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chronique - "Perturbatio"


         
Perturbatio cover
 

Adrana
Adrana
Origine :  France
Date de formation : 2004

Date de sortie
Juin 2008

  1- Enter Prusias
2- Prusias
3- Saneday
4- Moonchildren
5- Mortelle fourberie enfantine
6- The Nymph’s corpse
7- Gabrielus
8- Secret Gathering
9- L’éveil de Markius
10- The Lords of the tapestry
11- Oprane
12- Ingalrian
13- Mortualia
14- Gabrielus (acoustique)
 


Chronique

Et voilà enfin la chronique d'un album passé bien malheureusement inaperçu sur notre site, "Perturbatio" d'Adrana. Sans plus attendre, découvrons le premier album d'un groupe français qui pratique le metal lyrique dans sa plus pure tradition !

C'est après une première démo que le groupe s'est finalement décidé à se lancer dans un opus de 14 titres. Opus bien à part dans la scène metal symphonique, pour plusieurs raisons que nous allons détailler, et qui ne manque pas de frapper l'esprit par une certaine originalité.

Ce n'est pourtant pas l'originalité qui s'impose à l'ouverture du CD, avec une intro de 22 secondes, Enter Prusias, qui sent bon le cor de guerre et les coups d'épées. Lui succède le premier titre, Prusias, avec un premier riff de guitare. La batterie prend place, ça monte, ça monte, et c'est précisément à 26 secondes qu'apparait le premier choc : sur fond de musique clairement metal, la voix puissante d'Anae s'installe, profondément orientée chant lyrique. Tellement d'ailleurs qu'on a du mal à s'y faire à la première écoute. Le son est entrainant, le chant est assez bien construit par rapport au morceau, mais les accents lyriques et le ton bien spécifique de la voix d'Anae laisse, sans faire de mauvais jeu de mot, sans voix. Oubliez le travail de Tarja sur les derniers albums de Nightwish, ici pas de compromis. La voix se fait aérienne, parfois très aigue, ce qui en définitive n'est pas pour déplaire, mais en tout cas très loin de ce que l'on a l'habitude d'entendre, même au sein du metal symphonique. Les claviers font leur apparition seulement à deux minutes trente, mais s'intègrent bien à la composition. Notez d'ailleurs que quand on entend le chant à nouveau, on n'entend plus les claviers, et vice-versa. La voix est vraiment perçue comme un instrument mélodique à part entière, ce qui est une bonne chose du reste. La suite du morceau oscille entre moments entrainants et passages plus progressifs, sur fond de voix inquiétantes.

Sanedayentame sur un passage au piano, nous faisant croire à tort que l'on assiste à la fameuse ballade si chère aux groupes de metal sympho. En piste 2 ? Non ! Les instruments arrivent, sur un système assez proche de ce que l'on pourrait entendre sur l'album "A Night at the Opera" de Queen, entre metal, pianos enjoués, et voix opératique. La double pédale et les riffs énervés de guitare collent assez bien à la voix plus calme mais toute en puissance du chant. Si le metal symphonique est fait de contraste, Adrana joue vraiment de ces contrastes, et varie les phases d'un bout à l'autre du morceau.

Ambiance sombre et introduction parlée entament The Moonchildren. La façon dont Anae déclame l'histoire est un peu à l'image de la musique : un peu êtrange, clairement dans un univers propre, peut-être un peu trop. En tout cas, le morceau qui suit cette introduction d'une minute, Mortelle Fourberie Enfantine, continue sur des grunts et propose des rythmes entraînants, presque "tubesques", contrecarrés toutefois par la voix puissamment lyrique d'Anae et les grunts. Parlons d'ailleurs des paroles : si certains se réjouiront de voir que certaines chansons ont des titres français, et sont donc chantés dans la langue de Molière, ne vous y méprenez pas : chant lyrique oblige, les mots sont bien plus mélodie, que texte. Comprenez par là : n'essayez pas, vous ne pourrez comprendre le chant que si vous lisez les paroles sur le livret.

The Nymph's Corpse est dans une veine clairement gothique, avec des synthés-clavecins, variant un peu les styles, et montrant encore et toujours la performance lyrique d'Anae. Les mélodies principales sont vraiment accrocheuses et attirent, comme tous les autres morceaux de "Perturbatio" d'ailleurs, de par leur ambiance et leurs mélodies.

Plus le moment de rire, Gabrielus marque un moment solennel avec un début lent aux orgues. Mais toujours pas de répit, il suffit de trente secondes pour repartir dans une musique speed à gros riffs de gratte. Au bout de trois minutes, la musique s'arrête, et laisse place à un autre récit, en français cette fois. Adrana suit comme vous l'aurez compris (ou pas) une histoire, tournant autour de la princesse qui doit son nom au groupe. Ainsi chaque morceau présente un moment de cette histoire, l'ambiance collant aux évènements. Les textes parlent de l'histoire, mais à part les parties lues, impossible de vraiment saisir le sens des textes.

Toujours cette étrangeté dans le chant, je sais j'insiste, mais c'est peut-être ce qui fait le défaut d'Adrana en même temps que son originalité. Les premières lignes de chant de Secret Gathering, déclamées sur un ton vraiment difficile à décrire, rebutent autant qu'elles peuvent fasciner. D'autant que le morceau part ensuite sur un refrain qui mettrait sans souci tout le monde d'accord, à coup de riffs, double pédales et chant aérien parfaitement maitrisé.

