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interview de Benighted Soul



   
Adagio
Benighted Soul
   France 
Date : 2002

Interview de Benighted Soul réalisée par email le 15 février 2011
 

Gala' : Salut à tout Benighted Soul, et merci d'avoir accepté de répondre à nos questions ! Cette interview se déroule à l'occasion de la sortie de votre premier album, "Start From Scratch", et nous avons la chance de vous interviewer après la sortie, qui était je le rappelle le 11 février. Alors, comment se passe la release ?
Jay : Tout se passe comme sur des roulettes ! L’album est très bien distribué, on a donc une bonne présence chez beaucoup de disquaires (et même avant la date de sortie officielle !), ce qui permet à ceux qui veulent acheter l’album de se le procurer facilement ! Les premiers avis des chroniqueurs comme des fans sont très positifs, ce qui est très encourageant. Nous avons bénéficié d’une bonne promotion dans la presse locale comme dans la presse spécialisée. L’album est entré dans le classement des meilleurs ventes de La Fnac… Que demander de plus ?

G : Qu'est-ce que ça fait quand on voit son premier album premier des ventes metal de la Fnac, et classé dans le top 100 des ventes en France (54ème des ventes Fnac au mercredi 17/02) ?
Jay : Tu hurles… j’ai des témoins ! Non, plus sérieusement, c’est vraiment génial. J’avais peine à y croire quand j’ai vu la cover de l’album se dessiner à la première place. Mais ce ne sont que les VPC Fnac ! Maintenant, reste à attendre les chiffres exacts des ventes tout magasins confondus qui nous seront communiqués très tardivement.
Flav : Oui, je pense qu'il faut un peu relativiser mais c'est très intéressant, car cela montre que les fans du groupe sont des gens dévoués qui achètent le cd plutôt que de le télécharger, et du coup le metal (qui est un genre enfermé dans un ghetto en France) peut tirer son épingle du jeu à l'heure où le marché du disque est agonisant. Ca fait extrêmement plaisir, et nous avons vraiment bien fait de collaborer avec Savage Prod et Season of Mist qui ont fait un super boulot au niveau de la distribution. 

G : Revenons un peu sur l'album en question. Beaucoup de gens sur notre site vous ont connu dans un style metal symphonique lyrique proche de Nightwish. Qu'est-ce qui a changé depuis ?
Jay : Le groupe a évolué tout simplement. Il y a d’abord une évolution assez naturelle : beaucoup de jeunes groupes ont d’abord besoin d’imiter avant de pouvoir trouver leur personnalité. Quand le groupe s’est formé en 2003, peu d’entre nous avaient de l’expérience dans le monde de la musique. Au fil du temps, nous avons précisé notre style, à force de travail et de remises en question. Et puis bien sûr, l’arrivée de Flavien et Niko n’est pas étrangère à ce changement. Ils ont apporté d’autres influences, d’autres manières de travailler, d’autres ambitions !

G : Pourquoi ce changement important, après un EP et des démos qui évoluaient mais gardaient une certaine continuité ?
Flav : Je pense qu'il faut vraiment séparer Anesidora des démos précédentes. Anesidora a marqué le début du nouveau line-up, et concrétisait la décision de n'être plus considéré comme un clone de Nightwish comme ça a pu être dit de BS si souvent à l'époque. Ca passait par une évolution de la musique et des compositions, avec l'adoption d'un style et d'un son un peu plus progressif. Ce processus a simplement été amplifié pour Start From Scratch. De plus, avec 11 morceaux, nous avons pu nous permettre d'expérimenter certaines choses, de placer des morceaux inattendus, de faire des choix plus osés qu'avec un EP. 

G : Sur l'album, chaque chanson a son univers et pourtant on sent une grande homogénéité entre les pistes. Comment avez-vous atteint ce résultat et quels sont les éléments que vous avez travaillé le plus pour la réussite de l'opus ?
Flav : En tant que compositeur du groupe, je pense que quoi que je fasse, mon style doit se ressentir dans les morceaux. A un moment donné, j'ai fait exprès d'écrire des morceaux inattendus pour nous (My So-Called FriendEdge of Insanity par exemple, ou même le début de No Warning Signs), quitte à dérouter peut-être certains auditeurs. En les écrivant je me suis même parfois demandé si ça allait coller avec le groupe, si les autres membres allaient être enthousiastes ou pas. Quand je leur ai fait écouter la première ébauche de Edge of Insanity, je n'étais pas trop sûr de leur réactions. Tout le monde a adoré et ça m'a beaucoup aidé pour la suite, c'est là que je me suis dit que BS pouvait proposer énormément de choses. Le fait que nous ayons tous un horizon musical assez différent et une certaine ouverture d'esprit aide aussi. Mais c'était primordial car on ne veut en aucun cas s'enfermer dans un style aux barrières bien définies. Cela nous laisse de nombreuses pistes à explorer pour les prochains albums, c'est ce qui est intéressant.
Dans un autre registre, la qualité du son, notamment, a représenté un défi énorme, sachant que nous devions nous débrouiller par nos propres moyens mais que nous voulions, malgré tout, rivaliser avec les grosses productions actuelles. Je pense que le but est atteint, du moins en partie, le progrès réalisé depuis Anesidora étant énorme en ce sens. C'est peut-être aussi ce qui donne la cohérence de l'album. 

