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Start From Scratch


Benighted Soul - "Start From Scratch"

Date de sortie : 11 février 2011

Jaquette Start From Scratch

Tracklist
Broken Icons – 6:02
Edge of Insanity – 8:07
Wrong Reflection – 3:49
Falling in Sin -7:04
Ticking Time Bomb - 6:39
Stranger Me – 5:33
The Seventh Cage – 4:58
Evergreen – 5: 59
Start from Scratch – 7:13
My So Called Friend – 6:02
No Warning Signs – 7:54

Enfin ! Le voilà, cet album tant attendu, tant espéré, tant promis des Nancéens de Benighted Soul. Malgré un nom à faire pleurer un zozoteur, « Start From Scratch » est un album à l’image de sa pochette : tordu et complexe, progressif à souhait et intelligemment symphonique, à mi-chemin entre Adagio et Epica, le pont étant assuré par une influence notable de Dream Theater. Mais ce serait faire grand tort au groupe que de ne pas reconnaître son originalité, puisqu’il nous livre là le Nouveau Testament du metal français à chant féminin, de par sa technicité, sa variété et sa densité (l’album comme les morceaux sont d’une longueur significative). Mais autant prévenir, plusieurs écoutes sont nécessaires pour appréhender la logique et l’essence de « Start From Scratch ». Mais dès lors que vous aurez fait cet effort, vous en serez obsédés pour un moment ! Jeu de miroirs troublant et nerveux,  bienvenus dans la folie selon Benighted Soul !

L’ouverture magistrale de l’épique Broken Icons nous aspire immédiatement dans l’univers du groupe, où se mêlent de lointaines influences indus aux orchestrations décadentes, le chant éthéré de Géraldine nous invitant à la suivre au fond de la gorge glaireuse de Jean-Gabriel hérissée des riffs de Jérémie, la batterie de Nicolas adoptant un rythme hypnotique pour mieux nous plonger dans les psychédéliques spirales de clavier de Flavien. Une sorte de boîte à musique, discret fil rouge sonore de l’album, confère à l’ensemble, ponctué de cordes, une impression malsaine de précipitation, le chœur accompagnant notre chute dantesque dans cet enfer technique… jusqu’à ce que, tombé dans l’onde méphitique de quelque égout, la boite à musique émette sa gracile mélodie sous les dernières vibrations des pâles d’aération, nous laissant seul à notre désespoir.

Mais l’on se rend compte bien que chaque piste étant un micro-album en soi, une seule chronique ne saurait en épuiser tout la richesse.  Aussi, invités par cette entrée iconoclaste, rendons-nous directement à la piste éponyme et synthétique de l’album,  Start From Scratch. Très Dream Theatrien dans sa structure, le morceau s’ouvre de manière assez lente, sur de basses notes de piano, bientôt rejointes par la guitare seule, avant l’arrivée d’une batterie nerveuse qui dynamise l’ensemble, le piano étant dès lors remplacé par un clavier aux sonorités synthétiques surprenantes en ce début de siècle, les orchestrations montant en puissance, jusqu’à exploser sur le double chant si caractéristique du groupe. Le morceau, énergique, brode de manière progressive sur une base heavy, émaillant l’ensemble de grunts en contrepoint brutal du chant tout en maîtrise de Géraldine, l’ensemble donnant sur tout l’album l’impression menaçante d’une bête assoiffée et lubrique pourchassant une frêle poupée-sorcière éperdue dans les méandres imprévisibles d’une architecture industrielle et labyrinthique. Comme bien souvent sur l’album, les breaks permettent de mettre en valeur le chant (ici lors d’un piano/voix enrichi de cordes) ou le clavier, en harmonie avec la guitare, laquelle nous offre le solo le plus old school de l’album.

Deux morceaux se distinguent dans cette filiation : Morceau le plus long de l’album, pièce volontairement répétitive mais aux enchaînements fluides qui évoquent encore une fois les expériences extrêmes de Dream Theater, Edge of Insanity aurait pu s’intituler « variation sur le riff », le rythme de départ changeant brusquement pour devenir plus martial, Géraldine scandant quelque invocation diabolique tandis que le grunt, entrant dans la transe accompagné du chœur, installe une inquiétante dimension mystique, avant de nous faire assister à quelque représentation grotesque, Géraldine lorgnant vers les intonations à la Sarah Jezabel Deva en osant se moquer de nous d’un rire moqueur de folle. Le monologue à deux voix, entêtant, vous restera non seulement dans les oreilles mais aussi en mémoire pour un moment. De l’autre côté de l’abîme, c'est-à-dire à la suite de la piste instrumentale The Seventh Cage qui, plus qu’une simple transition, s’apparente à une longue plage progressive et plus atmosphérique et mélodique que symphonique, l’alliance guitare/orchestrations permettant, malgré l’aspect schématique de la structure, d’entendre un peu de guitare sans chant, nous trouvons l’emphatique Evergreen, aux relents de Dimmu Borgir (pour le choeur et les cordes) distillant une touche orientalisante et plus noire (malgré un mélange grunts/vocaux blacks brouillon)  à l’album.

