Misseri : Bonjour à tous, et merci d’avoir accepté de répondre à cette interview pour le site Metalsymphonique.com ! Pour commencer, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette pochette et les liens qu’elle tisse avec le contenu de l’album ? Doit-on s’attendre à une musique aussi contrastée que l’artwork ?
Grhyll : Cette pochette a été réalisée par Franck Chopin […], qui avait réalisé la première pochette, et je profite de cette question pour le remercier encore une fois de son travail, dont nous sommes très satisfaits ! Pour ce qui est de l’artwork lui-même, nous avons eu une longue réflexion ensemble sur ce qu’il allait contenir, car il nous tenait vraiment à cœur qu’il reflète nos intentions tout en s’intégrant bien au milieu d’un rayon metal. Il vient bien entendu de l’histoire développée dans ce second opus […] et introduit effectivement la structure de l’album. Je n’irais pas nécessairement jusqu’à dire que la musique est aussi contrastée que la pochette, dans le sens où, si l’album est bel et bien divisé en deux parties (feu/glace) qui se reflètent sur l’ambiance des morceaux, il y a malgré tout au fil des pistes une cohérence globale qui, je l’espère, exprime l’esprit d’Adrana, notre style. Certains titres font plus orientaux (Burning Horizon, dans la partie feu bien sûr), d’autres plus black metal (The Old Guardian, dans la partie glace), bref nous explorons différents horizons, mais tous restent marqués par notre patte !
M : Quelle sont les différences majeures entre « Pertubatio », le précédent opus, et « The Ancient Realms » ?
Ludo : La différence majeure est sans conteste le travail qui a été réalisé en amont. Les morceaux sont plus riches et nous avons gagné en composition. De plus nous avons pris le temps d’enregistrer des pré-productions et de revenir sur les points qui n’allaient pas dans nos morceaux, chose que nous n’avions pu faire pour « Perturbatio ».
Max : Les morceaux se sont, dans l’ensemble, durcis au niveau du son et sont également plus variés, reflétant toutes nos influences.
M : Les albums d’Adrana reposent sur l’histoire de la princesse éponyme : qui, de sa plume, couche sur papier le récit des aventures de la demoiselle ?
Anaé : L'histoire de la princesse Adrana a été créée par Grhyll. De mon côté, je m'occupe d'écrire les paroles pour chaque titre suivant la construction et l'ambiance des morceaux. Ensuite il m'appartient de dire : « cette piste illustrera la bataille avec le golem d'obsidienne, cette autre la traitrise de Barandir », en concertation avec Grhyll. En ce qui concerne les langues, suivant l'histoire racontée, les sonorités des morceaux, le peuple d'Adrana invoqué, je choisis la langue dans laquelle le morceau sera interprété. Dans l'album « Perturbatio », il était très souvent question du peuple des vampires d'où l'emploi du français. Les avertissements des Anciens ou de personnalités hauts placés sont souvent en latin ou en néerlandais comme dans le morceau The Old Guardian sur le nouvel album. La quasi totalité des morceaux est en anglais sur l'album car Adrana voyage sur plusieurs territoires mais également parce que j'ai plus souvent dans cet album un rôle de narrateur omniscient que de personnage à proprement parler (tout dépend des pistes).
M : Ecrivez-vous directement en anglais ou retranscrivez-vous le script en anglais lors de la mise en place des paroles ?
Anaé : Au départ, j'écrivais les paroles en français avant de les transcrire en anglais car l'inspiration venait mieux comme cela. Cependant, cela me laissait moins de choix au niveau des consonances employées, des rimes, etc. Sur « The Ancient Realms » j'ai commencé à écrire directement en anglais, un dictionnaire de rimes sous le coude, pour ajouter une dimension plus poétique, plus musicale aux paroles afin que la langue soit harmonieuse et mette en valeur la mélodie du chant. Pour cet album je me suis fait relire par deux traducteurs dont un traducteur pro, afin d'éviter les fautes de grammaire, les expressions qui n'ont pas lieu d'être en anglais ou ce genre de petites choses.
M : Quels membres ont prit part à la composition des morceaux et à l’adaptation des textes pour les paroles ?
Ludo : Pour ma part, je me suis occupé d’une grande partie de la composition musicale de l’album avec Grhyll et les textes ont été adaptés par Anaé pour les paroles.
Max : Tout le monde a participé puisqu’on a tous notre mot à dire sur chaque morceau. Après, certains ont beaucoup plus composé que d’autres, mais cela s’est fait naturellement.
