![]() Rhapsody of Fire ItalieDate : 1997 Interview de Luca Turilli réalisée au téléphone par Galathrandir le 5 juillet 2010 |
Galathrandir : Salut, comment ça va ?
Luca Turilli : Tout est merveilleux, tu sais quand tu as la possibilité de sortir un album après tant d'années... C'est quelque chose de fantastique pour un artiste !
G : Tout d'abord, je dois dire que nous sommes ravis de vous voir de retour !
L.T. : Merci infiniment !
G : Qu'avez-vous fait depuis le dernier album ?
L.T. : (Rires) Et bien... Tu sais, ce qu'on a toujours fait, on créait de la musique ! (Rires) Non, en fait on a pris notre temps pour faire un album et essayer de le faire différemment ! On a décidé de repartir à zéro, et cet album nous semble très frais. Je dois dire que nous avons commencé à composer cet album un an avant d'entrer en studio, à peu près en 2008 - on est entrés en studio en septembre de l'année dernière. Mais depuis "Triumph or Agony" nous avons écouté les vieux morceaux, et avons réalisé que nous n'étions pas entièrement convaincus de ce que nous avions. Et sinon dans mon cas, j'ai eu la chance de pouvoir donner des cours de guitare (Note : www.neoclassicalrevelation.com) et cela m'a donné l'envie de composer des soli plus longs et plus techniques pour l'album. Donc le fait que nous ayions pris plus de temps n'avait pas beaucoup d'avantages mais au moins celui d'avoir un album frais, qui pourrait avoir un impact différent.
G : C'est vrai qu'il y a beaucoup plus de soli sur l'album, qui est aussi beaucoup plus lourd que les précédents.
L.T. : Oui, absolument. C'est à moitié dû à ce que je t'ai dit à l'instant. L'autre raison c'est que cette partie de la saga, les paroles, nécéssitaient d'avoir un impact différent. "Symphony Of Enchanted Lands Part II" et "Triumph or Agony" représentaient le premier et le second chapitre de la nouvelle saga "The Dark Secret". Alors qu'ils introduisaient cette nouvelle saga, les textes étaient plus descriptifs, donc les albums pouvaient être plus orchestraux, symphoniques, parce que cela collait parfaitement. Mais cela ne collait pas pour ce chapitre particulier, qui parle de ce voyage de cinq personnages principaux partant de leurs contrées vers ces pays gelés du nord. Je me suis concentré non pas sur la description du voyage, mais plutôt sur le voyage émotionnel je dirais. Je voulais donc me concentrer au niveau des paroles sur les sentiments intimes de ces personnes, essayant d'en savoir plus sur ce "dark secret" (Note : sombre secret). Mais en fin de compte c'est aussi la métaphore de la vie, parce qu'il y a toujours cette recherche de quelque chose, que l'on peut toujours trouver dans mes sagas. C'est clairement la métaphore de la vie, le voyage de chaque être humain de la naissance à la mort. On peut se poser des questions à soi-même : "D'où viens-je ? Où vais-je ?", et j'aime explorer ces questions dans mes sagas. Et je voulais que ce troisème chapitre en particulier explore les peurs et les espoirs des personnages.
G : Donc pour toi les paroles sont aussi importantes que la musique en fait.
L.T. : La première étape lorsque l'on compose est quand j'explique à Alex de quoi parle le chapitre, quelles émotions nous soulignerons dans la musique, donc au final nous avons un script. Ensuite quand tu as le script c'est très facile de décider de quelle façon tu veux le transformer en un film ou un album.
G : Et les parties orchestrales de l'album ont un lien important avec le cinéma. Comment les as-tu composé ?