G : Difficile de parler de metal symphonique sans parler de voix et de l'évolution frappante du chant de Géraldine... Entre voix rock et lyrique, comment a-t-elle évolué et quelles ont été les difficultés de cette variation du chant ?
Jay : La musique de Benighted Soul ayant beaucoup changé, il a fallu faire évoluer le chant également. Je ne pouvais plus uniquement me contenter du chant lyrique, comme à l’époque de Catharsis. C’était devenu comme une évidence. Cependant, j’ai dû beaucoup travaillé, moi qui n’avait que cette formation là ! J’ai introduit des voix plus « rock », qui étaient déjà apparues sur Anesidora mais que j’ai utilisé de manière plus intensive sur cet album. Le travail le plus compliqué a été d’utiliser ma voix de tête sans qu’apparaissent des traits trop lyriques qui me venaient naturellement : la travailler pour qu’elle aussi sonne plus rock mais que ces traits qui demeurent lui donnent une dimension supplémentaire, une personnalité. Bien sûr il reste quand même un bon nombres de passages « lyriques » mais qui sont toujours cohérents avec la musique. Je voulais explorer plus de facettes de ma voix et j’avoue avoir adoré ça ! J’espère faire encore plus d’expérimentations sur le prochain album !

G : D'un autre côté, la guitare est plus lourde, on entend à présent de long soli de claviers, tous les instruments sont intégrés sans que jamais l'un ne prenne le pas sur l'autre, chant y compris. Cette vision d'ensemble est plutôt inhabituelle dans la musique, en général on met souvent la chanteuse en avant... Pourquoi cette différence au sein de Benighted Soul ?
Flav : Il y a peut-être de notre part une certaine volonté d'éviter l'iconisation des chanteuses dans les groupes de metal comme on le voit si souvent. Alors attention : la voix est un élément capital, et BS sans Géraldine ça ne serait plus vraiment BS. Mais nous voulons montrer que la richesse du groupe, c'est aussi l'instrumentation, la composition, les breaks de batterie, les riffs de guitare, les orchestrations, la chorale... On ne fait pas de la variété avec des guitares, on fait du metal au sens noble du terme, c'est-à-dire un genre musical où tout est possible, où on peut faire un morceau instrumental si on en a envie, où le chant a sa place (et si on veut mettre 40 pistes de chant, on le fait). C'est cela que représente "l'entité" Benighted Soul à mon sens. 

G : Finalement, si le titre "Start From Scratch" n'est pas compliqué à comprendre (Note : "repartir à zéro", en anglais), la jaquette est plus complexe... Pourquoi ce changement de visuel et que signifie-t-il pour vous ?
Jay : La musique de BS a pris un tour plus malsain sur cet album mais en même temps, il subsiste tous ces moments très lumineux, pleins d’espoirs. Il fallait exprimer tout ça. Nous souhaitions aussi nous détacher des codes visuels habituels du metal sympho : nous voulions qu’avec la pochette, les gens comprennent tout de suite les changements dans notre musique qui tire désormais vers le metal progressif, comme beaucoup de chroniques l’ont souligné. Et puis bien sûr, il fallait que cette cover raconte quelque chose qu’on ne saisit pas au premier abord. Nous avons demandé à Eliran Kantor, qui avait travaillé pour Testament ou The Old Dead Tree, de reprendre la poupée qui figurait sur Anesidora mais de la relooker à sa manière. Sur la jaquette, elle se trouve sur une chaîne de montage dans une fabrique de poupées-enfants, assemblés par des bonhommes sans âmes. Elle prend conscience de ce qu’il se passe : elle n’est pas libre de ses mouvements, elle est conditionnée pour être ce qu’elle est (ce sont là des thèmes abordés dans les paroles de plusieurs morceaux). Elle se libère de ses liens et jette un œil plein d’espoir vers le monde extérieur. Un monde tout en contraste donc, comme la musique de BS !

