
Tracklist
01. Mother Machine 4:34
02. Electricity 4:14
03. We Are The Others 3:17
04. Milk And Honey 4:26
05. Hit Me With Your Best Shot 3:59
06. I Want You 4:52
07. Where Is The Blood? (featuring Burton C. Bell) 3:16
08. Generation Me 3:43
09. Babylon 4:06
10. Are You Done With Me? 3:05
11.Get The Devil Out Of Me 3:21
12. Not Enough 4:43
C'est en 2002, un an après le succès fulgurant de l'album "Mother Earth", que le claviériste Martijn Westerholt quitte le navire Within Temptation et embarque avec ambition sur le paquebot Delain. Si l'équipage est forcément soumis à quelques bouleversements, la formule, elle, reste inchangée : l'ambiance heroic fantasy, les orchestrations kitch et le chant féminin ponctué de growls, déjà présents sur « Enter » de Within Temptation, habillent avec fraîcheur le premier EP du groupe, « Amenity » (2002). Le projet, mis entre parenthèses suite aux incertitudes de Martijn, renaît en 2006 sous la forme d'un album 100% metal symphonique baptisé « Lucidity », qui offre une ribambelle de guest-stars au chant, à la guitare, à la basse et à la batterie. Suivra « April Rain » (2009), premier véritable album du combo, qui ne définira qu'en surface leur identité musicale, à savoir, un rock/metal symphonique mélodique, direct et efficace.
La formation hollandaise mérite pourtant amplement son succès et pour cause... Avec le très attendu « We Are The Others », Delain émancipe sa créativité, sublime ses qualités et livre ainsi son œuvre la plus aboutie. Les goûts musicaux très éclectiques de Charlotte Wessels sont enfin assumés sans complexe. La reprise live récurrente de Cordell des Cranberries et la version studio du tube Smalltown Boy (2010) de Bronski Beat nous avait déjà mis l'eau à la bouche, mais ces mêmes influences pop, rock et électroniques prennent une dimension artistique évidente. Si les compositions présentes sur « April Rain » pouvaient lasser car elles ne s'adonnaient qu'à un genre unique (différencier Lost de I'll Reach You et de Nothing Left relève du défi...), celles de « We Are The Others » ne s'interdisent aucun plaisir : Are You Done With Me? transpire la pop de Savage Garden et Alanis Morissette, Milk And Honey et ses touches électro-metal évoquent la période « Sehnsucht » de Rammstein, alors que Where Is The Blood? se rapproche plus de Clawfinger.
La majorité des morceaux a été travaillée de manière à ce que le fond et la forme soient toujours en parfaite harmonie. Ici, les ambiances sont à la fois variées et dépouillées : l'album regorge d'effets sonores et de petites trouvailles délicieuses. Mother Machine démarre en douceur avec des sons industriels inquiétants qui font brusquement place à une pluie de guitares jouissive, tandis que l'imprévisible I Want You prend l'auditeur à contrepied, le berçant d'une introduction piano/voix de 45 secondes qui se retrouve balafrée par un ton très heavy, cassant ainsi habilement ce qui aurait pu être une ballade typique. La patte Delain reste cependant très marquée dans la majeure partie des compositions. Les très accrocheuses We Are The Others et Get The Devil Out Of Me sont régies par une alternance piano/guitare basique, où les coupures sont moins nettes et les surprises moins nombreuses. Ce constat ne nous empêchera pas de souligner le fait que l'on tient ici un album pétillant, taillé pour la scène, qui ne manque ni d'énergie, ni de charme et d'identité.