L.T. : Dans cet album il y a moins d'orchestre que dans les précédents. Nous voulions avoir un plus grand impact en tant que groupe. Mais bien sûr il y a toujours de l'orchestre - ici avec des samples - parce que c'est la marque de fabrique de Rhapsody ! Tout est parti de là, de notre passion pour la musique de film. La première étape comme je te l'ai dit est d'écrire le script, et ensuite nous nous recontrons avec le groupe. On ne se rejoint jamais dans une salle de répétition, en général c'est plutôt dans une pizzeria, un restaurant, quelque chose dans le genre ! (Rires) Ensuite, après avoir pensé aux titres et que tout le monde est satisfait du chapitre, nous nous voyons à la maison pour commencer la musique. On discute des arrangements orchestraux, si nous voulons plus de chorales ici ou là etc. Après ces discussions artistiques nous faisons tous les arrangements orchestraux basiques, et ensuite je m'occupe de toutes les parties de guitare. C'est le cheminement idéal de composition pour nous.
G : Tu as donc dit que sur cet album il n'y avait que des samples d'orchestre ? Pas de vrai orchestre ?
L.T. : A une époque tout le monde voulait enregistrer avec un orchestre et nous l'avons fait sur les deux derniers albums, mais c'est très difficile de mixer un vrai orchestre avec un groupe de metal. Cette fois nous avions donc la possibilité, sans cet orchestre, de partir sur un mix sonore très métallique. Nous avons toujours ce problème de fréquence entre les instruments à cordes, les guitares... Mais cette fois sans ce problème Sascha (Note : Sascha Paeth) pouvait mixer l'album de la meilleure façon.
G : Que peux-tu nous dire concernant Reign of Terror, qui est un des morceaux dont les gens parlent le plus en partie à cause de son côté plus sombre ?
L.T. : Tout l'album est vraiment dramatique, plus que par le passé ; si vous regardez par exemple l'illustration de jaquette, elle est bleue, plus froide. Tout devait être frois, gelé, romantique. Pour parvenir à ce résultat... (pensif) Je ne me rappelle plus de la question, désolé ! (Rires)
G : C'était par rapport à la chanson Reign of Terror.
L.T. : Oui ! Reign of Terror est un morceau dont les gens se rappellent tout particulièrement parce que nous montrons ce style spécial, et ce que j'aime dans cette chanson c'est que nous avons utilisé le metal extrème pour un message positif. Il y a un contraste unique dans le fait de montrer qu'on n'est pas obligé de parler de choses négatives et des pires choses de l'être humain quand on fait du metal. On peut aussi utiliser le metal extrème qu'on aime, plein d'adrénaline, le connecter à des éléments symphonique comme nous le faisons, et utiliser cette musique pour hurler notre colère contre la négativité. C'est ce qu'on a vraiment aimé, entendre Fabio crier un message positif avec sa voix si particulière.
G : La chanson Danza Di Fuoco E Ghiaccio présente de nouveaux éléments, en particulier l'usage important de guitares acoustiques. Peux-tu nous en dire plus ?
L.T. : Et bien j'ai composé ces parties acoustiques mais elles ont été jouées par un invité. En général je compose les parties acoustiques mais je ne les joue pas. Et on aime toujours avoir des invités uniques! En fait, elles ont été jouées par un joueur de luth. D'où ce son ancien si particulier qu'on aime beaucoup. Au final cela donne cette ambiance médéviale plutôt sympathique. Et bien sûr il y a les guitares acoustiques normales que nous avons utilisé à travers l'album, nous ne l'avions pas souvent fait avant mais cela nous a aidé à avoir cette ambiance froide.
G : Et comme tu l'as dit avant c'est très rafraichissant.
L.T. : Oui, et pour cet album nous avions une influence principale. Nous nous sommes inspirés, particulièrement dans le mix, de l'album de Crimson Glory, "Transcendence". C'est un de mes albums préférés de tous les temps, Alex aussi. On l'aime beaucoup et on apprécie surtout la production très froide qui lui donne une touche particulière.
G : Que penses-tu de la dernière chanson, Frozen Tears of Angels ?
L.T. : On l'adore ! Il y a ce passage très symphonique au début, ensuite des moments uniques. Il y a aussi beaucoup de narration. Je pense que c'est une des chansons les plus sérieuses que nous ayons jamais composées, très dramatique. Elle parle d'un moment très important de la saga, donc la musique devait être en accord.
