compte-rendu - Wildpath et Whyzdom au Raismes Fest
Live report Raismes Fest - Château de la Princesse d’Aremberg – Raismes – 12 septembre 2010
En cette rentrée 2010 voici venu l’heure de la 13e édition du Raismes Fest, le rendez-vous des amateurs nordistes (ou non nordistes d’ailleurs puisque des parisiens, des français venus d’autres contrées, des belges mais aussi cette année quelques néerlandais et quelques espagnols) de metal de rock et de prog. Je devais initialement être présente sur les terres de la Princesse d’Arenberg (car oui le Raismes Fest nous accueille dans l’enceinte du château de la princesse d’Arenberg à Raismes) dès le samedi mais mes obligations professionnelles en ont décidé autrement à la dernière minute, je n’ai donc couvert que la journée de ce dimanche 12 septembre.
Arrivée sur les lieux dans les environs de 13h30 (les aléas du covoiturage dira-t-on) je loupe l’ouverture de la grande scène par Veloce Hystoria, groupe de Heavy Prog Metal venu de Bourges (pour la petite histoire, vainqueurs du Wacken Metal Battle 2008 au Klub à Paris, ils avaient défendus les couleurs du metal français au Wacken Open Air 2008). C’est donc au son screamo-hardcoreux de Until the last (les locaux du festival, arrivés tout droit de Valenciennes, ouvrant les hostilités sur la scène découverte) que je rejoins le site du festival (qui commence à m’être familier, je m’y étais déjà rendu l’an dernier), armée de mon précieux sésame. Première constatation, on ne peut pas vraiment dire que ce soit l’affluence des grands jours cette année, le public est fort clairsemé. Le temps de saluer les connaissances présentes sur les lieux et je me place tranquillement au niveau de la grande scène (adossée au château) puisque le court set d’Until the last (chacun des groupes de la scène découverte s’étant vu allouer un temps de jeu de 25 minutes) est déjà bien avancé. Le deuxième rang est facilement atteint, avec un espace bien dégagé autour de moi et une bonne vue sur la scène, très appréciable.
Mon premier concert de la journée sera donc celui des premiers représentants de metal symphonique de ce dimanche 12 septembre, j’ai nommé Whyzdom. Le groupe a connu une ascension fulgurante avec ni plus ni moins en deux ans qu’un EP salué par un buzz incroyable sur le net, une signature chez Ascendance Record dans la foulée, un album salué par la critique paru en 2009, une tournée franco-espagnole en première partie des néerlandais de Delain et une participation au Metal Female Voices Fest (le plus gros festival de metal à voix féminines). Que demander de plus ? Que cela continue sur cette lancée. Malheureusement le groupe a du faire face au départ de sa talentueuse et charismatique frontwoman fin juin dernier. Le groupe parisien a donc fait appel pour sa participation au Raismes Fest à une chanteuse guest (nous ne savons pas à l’heure actuelle ce qu’il adviendra de cette collaboration dans le futur), Lisa Middelhauve, ex-chanteuse du groupe allemand Xandria. Une chanteuse sans grande puissance vocale dont je n’appréciais guère le timbre de voix ni même le jeu de scène (quasi inexistant) au sein de son ancien groupe. Me voici donc dans l’expectative quand à sa prestation au sein de Whyzdom. L’intro d’Everlasting Child retentit, Nico (batterie) entre sur scène, Vynce et Regis (guitare) montent sur leurs piédestaux (empruntés à Delain lors de la tournée franco-espagnole de 2009 ?) avant que Xavier (basse) et Marc (claviers) ne fassent à leur tour leur entrée, et quand la musique explose la scène parait bien vide, Lisa n’entrera qu’au début de ses lignes vocales. Et la première chose qui me vient à l’esprit est que n’est pas Mats Leven (qui s’était produit, sans aucune répétition, avec Adagio en mars dernier) qui veut et même après la quinzaine d’heure que Whyzdom et Lisa ont passé vendredi 10 et samedi 11 le résultat est loin d’être convaincant. Difficile ce Everlasting Child, le manque de puissance et de souffle est criant mais fort heureusement