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Chthonic - "Takasago Army"


Chthonic - Takasago Army

Date de sortie : 6 juin 2011

Jaquette Chthonic- Takasago Army

Tracklist

1. The Island 02:15
2. Legacy Of The Seediq 04:21
3. Takao 04:19
4. Oceanquake 03:44
5. Southern Cross 03:53
6. Kaoru 05:38
7. Broken Jade 05:43
8. Root Regeneration 01:24
9. Mahakala 04:02
10. Quell The Souls In Sing Ling Temple 05:18

Banzai! Quel sens de la promotion ! Alors que la série « The Pacific » est en cours de diffusion, votre serviteur s’attèle à la chronique du dernier album de Chthonic, « Takasago Army »,  fortuitement placée sous le signe des Volontaires de Takasago, unité miliaire de l’armée nippone durant la dernier Guerre Mondiale.

Parenthèse historique : Taïwan (ancienne Formose) a été cédée au Japon par la Chine en 1895. De par sa situation insulaire stratégique, l’Empire en a fait une base navale qui fut particulièrement active durant la Second Guerre Mondiale. Le port de Takao (aujourd’hui Kaohsiung), qui donne son nom au troisième morceau de notre album (et accessoirement son premier single), a été l’une des principales cibles des frappes alliées pendant le conflit. En parallèle, le Japon avait entrepris une politique d’assimilation des « aborigènes » taïwanais.  A la suite de la deuxième guerre sino-japonaise (1937), un premier corps d’armée constitué de natifs de l’île fut constitué, exploitant leurs talents de chasseurs et leur connaissance de la jungle. Mais ce n’est véritablement qu’à partir de 1942 que fut formée l’armée des Volontaires de Takasago (terme emprunté à la mythologie nippone). Les Américains, réveillés de leur isolationnisme par Pearl Harbor, s’avançaient dans les îles du Pacifique. Bientôt mêlés aux troupes japonaises, ces « Volontaires » se révélèrent particulièrement efficaces et meurtriers. Rompus aux techniques de harcèlement et de guérilla, ils furent considérés comme les meilleurs soldats du Pacifique Sud. Un corps d’élite, dénommée Kaoru (sixième piste de l’album), fut organisée pour des missions suicides. Avec la défaite du Japon en 1945, les Volontaires rentrèrent chez eux ; Taïwan retourna à la Chine. Parenthèse historique fermée.

Fervent nationaliste taïwanais, c’est donc avec un certain sens de la provocation que Chthonic conclue sa trilogie sur l’histoire de l’île, ouverte en 2005 avec  « Seediq Bale » (lequel revenait sur l’incident de Wushe, en 1930, au cours duquel colons japonais et « aborigènes » s’entre-massacrèrent ;  rappelons que le terme de « seediq » réfère au dialecte formosan et sert d’adjectif – en anglais – pour désigner les peuplades taïwanaises), poursuivie en 2009 avec « Mirror Retribution ». Une conclusion dont la cohérence se révèle dans le dernier morceau de « Takasago Army », qui fait référence à la sixième piste de « Mirror Retribution », Sing Ling Temple. Recourant à l’anglais comme au taïwanais pour s’exprimer, les militant musiciens de Chthonic s’inscrivent également dans une tradition asiatique plus large (Southern Cross évoque la constellation de la Croix du Sud ; Mahakala, une divinité bouddhiste). Voilà pour le fond.

Pour la forme,  « Takasago Army  est une semi-déception. Certes, l’album est cohérent et propose de quoi s’en mettre plein les oreilles. Et certes, il repose sur une véritable diversité, d’abord des genres : si les blackists bourrinent à souhait, ils n’hésitent pas à lorgner vers le death, le trash, le gothique (sur Quell the Souls in Sing Ling Temple), le heavy (quelques soli, du reste anecdotiques, sur Southern Cross et Mahakala), parfois même jusqu’au speed (mais qu’est-ce donc que cette rythmique galopante à la fin de Broken Jade ?). De ce point de vue, cet album témoigne d’une excellente partie rythmique : basse et batterie ont rarement été aussi bien mises en avant, et passeraient même devant le jeu guitaristique, assez monotone. L’autre diversité, répondant à la première, concerne le chant : du death éructant au plus guttural, du black hurlé au susurré, du chant clair masculin et féminin (sur Takao et Kaoru). Certes.

