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interview de Tuomas Holopainen



   
Nightwish
 Nightwish
   Finlande
 Date : 1996

Interview de Tuomas Holopainen réalisée le 18 octobre 2011 à Paris par Gala'.
 

Deuxième partie de l'interview en compagnie de Tuomas... (cliquez ici pour lire la première partie)

Gala' : Nous parlions d'orchestre, il était prévu que vous fassiez un concert avec orchestre à Londres... Toujours d'actualité ?
Tuomas Holopainen : Ça avait été prévu il y a quelques années mais finalement, non. C'est quelque chose qu'il faut prévoir comme deux ans avant, pour avoir les musiciens... C'est tellement de préparation en amont avec le boulot sur l'album et la tournée qui arrive dans laquelle on vient à peine de se plonger... Je doute vraiment qu'on le fasse sur cette tournée.

G : Mais est-ce que c'était un de tes rêves en créant le groupe, jouer avec un orchestre ? Où est-ce que ton rêve était plutôt un film ?

T : Ma priorité c'était vraiment le film. Mais dès le départ on voulait que l'album en lui-même tienne la route tout seul. De sorte que si le film ne se faisait pas, l'album serait quand même cohérent. Donc on a délibérément voulu les séparer l'un de l'autre.

G : Dans ce mélange film/album, il y a d'ailleurs dans l'avant-dernier morceau, Song of Myself, de nombreux passages parlés. Est-ce que ce sont des acteurs du film ?
T : Non pas vraiment. Comme ce chapitre du morceau s'appelle "Love", tout simplement, on a rassemblé les gens qui nous sont chers. Chacun des membres a choisi deux ou trois personnes pour réciter des parties du poème, on les a amené au studio et voilà. Il y a ma mère, mon père, les fils de Marco, des proches de Jukka, le fils d'Anette. C'était une façon d'immortaliser les personnes qui comptent pour nous.

G : Cet album en général semble d'ailleurs le plus porté sur les émotions que tu n'aies jamais fait.
T : Je l'espère, oui.

G : Il y a beaucoup de choses sur l'amour notamment...
T : C'est bien plus optimiste que les autres albums. Je n'aime pas utiliser le mot "positif", le sentiment qu'il donne n'est pas très juste, mais il y a plus de lumière au bout du tunnel. Il y a plus d'espoir, c'est plus ouvert, plus chaleureux. Il y a toujours des thèmes plus sombres comme dans Turn Loose the Mermaids ou Rest Calm, les cauchemars de Scaretale, le Mal dans le monde dans Ghost River mais l'atmosphère générale est plus comme... (il cherche ses mots) Il y a plus de sourire.

G : Peut-être parce que tu souris plus ?
T : Et bien... J'ai compris certaines choses, peut-être, pendant ces dernières années. Il y a une ligne de chant dans Last Ride of the Day, qui dit ça : "It's hard to light the candle, easy to curse the dark instead" (Ndr : traduit, ça donne à peu près "C'est dur d'allumer la bougie, plus facile de maudire l'obscurité"). C'est le genre de personne que j'ai été ces dernières années. C'est vraiment facile de maudire l'obscurité et de se laisser aller, et si dur d'allumer une bougie à la place et réaliser à quel point le monde est beau. L'incroyable sentiment d'amour qui peut se répandre partout et que tu as juste à apprivoiser... Et je ne parle pas de religion.

G : En effet, on entend dans l'album des critiques envers la religion.
T : Oui, mais je critique les fondamentalistes religieux, pas les croyances des gens. Je ne veux pas heurter qui que ce soit. Mais je crois que le plus gros problème dans le monde aujourd'hui, c'est peut-être qu'il y a des gens fermés d'esprit qui interprètent ce qu'ils lisent de façon bien trop littérale.

G : C'est malheureusement, particulièrement vrai notamment dans les pays du nord, si on regarde l'actualité.
T : Il faut prendre de la hauteur et comprendre l'époque dans laquelle on vit, comprendre qu'il faut s'aimer les uns les autres de façon inconditionnelle, peu importe nos croyances et qui nous sommes. Tous ces fondamentalistes basent leur vérité sur quelque chose qui est stupide, arrogant. Il faut changer ça.

G : C'est amusant parce que ce que tu dis, on l'entend beaucoup dans le metal en général. Et pourtant, en France notamment, le metal est perçue comme une musique diabolique qui fait l'apologie, par exemple, du satanisme.
T : C'est typiquement l'étroitesse d'esprit dont je parlais. Les gens ne savent rien sur toi, mais pourtant ils te jugent. C'est aussi le problème du monde aujourd'hui. On juge sans comprendre. On est tellement tout le temps effrayés de tout ce qu'on ne comprend pas... Et c'est tellement facile de montrer du doigt quelqu'un et étaler sa propre vérité, ou ce qu'on croit être la vérité, c'est l'arrogance de l'esprit humain. Lâchez vos religions et aimez, c'est tout.

