
01. The Vampire from Nazareth 4:08
02. A Great Mass of Death 4:47
03. Pyramid God 5:13
04. Five-Pointed Star 4:33
05. Oceans of Grey 5:11
06. The Undead Keep Dreaming 4:29
07. Rising 3:17
08. Apocalypse 3:56
09. Mad Architect 3 :36
10. Therianthropy 4 :28
La Grèce peut bien se trouver en difficulté financière, sa scène métallique n’en reste pas moins l’une des plus florissantes et intéressantes du monde. C’est donc avec de réels espoirs que la sortie du septième album de Septicflesh était attendu, sinon pour redresser la situation économique du pays, tout du moins pour nous offrir un de ces mélanges monstrueux entre ce que le metal peut offrir de plus extrême et les orchestrations les plus démoniaques. Depuis leur retour après une séparation entre 2003 et 2007, et un « Sumerian Daemons » qui concrétisait l’orientation symphonique de « Communions », laquelle apportait au death d’origine une coloration plus grandiloquente et théâtrale, les frères Antonious étaient bien décidés à intégrer leur nouveau rite dans un projet plus grand, et de la communion à la messe, le pas fut franchi à l’aide du désormais bien connu orchestre Philharmonique de Prague (chœur compris), et du producteur Peter Tätgren.
On retrouve sans surprise sur « The Great Mass » le style frontal des Grecs, aux frontières du black, du death et du gothique, cette dernière composante permettant d’alléger un peu des structures roboratives en y apportant des touches plus ambiantes. Il faut d’ailleurs noter que les études de composition classique du petit Christos (prénom ô combien symbolique) ont porté leurs fruits, et qu’une fois encore l’alchimie du groupe transmue, par un phénomène de sublimation diabolique, une brutalité sans ambages, alliée à des orchestrations puissantes, en une forme de beauté originale et saisissante, fondée paradoxalement sur la dissonance.
Faisant fi de tous préliminaires délicats, « The Great Mass » commence d’emblée par son single (The vampire from Nazareth), titre certes bien rentre-dedans et épique à souhait, ayant un je-ne-sais-quoi de Dimmu Borgir (sensible également sur Pyramid God), mais vendant toute la marchandise de l’opus sans laisser à l’oreille le soin d’en découvrir la diversité au fur et à mesure. De plus, l’ouverture au chant féminin (exit Nathalie Rassoulis, remplacée par la soprano Androniki Skoula) pourra rappeler à certains les toutes premières lignes de chant de Falling in Sin de Benighted Soul…
Continuons, tant qu’on y est, sur ce chant féminin quasi-inexistant, tout juste plaçant ça et là quelques vocalises désespérées au-dessus du marasme bourbeux d’une guitare, d’une basse et d’une batterie surexcitées (mais au moins, avec brio). Quant au chant clair de Sotiris, il est accueilli différemment selon les morceaux : bouffée d’air bienvenue et majestueuse sur A Great Mass, plaintif sur The Undead Keep Dreaming (bien que très chevrotant dans son genre, le « Dreaaaaamiiiing »), larmoyant sur Apocalypse, nasillard et se rapprochant de celui de Snowy Shaw sur Rising, en conserve sur Therianthropy. Et pour finir avec le chant (rien à redire sur les vocaux death de Seth), on regrettera le chœur trop lointain qui vient poser de discrètes lignes vite étouffées sur The Vampire, A Great Mass of Death, The Undead keep dreaming, Apocalypse, pour ne citer qu’eux.
Côté ambiance, on conserve l’influence orientale sur The Vampire…, Five-Pointed Star, Oceans of Grey (lequel rappelle un peu Amaseffer), on lorgne vers le doom avec A Great Mass of Death, The Undead Keep Dreaming et sur la fin de Pyramid God, au violon et à la guitare, qui serait presque du post ; on ose sans trop en faire du progressif frénétique (Mad Architect, sorte de Stravinsky au chalumeau), on revient gentiment vers du trash (Apocalypse) et puis on s’offre un peu de heavy pour rester accessible aux oreilles sensibles : outre Rising qui ferait presque figure de réel single de l’album par son économie de moyens, le reste de Pyramid God, dont les cordes évoquent d’ailleurs la mélodie de Requiem for a Dream, et l’un de ses breaks le Cradle of Filth de « Nymphetamine ».