c’est relativement juste (contrairement à ce que pouvait laisser craindre les vidéo que la vocaliste avait fait circuler de ses entrainements), une relativement bonne surprise… Mais ce sera bien la seule malheureusement. A noter aussi un petit filet dans la voix que mes oreilles trouvent bien désagréable et une voix pas assez entrainée pour certains lignes vocales que Lisa occulte donc (et je retrouve là le syndrome Anette qui occulte certains passages lyriques de titres cultes de Nightwish, même si les deux changements de chanteuses n’ont pas grand-chose de comparable on retrouve la même déception). Le premier titre passé Vynce présente brièvement son invitée avant de lancer The Witness (qui depuis est disponible en bonne qualité sur le compte Youtube du groupe pour ceux qui sont curieux de voir ce que cela donne et qui veulent se faire leur propre opinion). Durant The Train (que Lisa a introduit en quelques mots) les retours de Lisa lui jouent un mauvais tour et lui faussent compagnie, et l’allemande va jusque poser ses oreillettes et son système de retour à terre. Mais elle les retrouvera bien vite, Vynce, arrêtant de jouer, parvient à résoudre ce soucis technique. Scéniquement Lisa est égale à elle-même, égale à ce qu’elle offrait au sein de Xandria, c’est incroyablement statique, et elle chante avec un manque cruel de conviction, sans jamais prendre possession du titre qu’elle interprète. Et les deux tentatives de headbangs sont tellement peu enthousiastes qu’au final on se demande si c’est vraiment bien la peine de la sortir de ses retranchements et de faire d’elle ce qu’elle n’est pas. Certes Lisa ne se défait pas de son grand sourire et parait prendre un réel plaisir sur scène mais elle peine à transmettre son plaisir d’être là. Et c’est avec une telle prestation qu’on prend vraiment conscience de la personne qui portait à bout de bras les prestations scéniques de Whyzdom … Leur prestation au Raismes Fest est incroyablement fade, à 1000 lieux des émotions que peut procurer l’écoute de leur premier album. Le tout manque cruellement d’osmose et de punch et Lisa se fait littéralement bouffer par la musique des parisiens. Le set réservera tout de même une bonne surprise, on découvre les capacités vocales (ou plutôt gutturales) de Régis qui vient remplacer Vynce au micro sur une de ses lignes vocales … Et on se demande pourquoi Whyzdom ne fait pas appel plus souvent aux gutturaux de Régis, nettement plus convaincants que ceux de Vynce. Après Atlantis et avant d’entamer le dernier titre du set, l’emblématique Daughter of The Night, Vynce annonce que Whyzdom assurera la première partie de Tarja Turunen le 10 octobre prochain à Paris, toujours avec Lisa Middelhauve. Espérons que d’ici là leur collaboration aura ne serait-ce que quelque peu gagné en intérêt car cet après-midi le miracle n’a pas eu lieu. C’est une question de goût bien sur mais le Whyzdom d’aujourd’hui ne m’a pas touché.
Set-List Whyzdom :
Everlasting Child
The Witness
The Train
Atlantis
Daughter of the night
Le concert terminé je me dirige tranquillement vers la scène découverte en passant par les stands merchandising, placés entre les deux scènes qui se font face. Et les nordistes de Crackmind investissent donc cette scène découverte avec leur Hardrock de bonne facture, on apprécie.
Le set de Crackmind passé, l’estomac se manifeste, c’est donc depuis les tables installées entre la baraque à frite et le bar que j’apprécie le show de Bloody Mary. Nous sommes bel et bien dans le Nord et les festivaliers peuvent se délecter d’une bonne fricadelle/frite ou d’un américain (quand ils ne choisissent pas une crêpe ou une pizza). Pour moi ce sera un bon sandwich préparé par mes soins … Le set de Bloody Mary est plein d’énergie. Les nancéens envoient un Hard rock de bonne facture (leur album « We rock, you suck !», sorti en 2009 avait été très bien reçu par la presse) et la prestation live est de qualité, classique mais bien servi avec un très bon son. Convaincant.