G : Pour revenir à ta musique, ce dernier album est plus ouvert d'esprit, il emprunte à plus d'influences, Elfman par exemple, et en même temps il semble plus intime...
T : Il y a pas mal de dynamiques différentes dans le film. On entend toujours du Hans Zimmer mais il y a aussi un peu de Danny Elfman... C'est amusant de voir que les gens entendent l'album de façon très différente. Aujourd'hui j'ai entendu dire que c'était l'album le plus violent qu'on avait fait, ou que c'était de loin le plus calme. Je ne sais pas trop, je crois que c'est quelque part entre les deux. C'est en tout cas plus théâtral.

G : Et est-ce que ça a changé ta façon de composer de savoir qu'il y aurait le film ?
T : Pas tant que ça, mais chaque chanson de l'album a été faite précisément pour les scènes du film. Donc oui, le film était présent dans ma tête depuis le premier jour.

G : C'est l'un des points forts de l'album, d’ailleurs : on imagine très bien visuellement les scènes en écoutant chaque morceau.
T : C'est le plus beau compliment qu'on puisse me faire ! C'est vraiment pour ça qu'on fait notre musique, c'est ce qu'on essaye d'accomplir.

G : Par rapport à cette question de l'image justement, quels visuels allez-vous développer pour la tournée à venir ?
T : Il faut qu'on donne vie à l'histoire d'une façon ou d'une autre. Mais pour l'instant on n'a pas d'éléments concrets du film. On ne les aura pas au moment de la tournée, donc il faut trouver autre chose. Je ne sais pas. (Rires)

G : Vous ne savez pas encore ?
T : On travaille dessus. On aura des écrans sur scène, il y aura de la pyrotechnique, c'est sûr, et pas mal de choses qui vont se passer, mais c'est en cours de développement donc je ne dirais rien de plus !

G : Tu attends quelque chose des fans français et de la tournée en France ?
T : En fait le show qu'on va faire à Paris est le plus gros qu'on ait jamais fait. Je crois qu'il y a quinze ou seize mille personnes... C'est incroyable ! J'attends vraiment ça avec impatience.

G : Et vous allez aussi faire le 70.000 Tons of Metal (NdR : un festival d'une semaine sur une croisière)
T : Oui, la croisière ! Ça va être fun. J'en ai entendu pas mal de bons échos. Des gens qui sont dans une piscine, le verre à la main, regardant un concert, c'est tellement surréaliste, ça sera fantastique. Et jouer sur le pont, sous le ciel et tout, ça va être bizarre !

G : Petite question qui n'a rien à voir... Qu'est-ce que ça fait de se dire qu'on a créé le groupe qui a popularisé le metal symphonique et inspiré tant d’autres groupes ?
T : Si c'est vraiment le cas, c'est le compliment le plus flatteur que tu puisses me faire ! J'aimerais considérer Nightwish comme un des premiers groupes à avoir créé ce genre. Ce n'était pas notre intention - je veux dire, notre invention. Le groupe de metal à chant féminin, c'est vieux comme le monde ! Mais peut-être que mélanger ça avec de puissantes orchestrations, on était les premiers. Je me rappelle quand on créait "Angels Fall First", notre plus grande inspiration était le "Theli" de Therion. Donc ça avait été fait avant. On était parmi les premiers.

G : Oui, et puis aussi par rapport au metal symphonique à chant lyrique. Therion l'a fait aussi, mais la direction qu'ils ont pris a été complètement différente de la vôtre. Ils sont peut-être plus sombres, moins facile d'écoute...
T : C'est vrai et même le contenu au niveau des paroles est différent. Nightwish a toujours parlé de la vie de tous les jours, écrivant le journal de ce qu'on a vécu dans la vie, accompagné d'éléments fantasy, donc sûrement plus terre à terre.

G : Mais comme Therion il y a toujours eu l'importance des mythes dans votre musique ?
T : Oui, c'est plus une valeur symbolique. J'aime écrire tout bêtement sur des choses qui arrivent dans ce monde. J'utilise juste les religions et les mythes comme des métaphores.

G : Pour conclure cette interview, que pourrais-tu dire à vos fans français ?
T : J'ai appris il y a peu qu'on va avoir cet énorme show à Paris en avril. S'il se concrétise, ce sera le plus grand spectacle qu'on ait jamais fait avec Nightwish, c'est juste super flatteur. Alors un très humble et très grand merci, pour tous les fans français.

G : Que pourrais-tu dire aux gens pour qu'ils écoutent ton album ?
T : Et bien... La musique de Nghtwish a toujours été plutôt variée. Je pense qu'il y en a toujours un peu pour tout le monde, depuis les parties metal plus dures jusqu'aux ballades et aux parties orchestrales. Maintenant on a même une chanson jazz, donc... Tendez une oreille, il devrait y avoir des choses qui vont vous plaire !

G : Bon, je pense que je vais te laisser vaquer à tes occupations...
T : Pas de souci, tout le plaisir était pour moi !

G : On se voit au concert ! Enfin, je te verrais, mais tu risques d'avoir du mal de ton côté...
T : (Rires) Je ferais de mon mieux ! Bye !