Tandis que les amateurs de metal purement symphonique regretteront le virage pop assumé des Hollandais, les autres les féliciteront d'avoir pris un tel risque et de l'avoir réalisé avec une telle maîtrise. « We Are The Others » ne renie d'ailleurs pas la musique metal. Delain n'a jamais sonné aussi noir que sur Where Is The Blood?, en duo avec un Burton C. Bell (Fear Factory) gueulard, et aussi symphonique que sur les somptueux Babylon et Not Enough, qui rappelle les débuts prometteurs de Lunatica sur « Atlantis » et « Fables & Dreams ». Ces pépites mises à part, l'aspect heavy symphonique est quelque peu mis en retrait. Les orchestrations qui ornent la dynamique Generation Me sont très dansantes et auraient sans conteste pu figurer sur le dernier né de Within Temptation, « The Unforgiving ». Les « oh-oh » repris en chœur sur le tout aussi catchy Hit Me With Your Best Shot confirme d'ailleurs cette théorie : Delain donne vie à ses envies, se lâche complètement et livre une œuvre sans aucun temps mort, qui ne comporte aucune ballade (!!!).
Charlotte Wessels n'a jamais été aussi à l'aise au chant. Elle se plaît à déguiser sa voix sur Mother Machine et Get The Devil Out Of Me, lui donnant une couleur plus grave, voire vicieuse, comme Anette Olzon le fait sur Scaretale de Nightwish. Elle envoute l'auditeur d'un ton érotique très bien senti sur I Want You, à l'instar de Simone Simons sur Delirium d'Epica et s'adonne également à des envolées vocales très aigües sur Are You Done With Me?. Difficile de ne pas tomber sous le charme... Sa voix tantôt feutrée, tantôt joueuse mais toujours puissante, s'accorde merveilleusement bien aux compositions entraînantes du combo.
|
Delain a toujours été un groupe gentillet sur le plan métallique... Ici, aucune fureur, aucune méchanceté, mais une guitare très mélodique, de jolis soli, des accents speed et des breaks sympathiques (Mother Machine, Where Is The Blood?, Milk And Honey). Le groupe officie dans un registre rock/metal mêlé à une pop inspirée et dépasse de ce fait la sphère metal. |
Partie difficilement évaluable car très peu exploitée sur le disque. Le peu de pistes comptant des orchestrations sont très convaincantes, notamment Babylon et surtout Not Enough, dont la dernière minute donne carrément le frisson. Et si les orchestrations sont réalisées à l'aide d'un clavier, elles n'en perdent ni grandeur ni efficacité.
|
||||
La présence de Charlotte Wessels au micro est sans aucun doute l'atout majeur de l'album. Sa voix charmante, fraîche et toujours juste est une sucrerie pour les oreilles, surtout lorsqu'elle est soutenue par un chœur puissant (Not Enough) et très entêtant (Hit Me With Your Best Shot). Des chœurs d'enfants irrésistibles font même leur apparition sur We Are The Others... Que demande le peuple?
|
La recette fait mouche à tous les étages! Tandis que les aficionados de metal burné passeront leur chemin, les plus ouverts d'esprit se régaleront de ce melting-pot musical. Véritable concentré d'énergie, « We Are The Others » se consomme sans modération. On danse, on chante à tue-tête, on sourit... En un mot, on se régale.
|
|||||
« We Are The Other » est l'occasion pour Delain de former une alliance entre la pop et le metal : un mariage souvent exécuté avec superficialité et légèreté chez la plupart des groupes du genre (UnSun, Lyriel, Forever Slave, Lunatica aujourd'hui)... Delain fait pourtant partie de ces rares groupes, avec Within Temptation, Agua De Annique et Angelzoom en tête de liste, qui flirtent avec la pop sans perdre leur identité et leur intégrité. Si la longueur des pistes de « We Are The Others » ne dépasse jamais les cinq minutes, si chaque morceau a le potentiel pour devenir un hit, si chaque refrain nous pousse à nous déhancher sur le dancefloor, à quoi bon lutter?! On pourrait résumer « We Are The Others » en citant la chanson Electricity, qui résume à elle seule l'essence même de l'album : jouissive, pleine de vigueur, sans prise de tête. Mieux que Lady GaGa sur « Born This Way », Delain nous donne une véritable leçon sur notre façon de vivre... S'inspirant du cas Leicester (je laisse le soin aux auditeurs/lecteurs de se renseigner sur Wikipédia), le groupe délivre un message universel : « Normal is not the norm, it's just a uniform »...