Je louperais le set de Incry sur la scène découverte, le temps de m’« hydrater » un peu après m’être rassasiée. C’est donc avec Heaven Basement que je retrouve la Grande scène. La promesse faite par les magazines Kerrang ! et Metal Hammer UK (qui les ont décorés du titre de meilleur groupe live) de voir avec ces anglais (le premier groupe international de la journée) une prestation de très grande qualité s’envole vite. Non pas que la prestation soit mauvaise (ni leur Hard Rock par ailleurs), mais elle est bien en deça de ce qu’on aurait pu attendre. On s’ennui, c’est déjà vu, déjà entendu et assez caricatural, on passe.
16h00, l’heure pour moi d’aller retrouver Vynce et Lisa pour une interview fleuve (à suivre sur nos pages), un moment fort sympathique mais qui me fera rater les sets de Lost Soul (du prog metal, venu des Yvelines), Karelia (les alsaciens, habitués des premières parties de Scorpions, dont le challenge est de dépasser les quelques secondes de jeu contrairement à l’an dernier où ils avaient subi un problème matériel, et ils y parviendront en délivrant leur heavy/indus pendant minutes) et Glowsun (du stoner rock lillois, peut être celui des trois que je regretterais le plus …). Après avoir été glaner trois chaises sur le site me voici donc au fin fond du camping (un bien grand mot puisque le camping n’est pas des plus vastes et quelque peu dépeuplé, une certain nombre des campeurs ayant déjà remballé leur tente) pour passer un long moment en interview avec Vynce de Whyzdom et leur guest Lisa, interview quelque peu perturbée sur la fin par des connaissances d’humeur taquine, voilà qui a ajouté à la sympathie du moment.
Au moment où nous clôturons l’interview les premières notes du set Freedom Call retentissent sur la grande scène. Le timing de Raismes fest était jusque là en tout point parfait, réglé comme une montre suisse … Malheureusement la machine s’est quelque peu grippée avec l’arrivée de Freedom Call qui sont entrés sur scène avec un petit retard, du à un problème de batterie, dommage. J’en profite pour applaudir pour une organisation sans faille quand il s’agit de respecter les timings. Les allemands viennent servir un power bien … allemand à un public qui se fait un peu plus dense (mais ce n’est pour autant toujours pas la foule des grands jours). Leur set mêle habilement extraits de leur dernier album « Legend of the Shadow King » et anciens morceaux. On retiendra une prestation d’une heure et quart de qualité, rondement menée.
Il est temps maintenant pour le dernier groupe de la scène découverte d’entrer sur scène et je retrouve avec plaisir les parisiens de Wildpath qui avaient enchanté mes oreilles lors de leur concert à la Scène Bastille le 23 mai dernier. Petite surprise pour le public du Raismes Fest, ceux-ci entrent sur scène avec une toute nouvelle intro, à paraître sur leur troisième album à venir dont l’enregistrement est d’ores et déjà bien avancé. Et cette intro est de bien bonne augure, le groupe enchaîne avec Black and White, leur futur vient donc rejoindre leur passé puisque ce dernier titre nous arrive tout droit de leur premier album « Nyx Secrets ». Là encore ils nous servent une prestation de qualité sur cette petite scène découverte. On apprécie l’harmonie qui règne sur scène entre les musiciens, harmonie très bien illustrée par les touches de bleu turquoise, couleur du groupe, que l’on retrouve ça et là dans les tenues de scène, sur les yeux et dans les cheveux de tous les membres du groupe. Leur Speed Symphonic Metal emmené par la voix cristalline de Marjolaine est toujours aussi agréable à l’oreille, les balances sont bonnes et on entend distinctement tout le monde. Ils nous servent une tracklist équilibrée entre morceaux tirés de « Nyx Secret » et de « Non Omnis Moriar » avec une petite mention spéciale pour Ghost Memories, entraînant et enchanteur à la fois, un hymne. Mais voilà déjà venu le temps du dernier titre du set des parisiens et décidément 25 minutes cela nous paraît bien court pour un set de cette qualité… Malheureusement nous n’auront même pas le plaisir d’entendre le très bon Norse Legends Come to Live puisque Wildpath paye le retard d’entrée en scène de Freedom Call qui les ont précédés, ils se voient donc amputés de leur dernier titre et leur set n’aura duré au final que 20 minutes, nous restons donc quelque peu sur notre faim , merci Freedom Call. Voilà la Scène découverte close, cela sent la fin pour cette 13e édition du Raismes Fest.