G : Tu parlais de narration, étais-ce logique d'avoir Christopher Lee à nouveau sur l'album ?
L.T. : Christopher Lee est maintenant partie intégrante de la saga, il est le narrateur officiel. C'est celui qui nous donne des détails sur la saga. Sa voix est si professionnelle, pleine d'émotions, on est ravi de l'avoir !
G : Au passage tu es sûrement au courant qu'il a créé son propre groupe récemment (Note : Christopher Lee's Charlemagne), avez-vous pris part à la création du groupe ?
L.T. : J'étais très surpris, surtout parce que dans sa promo il disait qu'il était influencé par Rhapsody ! C'était un grand honneur ! Et j'ai juste écouté un morceau hier parce que les journalistes m'en ont parlé. C'était vraiment bien parce que ça m'a rappelé la voix qu'il utilise dans Rhapsody. Je n'en ai pas écouté beaucoup encore donc je ne peux pas en dire plus, mais c'est vraiment intéressant.
G : Revenons à Rhapsody, est-ce que vous prévoyez de faire des concerts ?
L.T. : Oui, absolument ! Je pense que c'est notre faiblesse, les gens nous attendaient vraiment, et je pensais qu'après quatre ans de silence personne ne voudrait nous revoir à nouveau ! La première chose que nous allons faire maintenant et de planifier une grande tournée, la plus longue et la plus grande que nous ayions jamais fait et je pense qu'on commencera en septembre ou octobre. Nous partirons de l'Europe, ensuite nous tournerons autour du monde et nous finirons en 2011 avec les festivals d'été.
G : Excellent ! Et qu'en est-il de tes projets parallèles, en particulier Luca Turilli's Dreamquest ?
L.T. : Tu sais ce qui est bien quand tu travailles avec un label comme Nuclear Blast c'est qu'ils n'ont pas de problèmes avec le fait de sortir un produit et ils ne te font pas attendre des années avant d'en sortir un autre. Ils ne disent pas "tu envahis le marché" ou des choses de ce genre. S'ils aiment notre musique, ils nous soutiennent tout simplement, et soutiennent tout ce qu'on a en tête. Ils avaient juste besoin d'entendre une chanson, pour s'assurer qu'on ne s'était pas mis à faire du hip-hop ou du rap ! (Rires) Donc maintenant nous sommes totalement soutenus, nous sommes engagés corps et âmes avec Rhapsody. C'était très important après ces quatres années. Maintenant que l'album est sorti nous pourrons penser à d'autre projets.
G : Peut-être que tu sais qu'en France il y a beaucoup de groupe français inspirés par votre musique, comme par exemple Fairy- (Il me coupe)
L.T. : Il y a un super groupe français qui s'appelle Fairyland !
G : Oui, j'étais en train de le citer !
L.T. : Tu sais c'est un grand honneur. A une époque je devais produire le groupe Fairyland, je les aimais beaucoup eux et leur démo, mais à cette époque nous étions dans notre album et il y a eu un petit, tout petit désaccord entre nous ! En fin de compte nous n'avons rien fait. Mais bien sûr des groupes comme eux sont plein de talent, c'est toujours super pour nous de voir ce genre de groupe émerger ! Je pense que le metal symphonique que j'aime tant composer part de l'émotion. C'est quelque chose que les gens aiment ou détestent. Quand tu joues avec les émotions, avec cette musique épique et l'orchestre, connectée au heavy metal, c'est vraiment quelque chose d'énorme ! Il n'y a rien dans la musique qui ne soit aussi puissant, épique, pompeux et émouvant.
G : Et que pourrais-tu dire aux jeunes groupes de metal symphonique pour les encourager ?
