
01.Spirits’ Masquerade 06:29
02.Étaín 03:58
03.Velvet Heart 03:42
04.Kråkevisa 04:34
05.To France 04:37
06.Meredead 05:19
07.Sigrlinn 08:49
08.Mine Tåror er ei Grimme 02:54
09.Empty Horizon 04:56
10.Veritas 00:50
11.Nystev 04:40
12.Tell-Tale Eyes 03:55
13. Sorhleod (Bonus Track) 05:04
Connu pour ses fréquentes invitations au voyage vers le grand Nord, le combo germano-norvégien Leaves'Eyes nous livre cette année son quatrième album, «Meredead», qui continue de verser dans les thématiques scandinaves tout en s'inspirant également d'éléments celtes. Ce nouvel opus est plus folk que jamais, et plonge l'auditeur dans les merveilles des temps passés, alliant à l'énergie de «Njord» les passages atmosphériques de «Vinland Saga».
En effet, «Meredead» essaie de trouver le bon équilibre entre ambiance et metal, et bien que les riffs ne soient pas d'une grande violence (n'oublions pas qu'il s'agit tout de même de Leaves'Eyes), les soli sont plus fréquents que jadis (Meredead, Empty Horizon... mais surtout celui de Sigrlinn, long et énervé), et les titres savent être dynamiques quand il le faut. Spirits' Mascarade, avec sa caisse claire très martiale, ses choeurs solennels, sa batterie frénétique et ses montées en puissance symphoniques assez grandioses, montre que le groupe est capable d'orchestrer parfaitement les différents éléments du genre. Le Lingua Mortis Orchestra de Minsk, admirablement dirigé par Victor Smolski, n'est pas étranger à cette symbiose. Même si cet équilibre n'est pas présent au sein de chaque titre, il se retrouve dans l'album pris dans sa globalité, puisqu'il alterne entre des titres tubesques et efficaces (Velvet Heart, Empty Horizon, ou encore To France, reprise entraînante de Mike Oldfield) et des chansons douces et mélancoliques (Étaín, Kråkevisa, Tell-Tale Eyes...). On peut regretter cependant que le mixage étouffe quelque peu les éléments metal au profit d'un son flou, certes aérien, mais qui prive certains titres de leur vitalité.
En dépit de ce défaut, il faut reconnaitre que la plupart des titres sont complexes et bien agencés, avec des structures peu communes qui sortent du cliché couplet-pont-refrain. On a déjà cité Spirits' Mascarade, mais on peut aussi parler de Sigrlinn, pièce de plus de neuf minutes alternant riffs, choeurs grandioses, instruments traditionnels, moments parlés-chantés et beaux passages de cordes d'une manière complètement imprévisible qui réjouit l'auditeur. Mais il faut se pencher attentivement sur les titres un par un pour en découvrir l'originalité, car l'album entretient une unité qui le fait paraitre quelques fois répétitif. On ne s'aperçoit pas à la première écoute de ses qualités de composition, et il convient de prêter à «Meredead» une oreille plus patiente pour pouvoir l'apprécier en détail. Cependant, même sans s'attarder sur chaque morceau comme il conviendrait de le faire, on peut facilement être séduit par l'atmosphère archaïque et envoûtante qui en émane, entre les contes irlandais et le chant mélodieux des sirènes.