Wrong Reflections et Ticking Time Bomb développent chacun à leur manière sur ces bases, le premier s’affirmant nettement plus heavy, voire trash, les instruments tournant en rond, la batterie poursuivant sur son rythme lancinant pour mieux le rompre par quelques effets de double pédale agressifs. Le second, en mid tempo, laisse plus de liberté à la guitare, la sauce montant pour mieux jouer sur les ruptures dans un registre mêlant encore des effets indus bienvenus. Le break est surprenant, au jeu de batterie varié (notamment le blast en plein chœur), aux variations de riffs efficaces, la reprise au synthé sacrément jouissive, le tout s’éteignant pour laisser Géraldine assurer la fin en douceur.

Qu’on me pardonne de passer rapidement sur Falling In Sin, je l’ai hélas trop écouté pour m’en faire un avis objectif. On retiendra pour le meilleur l’ouverture murmurée, le rythme qui s’accélère ponctuellement, le solo de clavier remarquable dans l’intensité dramatique finale, accentuée par l’usage du chœur. Morceau nettement plus calme, presque « joyeux » et qui permet d’opérer une première pause dans l’album, dans le même genre que My So called friend, dont le chant se rapprocherait de celui de Floor Jansen, le tout nimbé de nappes lentes et ambiantes. Le refrain mou et convenu de cette pseudo-ballade qui ne semble pas s’assumer, vaguement pop mais sauvée par le solo s’oublie néanmoins facilement.  Entre les deux, Stranger Me commencerait presque comme une ballade : le  mid tempo, le chant plutôt pop, des violons, on pleurerait presque. Mais les échos de claviers changent tout, et avec la saturation des guitares, le chœur et le refrain, on croirait entendre du Therion (période « Sirus B/Lemuria »), le virage valsé pouvant conforter l’impression sirupeuse (les carillons Disney, peut-être ?) si les orchestrations et l’enchainement au clavier ne rendaient pas plus familier ce morceau effectivement quelque peu étranger au reste de l’album.

 Comme son ouverture dantesque, « STF » se clôt sur un finale solennel, No Warning Signs étant marqué par une gratte plus que jamais présente (des premières mesures progs très Porcupine Tree à la douce clôture en acoustique – un coup de génie qui nous invite immédiatement à relancer l’album), les deux chants s’équilibrant parfaitement aux orchestrations, le dernier tiers du morceau, instrumental et seulement accompagné du chœur, concluant l’album sur une touche d’une puissance tragique rare, sorte de marche funèbre loin de tout pathos, telle que des métalleux auraient pu l’imaginer pour un premier départ réussi.

Metal - 05   Symphonique - 04

 

C’est puissant, agressif, et tout semble fait pour que le clavier, au rendu très eighties en sorte grandi, sans pour autant que la guitare s’en sorte amoindrie, échappant à l’écueil d’une virtuosité superficielle grâce à des solos exempts de toute prétention. Le jeu de batterie est intense et énergique ; la basse assure discrètement sa partie.

     

Les orchestrations sont bien là, peu affirmées mais toujours subtilement amenées pour apporter de l’intensité dramatique aux morceaux, allant du allant du Nightwish période "Once" (les cuivres), aux bois de Rhapsody, jusqu’aux cordes façon Dimmu Borgir.

 
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Voix / Choeurs - 04   Harmonie d'ensemble - 04
 

Le chant de Géraldine tantôt petite fille vicieuse, tantôt femme fatale, est une machine à émotions, soutenue sans la plomber par la voix rocailleuse de Jean-Gabriel. On sera plus réservé quant aux vocaux blacks, rares et sous-mixés, pour retenir l’admirable travail du chœur d’Anthony Da Silva, qui vient toujours à point nommé et avec finesse.

     

Louons ici la qualité de la production, qui permet d’apprécier le son de chaque instrument sans qu’aucun ne déborde sur un autre, et sans que cela ne nuise ni au chant ni à la cohérence de l’album, bien qu’un ou deux morceaux en moins en auraient allégé une structure au demeurant très solide.

 
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D’une maturité exceptionnelle, d’une quasi-perfection formelle,  « Start From Scratch » est une expérience nécessitant tous ses organes et tous ses sens pour être apprécié à la hauteur du travail de ses musiciens. La longueur n’est pas rebutante en soi, mais elle pourra donner à la  première écoute une impression de saturation étant donné la densité de l’album. La véritable crainte étant qu’avec un premier album de cet acabit, le prochain se révèle être un défi particulièrement ardu à relever.


Chronique réalisée par Bes.