend à ce que le rideau tombe rien ne se passe et Tarja entre sur scène derrière ce rideau, elle y restera pendant toute la durée du titre, un peu long et frustrant, surtout sur ce titre énergique. Dommage car la recette fonctionnait bien avec Boy and the Ghost (le rideau tombait alors lors de la montée en puissance du titre). Mais cela sera bien le seul bémol de la soirée. Pendant ce Dark Star le mix vocal est un peu faible mais une balance équilibrée sera rétablie par la suite.  Sur album ce titre est un duo avec Phil Labonte (All That Remain) et ses vocaux sont assurés sur scène par le petit nouveau de la petite troupe, le bassiste Kevin Chown (Oliver Holzwarth et Doug Wimbish étant en tournée avec leurs groupes respectifs), celui-ci assurera d’ailleurs les chœurs à de nombreuses reprises dans la soirée. Quelle n’est pas notre surprise quand la finlandaise lance les premières vocalises de Lost Northern Star, titre qui était lors de cette tournée jusqu’alors absent de la set-list. Et enfin le rideau tombe dévoilant l’espace de jeu de Tarja et ses comparses, avec en fond de scène un backdrop noir frappé du logo blanc de la finlandaise, tout en sobriété. Des masques  qui ne sont pas sans rappeler la thématique théatrale du très réussi Antheroom of Death (qui, en l’absence de l’ensemble vocal Van Canto, ne sera pas joué ce soir), sont aussi présents aux quatres coins de l’espace scénique. Le tout déclenche un élan d’enthousiasme de la fosse.

Deuxième surprise de la soirée avec une reprise de Nightwish innatendue, celle de White Night Fantasy, inédite en live jusqu’au concert tchèque à Ostrava le 7 octobre. Beaucoup (moi la première) regretterons l’absence du difficile Stargazers (titre emblématique de Nightwish, chanté sur les premiers concerts de la tournée et abandonné depuis quelques jours car la finlandaise est malade) mais White Night Fantasy reste un magnifique moment prenant, on aime la petite voix « piquée » si inhabituelle sur les couplets et l’ambiance aérienne qui règne, on aime aussi le solo de guitare d’Alex Scholpp avant la dernière reprise du refrain pendant laquelle Tarja s’autorise des variations vocales toujours bien placées.

Le public réagit sans même attendre les sollicitations de la belle, alors quand celle-ci fait appel à lui il répond d’une seule voix et d’une seule paire de mains. S’il n’a pas été sold out dans les chiffres, il l’a été dans les cœurs : avec son sourire ravi et incrédule et ses nombreux remerciements elle fait savoir à son public à quel point elle est heureuse d’être là, un enthousiasme à toute épreuve. Elle tient aussi à nous faire savoir qu’elle a appris sur la route qui l’a menée en France que son nouvel album « What Lies Beneath » n’est pas distribué dans nos contrées, elle nous confie qu’elle en est désolée et qu’elle est encore plus reconnaissante et touchée par l’accueil qui lui est fait.

Mais Tarja n’est pas seule ce soir, elle est épaulée par un line-up de choix. Derrière ses futs Mike Terrana fait lui aussi son show avec ses muscles puissants pour un solo de batterie solide et impressionnant qu’il achève follement au rythme d’une mélodie classique bien connue, celle de l’ouverture du Guillaume Tell de Rossini (issu de son album Symphonica). Peu après il est rejoint sur scène par ses comparses Max Lilja (violoncelle, ex-Apocalyptica), Christian Kretschmar (claviers, Schiller), Alex Scholpp (guitare, Farmer Boys) et Kevin Chown (basse, ) pour un jam instrumental qui présente la largeur de leurs talents. Après un nouveau changement de tenue Tarja revient sur scène pour un Little Lies, un Underneath et un Still of the Night (la reprise de Whitesnake, autre surprise de la soirée car jusque là encore inédit sur cette tournée). Les morceaux du nouvel album de Tarja passent avec toute la force et la pèche d’un groupe très impliqué et visiblement lui aussi ravi de l’accueil : qui dans ses soli de guitare, qui dans sa ligne rythmique, qui avec ses accords de violoncelle, qui aux claviers. L’ambiance est extrêtement chaleureuse, au sens propre comme au sens figuré, « bienvenue dans le sauna finlandais » plaisantera Tarja.