G : Nouvel album, nouveau départ... Nouveaux concerts ?
Jay : Bien sûr ! Nous allons désormais nous produire sur une série de dates en France, et plus particulièrement dans des villes où nous n’avons jamais joué : nous tenons à aller à la rencontre de notre public ! Des dates sont prévues à Rennes, Nantes, Montpellier, Marseille et dans bien d’autres villes. Le « Start from Scratch Tour » se finalise mais vous en saurez bientôt plus !

G : Comment s'est passé votre tournée de 5 dates avec Tarja Turunen et Kells ? Est-ce que cela va vous encourager à renouveler l'expérience ?
Jeyms : Cette tournée s'est très bien passée à tous les niveaux ; nous avons reçu dans chaque ville un énorme accueil du public, les salles étaient remplies malgré l'heure de notre set et le public était très réceptif à notre musique … que demander de plus ? Nous nous sommes également vraiment bien entendu avec Kells, avec qui nous partagions le tour bus. Nous nous connaissions un peu grâce à quelques scènes que nous avions partagé ,la perspective de partir avec eux nous plaisait et nous n'avons pas été déçu ! Cette tournée fut très enrichissante pour BS, nous avons tous envie de renouveler l'expérience !

G : Kells est d'ailleurs également un groupe de metal symphonique, pourtant leur style est totalement différent du votre. Que pensez-vous de la musique de Kells ?
Jay : Elle est redoutable, d’une efficacité remarquable ! Pour les avoir observé plusieurs soirs de suite en tournée, je peux vous dire qu’il sont d’un professionnalisme exemplaire et il y a beaucoup à apprendre d’eux. On a pu écouter quelques extraits de leur nouvel album et je peux vous dire que ça biche grave (comme dirait Virg') !

G : Que pensez-vous de la scène metal symphonique actuelle ?
Jay : J’ai l’impression qu’il y a un second souffle ces temps-ci avec des choses qui sortent un plus de ce qui a pu être fait auparavant. J’aime beaucoup la démarche qu’a eu Within Temptation pour leur nouvel album par exemple : l’idée du concept est très intéressante et je trouve la cover géniale ! Ca change de ce qu’on a l’habitude de voir, c’est nouveau, c’est bien ! Nightwish aussi semble avoir de nouvelles idées pour leur prochain opus. Les choses bougent je crois !

G : Nous avons actuellement ouvert un concours de composition, dans lequel Flavien est notamment jury. Est-ce que vous auriez un conseil à donner aux jeunes compositeurs de metal ?
Flav : Tout d'abord, il s'agit de considérations terre-à-terre, mais je pense que pour être bon compositeur il faut beaucoup travailler son oreille, la théorie, la pratique (c'est-dire qu'il faut souvent composer beaucoup de trucs nases avant d'arriver à faire de la qualité) et ne jamais se décourager : c'est en forgeant qu'on devient forgeron.
Ensuite, il faut toujours essayer d'avoir énormément de recul. C'est très facile d'être très content de ce que l'on fait, sans se rendre compte de ses propres défauts. Avant de vous dire "ce que je fais c'est génial", allez donc écouter le dernier album de Symphony X et ensuite demandez-vous si ce que vous faites est toujours aussi bon que vous le pensez. Mais il ne faut pas pour autant se décourager ! Se comparer à meilleur que soi est très difficile, mais ça permet de garder la tête sur les épaules. Il peut être facile de se sous-estimer ou de se surestimer.
Faites écouter à des gens qui sauront vous dire très honnêtement ce qu'ils en pensent. Là encore, je pense qu'avec les années de pratique, il devient facile de pouvoir évaluer son propre travail. Moi-même, il m'arrive de réécouter certaines choses que j'ai faites et de me dire "ouah, ce truc là ça envoie !" ou bien "non, ça c'est vraiment très mauvais, à la poubelle !". 

G : En parlant de composition, pensez-vous déjà à un prochain album ?
Flav : Le travail sur le premier album a déjà commencé, oui. Quelques morceaux commencent à prendre forme, certains sont bien avancés, j'ai énormément de riffs de coté... on peut dire que ça avance pas trop mal pour le moment ! Avec un style musical aussi fourni, c'est un processus qui est tellement long qu'il faut s'y prendre très longtemps à l'avance. 

G : Pour finir, la question que le monde entier se pose ! Est-ce que Nanasidora va toujours bien ?
Jay : Très très bien, elle a hâte de repartir sur la route, elle adore voyager ;). Elle vous embrasse tous !

Gala' : Merci beaucoup pour avoir pris le temps de répondre à nos questions ! On vous verra samedi 19 au Black Dog pour ceux qui peuvent venir sur Paris, et vous avez déjà quelques dates d'annoncées sur votre site officiel, www.benightedsoul.com.

Benighted Soul - Metal Symphonique