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Carach Angren - "Where the Corpses Sink Forever"


Carach Angren - Where the Corpses Sink Forever

Date de sortie : 18 mai 2012

Jaquette chronique

 

Tracklist

 

 

01.An Ominous Recording 01:58

02.Lingering In an Imprint Haunting 05:04

03.Bitte Tötet Mich 05:03

04.The Funerary Dirge of a Violinist 08:04

05.Sir John 04:27

06.Spectral Infantry Battalions 02:04

07.General Nightmare 04:19

08.Little Hector What Have You Done? 04:55

09.These Fields are Lurking (Seven Pairs of Demon Eyes) 07:15



Il pleut. Surgissant d'une brume méphitique, un mystérieux bourreau et sept obscures silhouettes présentent à nos oreilles effarées la dernière offrande d'un des groupes les plus prometteurs de black metal symphonique : Carach Angren. Après seulement deux ans et un « Death Came Through a Phantom Ship » brillant, le combo peut se targuer d'avoir trouvé un style bien à lui, ambitieux, agressif et néanmoins raffiné, paradoxe que la théâtralité des compositions permet de résoudre avec brio.



C'est sous la nouvelle bannière de Season of Mist que les trois Néerlandais nous révèlent « Where the Corpses Sink Forever », concept-album que la densité de ses courtes 43 minutes et quelques ferait passer pour un EP. Pourtant, cette durée bâtarde n'amoindrit en rien la qualité des morceaux présentés ici (et ce dès Lingering in an Imprint Haunting, présenté comme le single et qui annonce la couleur, une couleur grandiosement noire et terreuse). Aucune seconde n'est perdue, de sorte que si le tout passe effectivement bien trop vite, le plaisir de l'auditeur reste intact. Au contraire, « Where the Corpses Sink Forever » confine au génie. Le terme est osé, mais je l'assume.


Il sera ici question de guerre et de suicide, de crimes de guerre et d'atrocités en tous genres, de meutres et de massacres. Vaste programme mis en valeur par des textes intelligents évoquant plus la nouvelle que la chanson (on est loin de la structure classique avec couplets/refrain), et baignant dans cette atmosphère glauque aux frontières de la réalité historique (nous avons ainsi des évocations des deux conflits mondiaux avec barbarie nazi à l'appui) et du surnaturel (Spectral Infantry Battalion, plus death voire doom que black, bien que bref, n'en est pas moins significatif). On retiendra dans ce parti pris littéraire l'intégration plutôt fine de passages en Allemand (Bitte Tötet Miche) et en Français (difficilement reconnaissables si l'on n'est pas averti, sur General Nightmare).


Certes, cet album n'est pas exempt de défauts, mais on ne saurait les imputer au décalage trop souvent rencontré entre une ambition démesurée et des moyens trop faibles. Car les orchestrations ont beau être samplées, elles sont d'une qualité remarquable et bénéficient d'une production exigeante qui leur fait honneur. Certes, les instruments métalliques ont beau être réduits à deux (avec une batterie un peu trop retrait), mais la puissance qui s'en dégage est réelle, bénéficiant d'un jeu sur les contrastes maitrisé. De fait, les origines death/trash du groupe (Sir John avec son grunt pesant en témoigne) nuancent considérablement le brouillon black auquel on aurait pu s'attendre, et le chant de Seregor, soutenu par moment par Ardek, est d'une versatilité bienvenue (scream, growl, grunt, jusqu'au chant clair). Ecoutez bien le hurlement de souffrance de The Fields are Lurking : vous serez pris aux tripes par son expressivité. Enfin, de nombreux breaks viennent eux aussi apporter quelques contrastes au sein des morceaux, faisant office de liens entre les différentes parties de ceux-ci, et conférant à leur succession une fluidité naturelle.


En fait, le reproche que l'on pourrait faire à cet opus, c'est son déséquilibre entre les pistes. Malgré cette fluidité et la cohérence globale de l'album, celui-ci, après une intro ambiante en bonne et due forme (avec coups de feu glaçant dans un champ vide à l'appui), enchaine sur des pistes aux longeurs inégales, et se retrouve coupé en deux par un morceau qui résume à lui seul son esprit  : The Funerary Dirge of a Violonist. Que l'on me pardonne d'avance de ne pas m'attarder sur les autres pièces, et sans doute suis-je moi-même victime de l'excellence de ce morceau qui occulte les autres, quand bien même leur qualité serait incontestable, mais The Funerary est de ces morceaux que l'on peut qualifier de chef d'oeuvre.


Si, sur l'ensemble de l'album, les samples de violons étaient vifs et nerveux, cet instrument qui avait été mis à l'honneur sur le précédent album, trouve en The Funerary son manifeste. Cette pièce centrale et épique de près de 8 minutes allie comme on l'a rarement aussi bien fait orchestrations et black metal, sa structure presque progressive alignant les breaks dans un équilibre parfait entre orage de brutalité et accalmie inquiétante (le passage au piano est tout simplement sublime). Indéniablement, nous avons là une magistrale leçon d'esthétique musicale qui nous rappelle que la musique est sans doute la seule chose qui rende l'existence supportable.


Je n'entre pas dans le détail ; les mots peineront certainement à exprimer toute la beauté de ce morceau et, ce partant, de cet album, en dépit d'un These Fields are Lurking deux-en-un en closule (la fin renouant avec le caractère ambiant de l'intro), pendant inégal de The Funerary. Car non seulement Carach Angren poursuit son malhomme de chemin, mais il nous propose un opus particulièrement bien construit, à la morale nihiliste et désespérée, et dont les dernières mesures sont d'un pathétique rarement aussi bien atteint dans le metal symphonique : des gémissements choraux, du piano, du violon, et la pluie qui tombe, qui tombe, qui tombe, ainsi que l'Homme, vers le gouffre qui l'attend.



Metal   Symphonique

 

Malgré une basse inexistante et une batterie sous-mixée, force est de constater que le groupe s'en sort admirablement par sa façon de ne pas en rester au blast. Peut-être trop sobre pour certains, mais non moins efficace.

     

Cordes, cuivres, bois, bien que samplés, sont présents et aisément identifiables. Le piano est lui aussi à l'honneur.

 
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Voix / Choeurs   Harmonie d'ensemble
 

Ici encore, on est agréablement surpris et en rien irrité par le chant tour à tour hurlé, grogné, éructant, plaintif, rageur. On a même droit à quelques choeurs par moment.

     

Vu la qualité de la composition, j'aurais pu mettre la note maximale, mais la brièveté de l'album et l'absence de réels instruments classiques expliquent ce point en moins. Ceci étant, cet album est à placer aux côtés des grandes oeuvres du black metal symphonique.

 
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Sept coups de feu plus tard, si les victimes ne sont pas ce qu'elles semblaient être, la cible a été touchée, comme les limites de la chronique. En dire plus serait du verbiage stérile. Il est un moment où la musique se suffit à elle-même. Pour mon plaisir agacé et certainement pour le vôtre, Carach Angren y est parvenu.


Chronique réalisée par Bes.