Set-List Wildpath :
Black and White
Grinnin' sanity
Ghost memories
Everlasting Wish
Mais pas si vite il nous reste encore ce qui sera certainement pour moi le temps le plus fort de la journée (avec le set de Wildpath), le temps du retour au Raimes Fest des allemands de Die Apokalyptischen Reiter, deux ans après leur passage remarqué en 2008. Quid de Die Apokalyptischen Reiter … un savant mélange de heavy, de trash, de death (à leurs débuts surtout, ils ont maintenant évolué vers une musique plus mélodique et « accessible ») et de folk metal, très bien servi, entraînant à souhait. Mais oui madame tout ça, tout un programme, toujours réjouissant en live. Ils auront aujourd’hui fort à faire compte tenu de l’affluence encore faible même si on est loin du public clairsemé du début d’après-midi. Leur chanteur Fuchs est en grande forme, tout sourire, la fosse et la scène du Raismes Fest sont en fête, il y aura même quelques slammers, très rares le reste de la journée. Leur jeu de scène est bien fourni et très visuel, Fuchs agite l’imposant drapeau des Reiters et parcourt la scène de long en large, Dr Pest, en costume sado-maso comme à son habitude, harangue la foule avec son fouet et joue à la balançoire quand il ne joue pas de son clavier, Ady (guitare) et Volk-Man (voix additionnelles et basse) ne sont pas en reste. Un jeu de scène qui ne laisse pas de marbre, pour certains il rebute, pour d’autre il n’est pas sans intérêt, un peu de second degré n’a jamais fait de mal à une mouche et au moins l’effort d’avoir un jeu de scène est fait. On regrettera cependant qu’ils n’aient pas sorti leur bateau aujourd’hui, dommage. A noter que pour un des derniers titres de leur set, le dernier avant le rappel, le groupe est rejoint sur scène par Gaëlle Pruvost (chanteuse et claviériste du groupe belge Sad Siberia, qui jouait l’an dernier sur la scène découverte et ancienne claviériste de Valkyre qu’elle a quitté en avril 2010), pour une prestation au chant loin d’être marquante. Un très bon show en définitive mais les allemands ont eu un peu de mal à motiver leurs troupes, légèrement décevant quand on a pu les voir à l’œuvre au Wacken Open Air devant leur public … Et d’après les personnes présentes un moins bon show qu’il y a deux ans ici même … Il n’en reste pas moins que leur set fut un des moments forts du jour.
Cette fois-ci le festival touche vraiment à sa fin car c’est maintenant le headliner du jour, Krokus, qui va entrer en scène (avec un petit quart d’heure de retard). Nous étions prévenus, les suisses délivrent un Hard Rock teinté d’AC/DC, plus que teinté même, c’est à si méprendre, pour un peu on croirait à un tribute band des fameux australo-britanniques. Mais non, Krokus est bien un groupe à part entière, rarissime en France, qui cartonnait au début des années 80 (pas étonnant donc que le nom n’évoque rien du tout à une partie du public). Tout ça a beaucoup de mal à démarrer, l’ambiance n’y est pas vraiment et le public est encore moins nombreux que pour Die Apokalyptischen Reiter. Et on comprend pourquoi les suisses étaient qualifiés de AC/DC du pauvre, c’est très ressemblant mais il leur manque l’aura qu’à AC/DC pour pleinement satisfaire le public présent. Ce n’est pas désagréable mais plat. Et après une demi-heure de set nous décidons de quitter les lieux … Dimanche soir oblige il nous faut rejoindre nos contrées pas trop tard car oui messieurs/dames il y en a qui travaillent le lundi.
On retiendra de ce 13e Raismes Fest des prestations de qualité dans un environnement très agréable, le tout avec une ambiance très familiale mais aussi un public trop clairsemé et une tête d’affiche qui manque de panache, dommage. Mais merci au Raismes Fest pour cette bonne organisation, rendez-vous est pris pour l’an prochain.
● Ptite Note.