Quelques écoutes plus tard, on conclut que la plupart des morceaux repose sur la même structure (bien que chaque piste puisse s’apprécier singulièrement) : une très brève intro correspondant souvent à une classique montée en puissance sur, d’abord, l’orchestre jouant le thème principal, puis, selon : rajout de la batterie ou de la guitare, avant l’explosion du chant death. Le reste n’est que variations avec des breaks cependant bien menées et liées entre eux, ponctués de petites éclaircies orchestrales privilégiant les cordes (Five-Pointed Star) ou les cuivres (Apocalypse). Des cloches – messe oblige – viennent tinter sur Oceans of Grey, un clavecin sur Apocalypse, un piano sur Mad Architect, cédant ponctuellement la place à des nappes de claviers très synthétiques. On concèdera que la dimension répétitive des parties orchestrales, brisée par les différents rythmes de batterie (celle-ci, très versatile et maîtrisée, ne blasera personne avec ses énergiques blasts) et des riffs nerveux et imparables, tendent à créer une ritualité liturgique en accord avec le titre de l’opus, épique sur A Great Mass of Death et satanique sur Apocalypse, certainement les deux moments clés de cette Grand’ Messe.
Mais dix plages, c’est court, d’autant plus quand la moyenne de celles-ci n’excède pas les 4 minutes. On arrive donc bien vite à la fin d’un album qui n’est déjà pas en soi réalisé par un groupe des plus accessibles, et qui se permet d’abandonner l’auditeur avec une fin assez bancale (Therianthropy ; on constate d’ailleurs que les Grecs ne sont guère à l’aise avec les fins - abrupte pour Pyramid God, en fade sur Five-pointed Star - comptant sur le calme suivant la tempête pour faire passer les transitions), façon de chanson de générique de fin qui n’est pas sans évoquer par son rythme plus heavy, ses synthés et son chant clair le dernier morceau de « Threnody », premier album du side-project de Christos, Chaostar - influence que l’on retrouve par ailleurs dans le break avec chœur en latin de A Great Mass of Death, ou le passage ambient de Five-pointed Star. Cette fin, lumineuse au regard d’un album particulièrement sombre (à l’image de la pochette réalisée par Seth, et qui délaisse l’imagerie mésopotamienne macabre pour revenir vers un glauque d’inspiration plus « gréco-romain» – lui encore proche de Chaostar), laisse quelque peu dubitatif, et pour être honnête, sceptique (en voilà une de casée) quand à la solidité d’un album aux ambitions et aux moyens pourtant élevés.
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Le jeu métallique du groupe repose sur une efficace alliance entre guitare et batterie, sans virtuosité agaçante mais au jeu assez varié pour ne pas lasser l’auditeur. |
On en est droit d’être plus exigeant quand un groupe joue avec un orchestre. Les passages orchestraux, bien que soutenant la partie metal sans la noyer, sont trop répétitifs et surtout trop courts. La composition eut gagné en finesse. |
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Amateurs d’égorgement de porcs, vous serez servis ; les passages clairs sont négligeables sans être désagréables ; quand au chant féminin et aux chœurs, ils sont utilisés avec beaucoup trop d’économie pour être réellement appréciés. |
Malgré le refus assumé de ne pas faire dans le raffinement, l’ensemble, bien que bourrin, est homogène et de qualité, et la production permet d’en prendre plein les oreilles. |
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Ne croyez pas que cet album est mauvais. Au contraire. Seulement, l’eucharistie pascale de Septicflesh laisse une impression d’inconfort : sa musique possède indéniablement une touche qui n’appartient qu’au groupe, mais on regrette qu’avec les moyens mis à disposition, cette Grand’mess reste dans le domaine des compétences des musiciens et n’ouvre pas, soit sur un nouvel abîme de ténèbres, soit sur d’autres horizons dont Dimmu Borgir, pour ne citer que lui, a laissé entrevoir les possibles éblouissantes. Ite missa est : « The Great Mass » est un album objectivement insatisfaisant mais qui ne décevra pas les fans du groupe ni les amateurs de death orchestral.