Justement, on retrouve avec bonheur le timbre aérien de Liv Kristine, sachant conférer une émotion toute particulière aux morceaux, et notamment à ceux interprêtés dans sa langue maternelle. On remarque toutefois qu'elle chante d'une façon moins changeante que dans «Njord», où elle alternait les passages doux et éthérés avec des envolées presque lyriques, mais elle n'a pas réellement besoin de varier ses techniques sur «Meredead», puisque de nombreux vocalistes sont conviés pour apporter cette diversité à l'album. En effet, entre la participation d'Anette Guldbrandsen, au timbre légèrement plus grave que celui de Liv, sur les titres Kråkevisa, Mine Tåror er ei Grimme, Veritas et Nystev, celle de John Kelly (Elthenfal) sur Tell-Tale Eyes, celle de Maite Itoiz (Elfenthal) sur Étaín et Meredead, et enfin celle de Carmen Elise Espenaes (Midnattsol) sur Sigrlinn, «Meredead» contient sa part de variété vocale. Ce dernier duo est d'ailleurs assez décevant. On connait Carmen Elise Espenaes pour sa voix grave et profonde aux sonorités brumeuses, mais elle chante ici dans ses aigus, qui sont nettement moins intéressants, et le contraste entre les deux soeurs n'est donc pas assez perceptible. Les autres invités sont heureusement plus actifs, la voix de John Kelly est agréable, celle d'Anette Guldbrandsen s'entrelace à celle de Liv Kristine comme si elles étaient deux conteuses surgies du passé, et la sonorité lyrique de celle de Maite Itoiz apporte une touche dramatique bienvenue. A noter d'ailleurs que les grunts d'Alexander Krull sont quasiment absents, et que le chanteur n'apparait que dans très peu de titres de l'album (Sigrlinn, Empty Horizon). Choix esthétique ou décision du musicien de se consacrer principalement à la production ? Il est impossible d'affirmer quoi que ce soit, mais cette-dernière est en tout cas impeccable.
Tous les morceaux sont accompagnés de nombreux instruments traditionnels, cornemuse et flûtes irlandaises, nyckelharpa (instrument suédois dont le nom peut se traduire par « vièle à clefs »), guitare baroque, mandoline... Cette grande diversité de sons crée un ensemble très riche, bien qu'elle déroute parfois nos oreilles peu habituées à ces vibrations particulières, et projette immédiatement l'auditeur dans l'univers développé par le groupe, pluvieux et verdoyant; et l'on verrait presque la mer se briser contre les falaises imposantes d'Irlande, ou le rivage escarpé des fjords. Les paroles renforcent encore cette immersion, alternant entre le norvégien, le gaélique et bien sûr l'anglais, ancien et nouveau. La dimension folk a été extrêmement travaillée par Leaves'Eyes, et le groupe a pris les moyens de réaliser son ambition en engageant des instrumentistes spécialisés et en effectuant un travail linguistique notable. La démarche est appréciable et originale, mais on ne peut s'empêcher de remarquer de nombreuses incohérences dans le traitement des différentes cultures que l'opus convoque. En effet, sous prétexte de parler des terres du Nord en général, «Meredead» se permet de mélanger instruments celtes et mélodies scandinaves comme s'il s'agissait de la même chose. Or, même s'il est impossible d'ignorer que ces civilisations aient été liées par les invasions saxonnes, elles se séparent tout de même dans de nombreux domaines, et notamment sur le plan musical où elles ont développé des traditions très différentes. Leaves'Eyes ne tient pourtant pas compte de ces distinctions: par exemple, dans les reprises des deux morceaux traditionnels norvégiens Nystev et Kråkevisa, on entend à plusieurs reprises la cornemuse irlandaise, ce qui procède d'une énorme erreur historique. Certains diront que c'est gâcher son plaisir que d'intellectualiser ainsi la musique, mais ce n'est pas parce que l'on décide de faire du folk metal qu'on peut le faire n'importe comment, et que tous les éléments folkloriques sont interchangeables. Espérons que Leaves'Eyes saura faire preuve de plus de perspicacité dans ses recherches la prochaine fois.
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Les éléments metal sont présents et les soli sont plus nombreux, mais ils sont hélas sous-mixés et étouffés dans le flot musical. |
Les parties orchestrales savent conférer à la musique une dimension grandiose, et des instruments très variés sont utilisés. |
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Les différents vocalistes remplissent bien leurs rôles, et les choeurs n'ont jamais été employés autant par le groupe. |
L'album est extrêmement unifié et cohérent, au point d'en être parfois répétitif, mais a le mérite d'immerger l'auditeur dans son atmosphère nordique. |
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Leaves'Eyes signe ainsi un opus complexe et travaillé, et bien que plusieurs défauts soient présents, le combo sait toujours nous emmener en voyage avec lui grâce ses ambiances agréables et dépaysantes, évoluant entre pluies celtes et glaciers norvégiens.