Côté production, on sent bien que le groupe a encore des progrès à faire, et cela s'entend particulièrement sur la partie guitare et batterie de L'éveil de Markus. Cela n'empêche pas de profiter de la musique, mais le mixage manque peut-être un peu de tonus, et les claviers sonnent peut-être un peu artificiels. Adrana ne s'en donne pas moins à cœur joie pour varier les styles, avec des passages énervés et des moments plus planants, plus atmosphériques. Mais où est donc la ballade piano qu'on a l'habitude d'entendre sur tous les albums de metal symphonique ?

Ah, c'est peut-être The Lords of the Tapestry ! Intro aux synthés qui imitent divers instruments, petit passage symphonique, on y croit... Seulement pendant trente secondes, car nous voilà repartit dans un morceau encore différent des précédents. On peut d'ailleurs parler des influences, parce qu'en écoutant ce morceau on pense beaucoup au début à Battlelore, pour le son des claviers et le mélange avec la partie metal. Néanmoins, le chant lyrique pourrait nous rapprocher d'un Nightwish époque Tarja Turunen, mais l'approche metal du groupe est tellement différente qu'on pense en fait plutôt à Therion, et encore. Il faut bien dire que si Adrana a une qualité, c'est celle d'avoir un style bien à part qui à mon avis empêchera même les moins connaisseurs de faire la détestable comparaison désormais classique, "on dirait du Nightwish".

Oprane est encore un morceau mariant les genres, dans la veine des bons vieux rock opéras. Il n'a pas grand chose finalement à voir avec Ingalrian, morceau plus homogène avec des passages speed épiques.

On plane pas mal, pour arriver finalement... A la fameuse ballade ! Qui est bien rafraichissante d'ailleurs, après 10 morceaux péchus ! Mortualia est interprétée en français, et je peux vous le dire, car grâce à un agréable chant masculin en fond, j'ai pu comprendre des paroles ! Le mélange est vraiment savoureux, entre des graves masculins et la voix féminine décidément très planante, et un son minimaliste de nappes de synthés couplées à une mélodie au piano. C'est intéressant de voir que l'émotion du titre, ici aussi, est très archétypale. En effet, vous n'aurez pas de ballade sincèrement triste comme chez Apocalyptica, ou chez les français de Lands of Past ou Paréidolia. Non, ici, on est dans l'émotion lyrique, donc très distanciée d'une certaine forme de sincérité. Encore une fois, il faut vraiment apprécier la mentalité de l'opéra pour apprécier pleinement la tragédie qui se joue dans ce dernier titre.
Un morceau bonus vient confirmer ce sentiment, avec Garbrielus (acoustique), qui est, comme son nom l'indique, un piano-voix de la piste 7 de l'album. Très beau titre, entre la douceur des notes et la puissance du chant lyrique, et qui insiste encore une fois sur ce décalage avec la majorité de la production actuelle du metal sympho.


partie métal
4/5
 
partie symphonique
2/5

Il ne manque qu'un son plus réussi pour apprécier le gros travail sur la guitare et la batterie. Les rythmes sont parfois basiques mais énervés, parfois plus techniques. Beaucoup d'influences et de styles différents font que chaque morceau est intéressant.

 

Les claviers sonnent peut-être un peu trop synthétiques pour être totalement crédibles. D'un autre côté, le groupe insiste plus sur le chant pour donner l'impression de symphonique à l'opus, et certains apprécieront surement beaucoup le côté plus "gothique" des mélodies.

     
Chant/choeurs
3/5
 
Harmonie d'ensemble
3/5

Adrana, c'est avant tout un chant lyrique vraiment impressionnant. Impressionnant de puissance et de maitrise, mais peut-être trop poussé pour être accrocheur aux premières écoutes. La manière de chanter d'Anae rebutera à mon avis ceux qui n'aiment pas le chant lyrique à la base. Du reste, les grunts apportent de la variété mais sont moyennement convaincants, à l'inverse du chant masculin sur Mortualiaqui lui rehausse clairement le morceau.

 

ses tragédies. Le groupe varie les styles et c'est une excellente chose. Mais on a peut-être du mal à reconnaitre au premier coup d'œil l'univers de l'album tant il est complexe et différent à chaque fois. En fin de compte, face à la voix frappante de la chanteuse, un mixage plus harmonieux qui donnerait plus de puissance aux parties guitares/batterie, et plus sincérité aux claviers, permettrait vraiment à cet album d'être une totale réussite.


Conclusion
Comme on l'a dit, les français d'Adrana auront clairement su marquer leur arrivée sur la scène metal sympho avec un opus original, intéressant, parfois vraiment accrocheur, parfois vraiment étonnant. Le côté "lyrique" du groupe est vraiment proéminent, à tel point qu'il n'y aucun compromis, surtout au niveau du chant. C'est certainement la force du groupe, qui ravira les blasés en quête de musique de metal et d'opéra pur, mais c'est aussi peut-être la seule chose qui rebutera le public, les empêchant de savourer les compositions du groupe pourtant vraiment réussies.

Le groupe a certainement encore beaucoup de choses à offrir, et notamment sur scène où la musique doit prendre toute son ampleur. Et on ne peut s'empêcher d'attendre un deuxième album, pour voir comment leur musique va évoluer, notamment au  niveau du son, et puis parce que mine de rien, moi, l'histoire d'Adrana, je veux savoir comment ça se termine !!

Galathrandir