S’en suit une extraordinaire session acoustique (ni trop courte ni trop longue) à laquelle tout le monde participe : Christian rejoint Max au violoncelle (insturment qu’il a étudié au conservatoire), Alex et Kevin passent en acoustique et Mike troque ses impressionants futs pour un modeste et doux Djembe. Et on redécouvre un Lappi (I : Erämaajärvi) sublimé par l’ajout de deux violoncelles, un Damned and Divine qui passe très bien l’épreuve du live, un Our Great Divide toujours fort en émotions et un prenant Archive of Losts Dreams sur lequel Tarja nous montre ses qualités de pianiste.

Après ce moment de douceur le set se clôt tout en puissance avec Ciaran’s Well et l’impressionnant In For a Kill, nouvelle occasion pour la finlandaise de mettre en avant ses immenses qualités vocales avec une énergie et un enthousiasme fous. Le tout est d’autant plus impressionnant qu’elle est malade depuis plusieurs jours, ce qui l’a contraint a évincer le difficile Stargazers (joué sur les premières dates de la tournée) de la set-list jouée ce soir.

Mais ce n’est bien évidemment pas encore l’heure de se quitter, et le concert reprend de plus belle. Le rappel s’ouvre sur une reprise pltôt innatendue, en effet Tarja revient sur scène pour un medley dédié aux années 80 avec pour trame principale Where were you last night (titre de Ankie Bagger, repris en b-side de l’album Once par Nightwish), auquel elle mèle habilement des extraits de Heaven is a Place on Earth (Belinda Carlisle) et de Livin’ on a Prayer (Bon Jovi). Rare dans le public sont ceux qui ne se laissent pas gagner par l’enthousiasme communicatif de la finlandaise et de son groupe. La soirée touche malheureusement cette fois-ci à sa fin avec un Until my last Breath et un Die alive repris en cœur qui marquent la fin d’un show tout simplement fantastique. 

Je ne compte plus les concerts que je cours, j’ai vu, j’ai écouté, j’ai aimé, j’ai dansé, j’ai chanté, je me suis enivrée … Mais ce soir … Ce soir je me suis sentie comme flottant au milieu d’une mer d’émotions. Ce soir j’ai vu des regards remplis de joie, mais c’était plus que de la joie, c’était quelque chose de plus profond qu’il est difficile de décrire. Ce soir comme Tarja je me suis sentie immortelle mais aussi si doucement vulnérable. Ce soir j’ai senti l’adrénaline du danger avec « In For a Kill », j’ai cru manquer d’air avec « Until My Last Breath », je me suis sentie comme basculant de l’autre côté pour mieux renaître avec « Die alive ». Ce soir j’ai senti quelque chose d’insoupçonnable et d’irrésistible courir sous ma peau, dans mes veines et envahir une âme que je ne pensais pas avoir. Et ce bien doux mal n’a apparemment pas atteint que moi à en croire.

Ce soir nous nous sommes sentis vivants, et alors que la réalité nous reprends à un monde d’émotion pure et de metal vibrant remercions Tarja et sa troupe pour cette magnifique soirée.

Set List Tarja
Intro : If You Believe (version instrumentale orchestrale)
Dark Star
Lost Northern Star
I Feel Immortal
White Night Fantasy
Falling Awake
I Walk Alone
Mike Terrana's Solo + William Tell Overture
Band Solo
Littles Lies
Underneath
Still of the Night
Lappi I : Erämaajärvi/Damned and Divine/Our great divide
The Archive of Lost Dreams
Ciaran’s Well
In For a Kill
Where were You Last Night / Heaven is a Place on Earth / Livin’ on a Prayer
Until My Last Breath
Die Alive

 ● Ptite Note