Anaé : Mric, Max et moi-même composons plutôt des « bouts » de morceaux - je suis une grande spécialiste des morceaux que je ne finis jamais ! (rire) Et souvent Ludo les récupère pour les terminer. Je mets un point d'honneur à écrire mes lignes de chant car le chant n'est pas un instrument comme les autres, j'ai ma tessiture, mon timbre de voix, ma note de passage... les gars ne sont pas vraiment en mesure de composer avec tous ces éléments. C'est donc délicat de composer à ma place la mélodie de chant, cela produit des morceaux impossibles à chanter, trop grave, trop aigus ou trop rapide.
M : Quel processus de création a été suivi ? Etait-ce le même pour « Pertubatio » ?
Ludo : Non. [...] Nous avons ici prêté une attention particulière à la cohésion entre les textes et la musique, l’ambiance qui se dégage des morceaux dans les deux parties de l’album : glace et feu.
Anaé : On a aussi appris à travailler plus ensemble en faisant beaucoup plus attention aux instruments que nous avions à côté de nous. Quand on compose la partie d'un instrument qui n'est pas le nôtre, c'est toujours dur de savoir si ça va sonner, si tel accord est techniquement faisable. En comparaison avec « Perturbatio », on a beaucoup plus travaillé là-dessus. On a également beaucoup plus peaufiné les morceaux en enregistrant des pré-productions afin de nous rendre compte du rendu de ces morceaux.
M: Anaé, sur « Pertubatio », tu avais pris le parti d’évoluer dans un registre résolument lyrique. L’histoire te permettait même de faire découvrir ta voix dite « de sorcière ». Qu’en est-il de tes choix sur « The Ancient Realms » ?
Anaé : Notre musique étant centrée sur l'histoire de la princesse Adrana, le chant lyrique est intéressant car il s'allie particulièrement bien à la puissance des guitares saturées mais surtout, cela permet d'apporter beaucoup de théâtralité et d'émotions à la ligne vocale et au morceau. Le lyrisme se définit comme une « inspiration poétique essentiellement fondée sur l'exaltation des sentiments de l'artiste ». Je suis soprane et, […] à l'époque de « Perturbatio », ma voix ne me permettait pas de chanter très grave surtout parce que j'avais 18 ans, ce qui est encore jeune pour une voix. Aujourd'hui je suis pas beaucoup plus vieille mais ma voix a mûri, j'ai gagné un peu plus d'aigus et de graves ce qui m'a permis d'avoir une plus grande liberté quant à mes choix artistiques et vocaux. J'ai donc décidé de miser sur des tonalités beaucoup plus graves (pour une soprane) afin de mieux coller aux morceaux comme à l'histoire d'Adrana qui s'assombrit peu à peu. Vocalement parlant, cette utilisation me permettait aussi de créer un effet de contraste beaucoup plus saisissant avec mes envolées lyrique aiguës et de monter de plusieurs octaves à la fois en l'espace de deux notes. C'est intéressant au point de vue technique comme musical et ça en jette (rires). J'ai également arrêté de prendre des cours de chant ce qui m'a permis d'explorer d'autres formes vocales qui m'étaient totalement interdites en chant lyrique. Sur Prison of Memories, par exemple, ma voix est pleine de souffle, elle symbolise l'état physique et psychologique de la princesse Adrana dans cette chanson. J'ai des parties de chants clairs, de chants à la Beth Gibons et de chants très barrés par exemple dans Obsidian Collapses. Je m'éclate tout en restant fidèle à la ligne artistique d'Adrana.
M: Sur le trailer de l’album, on peut entendre du grunt. Cela marque-t-il l’entrée d’un nouveau personnage ? Et qui officie en tant que grunteur sur l’album ?
Max : Déjà dans « Perturbatio »il y avait des growls. Chaque personnage de notre histoire peut être associé à une voix. Cette fois nous avons changé de personne pour ce type de voix. Lori, un bon ami à nous qui officie dans Fimbulvetr, s’est volontiers prêté au jeu.
Anaé : «The Ancients Realms» se termine sur un combat entre Adrana et un Golem d’Obsidienne. C’est le point culminent de l’histoire, cela ferme l’album :ce titre devait être une apothéose. C'est donc Lori qui y interprète le Golem. Il a une belle voix black metal et le résultat est du plus bel effet. Nous souhaitions également qu’il y ait de vrais chœurs sur cet album, pas des chœurs artificiels. Rien ne remplace la chaleur et l’émotion de voix humaines ! Six choristes français ont participé à notre album […] L’expérience a été particulièrement enrichissante !
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