L.T. : Tu peux rêver de quelque chose et espérer qu'un jour tu atteignes ton but, mais si tu passes vingt-quatre heures par jour à rêver que tu y arriveras, ça ne sert à rien. Il faut rêver mais aussi travailler d'arrache-pied et se donner à fond. Dans mon cas par exemple, les gens pensent "Ah Luca Turilli, c'est facile pour lui..." mais ils doivent savoir que j'ai passé les dix dernières années face à mon PC à composer, en y perdant quasiment la vue, pour réaliser tous les albums solos, ceux de Rhapsody... Il y a une grande passion derrière mais également des heures et des heures de travail chaque jour. Donc ne pas vivre que de passion et de rêve mais travailler en pratique. Et ce que je dis à tous les nouveaux compositeurs, essaye de toujours avoir quelque chose qui pourra être considéré comme nouveau par le marché. Si tu fais quelque chose qui a déjà été fait, les gens vont simplement te mettre derrière quelqu'un d'autre. Sauf si tu es très très talentueux, ou un très bon musicien. Mais si tu ajoutes juste un élément qui est différent, alors c'est quelque chose qui sortira du lot. Par exemple, pour prendre notre cas, il y avait déjà Blind Guardian avant nous qui faisait ce genre de musique folk. Mais nous avons ajouté quelque chose de différent, à l'époque nous écoutions les bandes originales de Batman et j'ai dit à Alex : imagine que nous contaminions notre musique non pas avec de la musique classique normale comme tout le monde le ferait (comme Malmsteem par exemple), pas avec des compositeurs typiques comme Bach, Beethoven, Paganini, mais à la place nous avons décidé de la contaminer avec de la musique de film, comme celle de Danny Elfman. Cette musique représentait pour nous l'évolution de la musique classique traditionnelle. C'était donc la petite différence, pas besoin d'une grande différence, mais pour le marché c'était déjà quelque chose de nouveau ! Et ensuite cela nous a mené au succès commercial.
Audio questions :
G : As-tu un message pour les fans français ?
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G : Que dirais-tu à ceux qui n'aiment pas l'album ?
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G : Tu as une minute pour convaincre les gens d'écouter l'album !
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G : Pour finir les interviews nous aimons jouer à un petit jeu. Je vais te dire des mots et tu devrais me donner une phrase courte que ce mot t'évoque !
Commençons avec... Rhapsody !
L.T. : (Rires) Disons bonheur et souffrance, et ensuite Rhapsody of Fire !
- Mighty !
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C'était les débuts tu sais, maintenant nous sommes des artistes totalement humbles. Au final "mighty" est plus en rapport avec le passé.
- Dragon !
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Le dragon est un symbole très important par rapport à la saga.
- Guerre.
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Je préfèrerais voir les gens jouer à la Playstation que jouer à la guerre.
- Divin ?
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Divin, pour moi, c'est la vie, la vie est divine. La vie est un miracle et j'aimerais que les gens réalisent que la simple possibilité de respirer est merveilleuse.
- Musique.
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Tout. La musique c'est ma vie. Je ne pourrais pas vivre sans musique, la musique me fait pleurer, me fais penser. Je peux m'exprimer, exprimer mes émotions.
- Emotion.
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La musique également. Je suis quelqu'un de très émotif, c'est parfois une qualité, parfois un défaut.
- Christopher Lee ?
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L'objectif de notre carrière !
- Saroumane !
-
Ah, le Seigneur des Anneaux ! Pour moi c'est la première fois qu'un monde fantasy était représenté de manière totalement sérieuse au grand écran. Et le Seigneur des Anneaux est un des meilleurs films de tous les temps pour moi.
- Italie.
- Une mer magnifique. Oui je sais que c'est un cliché ! (Rires) Et spaghetti pizza mandoline !
- Politique.
- Si tu me demandes de quel côté je suis, je te dirais que si une bonne idée vient de la gauche, je suis de gauche, et si une bonne idée vient de la droite, je suis de droite. Je n'aime pas les gens qui par exemple sont de gauche et détestent tout ce que les gens de droite disent. Je pense qu'il faut sortir complètement de ce système.
- Et merci !
- (Rires) C'est la meilleure chose que l'on peut entendre tu sais ! Si on donne ne serait-ce qu'une seule émotion à une personne sur la planète, alors on a réalisé sa mission de vie. C'est ce qu'un artiste doit s'attacher à faire.