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Epica- "The Phantom Agony"


Epica - The Phantom Agony

Date de sortie : 5 juin 2003

Jaquette chronique

 

Tracklist

 

1. Adyta 01'27
2. Sensorium 04'48
3. Cry For The Moon (The Embrace That Smothers - Part IV) 06'44
4. Feint 04'19
5. Illusive Consensus 05'00
6. Façade of Reality(The Embrace That Smothers - Part V) 08'12
7. Run For A Fall 06'32
8. Seif Al Din(The Embrace That Smothers - Part VI) 05'47
9. The Phantom Agony 08'59


En s'emparant de « The Phantom Agony », premier album de la nouvelle formation hollandaise Epica, le métalleux avide de découvertes ne peut que ressentir un brusque sentiment de déjà-vu : cette pochette ne serait-elle pas étrangement semblable à celle de « The Prison of Desire », premier opus d'After Forever, sorti il y a trois ans à peine ? La réponse est oui, évidemment, et bien que cette fois-ci une jolie fille sur fond rouge remplace la froide statue bleutée, la présentation globale reste la même, et on ne peut qu'être intrigué par cette flagrante similitude. En regardant le descriptif des pistes, la surprise continue : The Embrace That Smothers, pièce musicale entamée sur les deux albums d'After Forever sortis jusqu'alors, se poursuit sur ce « The Phantom Agony ». Ayant quitté After Forever pour fonder Epica, le guitariste et compositeur Mark Jansen ne semble pas s'être véritablement renouvelé ; et ce nouveau projet apparaît plus comme une continuation du précédent qu'autre chose. Mais trêve de conjectures, il est temps de mettre le disque dans les platines afin de savoir si les comparaisons s'arrêtent là.

 

Dès la première piste, Adyta, la ressemblance avec After Forever se confirme : atmosphère solennelle, travail choral évoquant les chants grégoriens et instrumentations soignées, tout évoque les morceaux introductifs du précédent groupe de Mark Jansen. Ces quelques minutes se voient rapidement succédées par Sensorium, un titre à la mélodie efficace, dans lequel choeurs, chant féminin lyrique et grunts alternent avec intelligence. Cet enchaînement, bien que peu original compte tenu du passé du compositeur, fonctionne à merveille, et l'auditeur se retrouve immédiatement plongé dans l'univers sombre de « The Phantom Agony », entre gravité, orientalisme et mélancolie. En effet, l'ambiance développée par l'album est particulièrement prenante : entre la présence imposante des choeurs, qui évoquent la musique sacrée médiévale et notamment les pièces de Guillaume de Machaut (Cry For The Moon), les mélodies arabisantes (Seif Al Din), les riffs puissants et les passages frénétiques où double-pédale et guitare se déchaînent (Façade of Reality), on a la vive impression de se retrouver à l'époque des Croisades, entre batailles sanglantes, paysages d'Orient et chevalerie. Le discours engagé de Seif Al Din, prononcé sur de belles vocalises, ou même encore celui de Façade of Reality, confirment cette association : la religion semble être au centre des thématiques développées par Epica, que ce soit au niveau des paroles ou des références musicales convoquées.                                

 

Il est également important de remarquer que Mark Jansen ne choisit jamais la facilité, et la plupart des titres sont peu accessibles au grand public, comportant des parties hurlées sur fond de double-pédale frénétique (Façade of Reality, Seif Al Din), ou des choeurs martelés (Illusive Consensus) qui n'ont rien de mainstream. Même la ballade Run For A Fall comporte un moment plus sombre où la voix saturée a la part belle. Les lignes de chant féminin, toujours surprenantes et bien composées, apportent également beaucoup à l'ensemble. Quant aux structures des morceaux, elles ne suivent pas un schéma simple intro-couplet-refrain-break, et offrent au contraire une composition plus complexe et des enchaînements inattendus, comme sur The Phantom Agony, titre éponyme atteignant presque les dix minutes, qui après un début mystérieux serti de chuchotements et d'un chant très doux, débouche sur des grunts furieux et s'achève par une mélodie de cordes absolument superbe. Il ne s'agit bien sûr pas du seul exemple, et même le single, Cry For The Moon, au refrain choral entêtant, dépasse les six minutes et offre des passages très divers. La ballade Feint, bien que plus simple, comporte une belle montée en puissance et un thème mélancolique servi par de discrètes interventions chorales très bien pensées. Bref, tous les éléments qui faisaient d'After Forever un groupe intéressant sont réunis de nouveau dans Epica, et même si on ne peut pas vraiment saluer l'effort de renouveau, on ne peut que se réjouir d'entendre des morceaux aussi bons.              

 

La seule différence véritable entre « The Phantom Agony » et un album d'After Forever, c'est, en vérité, le line-up, et parmi celui-ci, la nouvelle vocaliste. En effet, si les changements de musiciens sont moins perceptibles, la touche de Mark Jansen guidant leur jeu dans les moindres détails, c'est le timbre de la chanteuse qui crée une véritable divergence avec le groupe précédent du guitariste. Simone Simons, l'interprète choisie pour Epica, est, d'après le livret, une mezzo-soprano, contrairement à Floor Jansen, qui évoluait dans un registre de soprane. Mais on serait bien en peine de chercher chez Simone graves chaleureux et harmoniques profonds, puisque la flamboyante jeune femme évolue finalement dans un domaine assez aigu pour sa tessiture. Dotée d'un très beau timbre, la nouvelle venue manque encore quelque peu d'aisance vocale, et on a la sensation d'entendre une voix encore timide, essayant de bien faire, mais n'ayant pas l'assurance extraordinaire et la fluidité de sa prédécesseuse. Toutefois, l'effort est présent, et l'artiste essaie d'alterner entre le chant lyrique qu'elle a appris et une sonorité plus naturelle (Illusive Consensus) et n'oublie pas de charger son interprétation d'émotion sur les ballades Feint et Run For a Fall, pleines de délicatesse. Ainsi, bien que la jeune Simone ne soit pas encore une grande diva du genre, on sent le potentiel qui l'anime, et on peut espérer qu'avec l'expérience et le travail, elle parvienne à un résultat excellent dans les opus à venir.

 



Metal   Symphonique

 

Double-pédale et guitares saturées sont au rendez-vous, et les rythmes sont souvent effrénés. Cependant, il manque un peu de la lourdeur nécessaire au metal pour être véritablement puissant et efficace.

     

Les orchestrations, principalement composées de cordes, apportent beaucoup à l'ensemble, et portent de très belles mélodies. Cependant, elles pourraient être plus diversifiées.

 
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Voix / Choeurs   Harmonie d'ensemble
 

Le travail des choeurs est remarquable, et Simone Simons réalise beaucoup d'efforts. On sent néanmoins que la demoiselle est débutante, et bien que son timbre soit prometteur, on espère que ses prochains enregistrements seront plus assurés.

     

Tous les éléments cohabitent parfaitement et créent une atmosphère prenante, sombre et solennelle, évoquant les Croisés et leur lutte sans merci pour prendre la belle Jérusalem...

 
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Ainsi, ce premier opus d'Epica ressemble à s'y méprendre à un album d'After Forever, avec toutes les qualités que cela implique. Bien qu'il s'écoute avec beaucoup de plaisir, on espère qu'Epica parviendra à se singulariser au fil du temps et à trouver une expression plus originale et personnelle.

Chronique réalisée par Eccentric.