
01. The March Of The Varangian Guard (3:51)
02. Take The Day! (5:26)
03. Hunting Pirates (3:44)
04. Venetoi! - Prasinoi! (3:49)
05. Stand Up And Fight (5:28)
06. The Great Escape (4:52)
07. Fear The Fear (6:14)
08. End Of An Empire (7:17)
09. The Bosphorus Freezes Over (5:38)
Ô tremblez, confrères, car les célèbres guerriers finlandais au visage peinturluré de rouge et de noir dégainent à nouveau leurs sabres tranchants et martèlent, tout au long de cette furieuse bataille, des chants puissants à faire frémir les plus braves d'entre vous! Cet impressionnant « Stand Up And Fight » s'inscrit dans la droite lignée de ses prédécesseurs, « The Varangian Way » (2007) et « Battle Metal » (2004), tous deux marqués au fer rouge par un power metal aux fortes influences folk/symphoniques. On s'aventure donc ici en terrain connu et c'est avec une joie non dissimulée que l'on retrouve les contrées de l'empire byzantin du XIIe siècle, que l'on avait quittées il y a quatre ans...
Pour cette cuvée 2011, Turisas reste fidèle à lui-même et nous envoute, une fois encore, d'un chant masculin à deux facettes, à la fois black et clair. En refusant de se limiter à un chant death unique (Finntroll, Korpiklaani), ou à sa variante très en vogue, chant death/chant féminin (Arkona, Kivimetsän Druidi), Turisas donne à ses compositions un aspect plus profond, plus recherché et plus original. Le résultat est garanti : on reconnaît la patte sur le champ! On est tout autant séduit par le chant grave et sensuel de Mathias Nygård, qui n'est pas sans rappeler celui de Kjetil Nordhus (Tristania) ou Roy Kahn (Kamelot), que par son chant black très efficace. La ravageuse Take The Day! en est un parfait exemple, où les couplets sont dominés par un chant clair et le refrain par un chant hargneux. Soulignons également que l'efficacité des chants alternés repose pour beaucoup sur les chœurs, absolument superbes. On est pris aux tripes par ce déluge de grandiloquence, qui atteint des sommets de classe sur les épiques End Of An Empire et Fear The Fear. On tient là ce que Rhapsody Of Fire ou Kerion a fait de mieux...
Quant à la palette musicale de l'album, elle est tout aussi variée que celle du chant. « Stand Up And Fight » prend des airs de bande originale épique, de voyage sonore grandiose empreint de poésie, où les parties symphoniques se veulent imposantes, tant en durée qu'en moyens (Take The Day!), où la puissance va crescendo grâce aux lignes de batterie et de piano qui font office de calme avant la tempête (The March Of The Varangian Guard, End Of An Empire) et où la subtilité règne parfois en maître, comme sur ce chant d'adieu, The Bosphorus Freezes Over, qui clôt l'album avec magie. La production, irréprochable, met naturellement en lumière cet aspect éthéré, proche du sublime, qui vole en éclats sur les morceaux plus heavy, hélas trop peu nombreux. Seuls The Great Escape et ses riffs imparables à la Metallica, ainsi que le très speed Venetoi! - Prasinoi! qui fait écho au jouissif Yarilo de Arkona, montrent les crocs. Ne criez toutefois pas victoire trop vite : on est loin d'atteindre la férocité du culte Cursed Be Iron de « The Varangian Way ».
Fort heureusement cependant, le groupe n'a pas fait abstraction de l'aspect décalé, voire cocasse, de certaines de ses compositions. Souvenez-vous de leur reprise très inspirée de Rasputin (AbbA), sortie en 2007 en single, ô combien entraînante! On retrouve ici le même esprit sur Hunting Pirates, où Mathias Nygård s'amuse à jouer les pilleurs de trésors et n'hésite pas à modifier son phrasé qui, précisons-le, reste toujours très audible (fait rarissime dans le folk metal - on comprend les paroles sans devoir se pencher sur le livret toutes les trois secondes !). De plus, de nombreux samples ont été ajoutés à plusieurs titres, rendant le tout encore plus convaincant et délirant : cris de guerriers, épées qui s'entrechoquent, pas décidés des troupes... La fusion des genres s'effectue à la perfection et aucun élément ne manque à l'appel. Le seul regret est à formuler du côté des orchestrations, qui malgré leur beauté évidente, manquent cruellement d'inspiration.
Et c'est bien là que l'album pêche en grande partie car après une attente longue de quatre ans, une prise de risque aurait été souhaitée. Les racines de « The Varangian Way » sont profondément ancrées dans celles de « Stand Up And Fight », si bien qu'une partie du titre du précédent album se retrouve sur la chanson introductive, The March Of The Varangian Guard. Pire encore, la partie symphonique de ce même morceau est identique à celle du titre introductif de l'album « The Varangian Way », To Holmgard And Beyond. Il est compréhensible de faire référence à un album antérieur sur une toute nouvelle galette et ce pour diverses raisons, mais il est peu louable d'effectuer un copier-coller de ses créations passées. Le disque est certes musicalement riche, mais il est inévitablement influencé par ses prédécesseurs. Seuls les tempos, les rythmes et les lignes de chants révèlent quelques surprises. Les orchestrations sont quant à elles bien trop répétitives.
|
« Stand Up And Fight » propose une partie metal convaincante, marquée de jolis soli de guitares, qui manque cependant d'originalité et de brutalité. Elle est aussi quelque peu noyée sous les parties symphoniques omniprésentes. |
La qualité est sans conteste au rendez-vous. Les orchestrations, malgré leur redondance, sont superbes, comme à l'accoutumée. À noter, c'est la toute première fois que le groupe intègre un cor et des cordes à leurs créations. |
||||
La voix de Mathias Nygård est incroyablement efficace et les chœurs, splendides, puissants et grandiloquents, sont placés à des endroits stratégiques. Ils ne surplombent pas l'album mais le complètent à la perfection. |
Les variations de tons, de chants et d'atmosphères sont effectuées avec un savoir-faire évident et cohabitent parfaitement sur l'album. On aurait cependant apprécié que l'entrainante Supernaut (reprise de Black Sabbath) et la plus subtile Broadsword, les deux titres bonus, soient intégrés à la tracklist de l'album, qui ne contient que neuf morceaux et affiche seulement 45 minutes au compteur. |
|||||
Ainsi, en l'espace de sept ans et déjà trois albums, Turisas a prouvé qu'il comptait parmi les plus grands du folk metal. Le combo poursuit son petit bonhomme de chemin et nous livre un disque riche et excellemment produit, bien que trop influencé par le passé. Turisas n'ose ou ne souhaite pas se réinventer de peur de déboussoler ses auditeurs... On espère cependant que le groupe songera à incorporer d'autres éléments à ses prochaines offrandes (plus progressifs, plus extrêmes ou moins redondants par exemple), au risque de lasser. Le peuple a foi en toi, Turisas, alors ne nous déçois pas !