Mais les dix pistes passent relativement vite, d’autant plus qu’il faut en retirer une intro façon Ushuaïa et une transition instrumentale (Root generation) toute droite sortie d’un album de relaxation, avec bruits de nature, flûte, et une sorte de récitation mystique dite d’une voix mal trafiquée.  D’autre part, à la première écoute, on sera frappé par la discrétion des orchestrations ; ce n’est qu’à la deuxième écoute qu’elles seront perceptibles, mais hélas ! encore trop en arrière-plan ; et bien souvent la texture synthétique confère un rendu cheap et vieilli qui ne sied pas à l’ambition du groupe. Et ce malgré de bonnes idées (la flûte sur Southern Cross ; les cuivres sur Oceanquake et Kaoru) et cette touche exotique qui colore chaque composition. On pourra également chipoter sur les transitions entre les morceaux : des débuts sans finesse, ou en classique montée progressive par addition des instruments ; des fins un peu abruptes, la rapidité des morceaux donnant vraiment une sensation d’épuisement sur ces chutes. Les compositions donnent - du moins les premières secondes - dans de le déstructuré et l’inattendu, mais rapidement on en vient à considérer que ces huit pistes reposent sur le collage de trois à quatre phrases musicales, répétées autant de fois que nécessaire pour tenir environ cinq minutes. Les chants alternent assez pour éviter de trop rendre apparent le procédé, d’autant plus que le tout est mené tambour battant ; mais avec un peu d’attention, on remarque cette construction cyclique et son évidente facilité, dissimulée par la rapidité, la variété des phrases et la brutalité du jeu.

De fait, bien des fois on aura l’impression d’avoir déjà entendu tel ou tel passage ailleurs, qu’il s’agisse du chant, du clavier ou de la dimension folk du groupe : on a ainsi du Battlelore sur Oceanquake et Southern Cross, et, ce partant, du Turisas sur Takao (ce qui suggère l’idée d’un battle metal turisasiatique…) ; en se rapprochant du black, du Hollenthon sur Takao, du Anorexia Nervosa (si, si, sur Broken Jade), et souvent du Cradle of Filth (sur Kaoru). De même, les plages, bien qu’homogènes entre elles,  ont tendance à se ressembler (aucun souvenir de la deuxième – comment s’appelle-t-elle déjà ?). Est-ce le manque d’originalité ? Non. Chthonic a un style, c’est indéniable, seulement ce qui faisait sa spécificité n’est pas ici assez exploité. Je pense notamment au fameux violon traditionnel, l’erhu : son utilisation est trop rare et trop ponctuelle, donnant l’impression d’un cheveu sur la soupe ou d’un bouche-trou. Comme si Freddy se disait : « Eh tiens, je n’ai rien à chanter, si je tirais deux accords de mon erhu ? ».

Impossible, malgré ces défauts, de rester de marbre ou de s’ennuyer à l’écoute de ce « Takasago Army », qui pourrait se résumer à son deuxième single, Broken Jade : épique, avec ses changements de tempo et de voix (dont un passage « téléphoné »), ce morceau est vraiment un petit bijou. Dommage qu’il soit le seul.



Note Metal   Note Symphonique

 

Les amateurs de metal extrême ne seront pas déçus, on trouve de tout, du death technique au blast burné ; ceux habitués à plus de mélodie seront rassurés. On soulignera la qualité de la base rythmique. On aurait juste souhaité un peu plus de recherche.

     

Claviers inégaux, erhu pas assez exploité, en fait juste assez pour créer de bonnes ambiances et soutenir la partie metal.

 
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Note  Voix / Choeurs   Note Harmonie d'ensemble
 

Malgré la grande diversité des chants (death, black, clairs masculin et féminin, parlé), l’idée de les mélanger, bien que créant une dynamique, entraine aussi un éparpillement. Chœurs quasi inexistants, on n’est même pas sûr de bien les distinguer des nappes de claviers «orchestrales ».

     

Le tout se tient et s’écoute et se réécoute avec les tripes et la tête. La production est bonne, on regrettera le manque d’ambition du côté des orchestrations, qui sonnent parfois vraiment vieillottes.

 
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Sans départir de leurs confrères de noirceur occidentaux, ces Volontaires de Takasago se montrent assez agressifs et déterminés pour séduire. Mais Chthonic a probablement beau être le seul groupe Taïwanais dans sa partie, et tenter ici quelques sorties de son registre, il se révèle peu téméraire. À l’image de l’élégante pochette, les musiciens laissent symboliquement un sabre, sorte d’épée de Damoclès, tracer sur leur front le signe des sacrifiés… à la facilité.

Chronique réalisée par Bes.