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Sigh - "In Somniphobia"


Sigh - In Somniphobia

Date de sortie : 12 mars 2012

Jaquette chronique

 

Tracklist

 

 

1. Purgatorium 04:48

2. The Transfiguration Fear 04:51

3. Opening Theme: Lucid Nightmare 01:58

4. Somniphobia 07:34

5. L'excommunication à Minuit 05:38

6. Amnesia 08:10

7. Far Beneath the In-Between 07:10

8. Amongst the Phantoms of Abandoned Tumbrils 09:31

9. Ending Theme: Continuum 01:42

10. Fall to the Thrall 05:17

11. Equale I) Prelude II) Fugato III) Coda 08:00


La première fois que vous écouterez Sigh, vous aurez certainement l'impression d'être ou pris pour un idiot, ou de l'être vraiment : désorienté, largué, paumé, et de surcroit balloté dans toutes les directions sans ménagement. Et pour vous dire, même avec un peu d'habitude, on est encore décontenancé par le style foutraque du groupe mais qui demeure on ne sait comment toujours irrésistiblement efficace.


« Et donc, ça, c'est quoi ? » — Non monsieur, pas « ça », Sigh ! Mais vous n'avez pas tout à fait tort, car avec ce neuvième album des Japonais, nous restons dans le domaine de l'OMNI (objet musical non identifié). Si, si, nippon, Sigh, contrairement à ce que pourrait laisser penser sa pochette signée, une nouvelle fois, Eliran Kantor (plus connu de nous pour la pochette de « Start From Scratch »), et qui, parti du black à tendance symphonique il y a plus de vingt ans, dérive aujourd'hui dans l'avant-gardisme le plus débridé (si je puis dire). Notons enfin que le groupe reste fidèle à sa tradition, conférant aux premières lettres de chaque album les initiales de leur propre nom (S-I-G-H). Ainsi, « In Somniphobia », qui fait suite à « Scenes from Hell » (2010) est le second acte d'un troisième cycle d'albums. Vous suivez ? Bien. Vous avez intérêt, parce que ça va se corser.


Que cache donc cette façon de Reine de Pique trainant une brouette de nourrissons macchabées dans un tableau de Bruegel sous acide ? Du gros nawak, comme diraient des confrères (ce qui a l'avantage de l'exotisme). Un nawak s'aventurant aux limites du metal et de la musique, vers... vers quoi ? Eh bien je ne sais pas. Mais c'est bien.


Autant donc te prévenir, lecteur adoré, lectrice adorable, que si tu crains les compositions tordues qui partent dans tous les sens et que tu préfères les morceaux simples mais immédiatement accessibles – cet album n'est pas pour toi. Mais si au contraire tu aimes la musique alternative et inventive, « In Somniphobia » te comblera. Ou en tous cas t'intriguera fortement. Pourquoi ? Parce qu'on ne l'appréhende jamais complètement, et qu'il faut peut-être être docteur en physique comme son saxophoniste pour tout comprendre. Hum ? Oui, j'ai dit « saxophoniste ». Encore une particularité de Sigh, que l'on retrouve dès The Transfiguration Fear, puis régulièrement et toujours à point nommé sur le reste de l'album.


Si l'on excepte les deux premiers morceaux d'ouverture, aux mélodies catchy et qui vous balancent toute leur sauce sans préliminaire ; et les deux morceaux finaux aux faux-airs de bonus-track (un trasheux Fall of the Thrall rappellant le Cradle of Filth période « Nymphétamine », le plus ambitieux Equale et ses trois parties – prelude, fugure, coda – s'inscrivant davantage dans la tradition classique) ; « In Somniphobia », c'est sept pistes dont deux ambiantes en intro (Opening Theme : Lucid Nightwmare, assez Chaostar dans l'esprit) et outro (Ending Theme : Continuum au début black sympho grandiloquent et aux effets électro bienvenus..., avant de partir en sucette comme le reste). Aussi, en employant une métaphore un peu facile, je dirais que cette galette inouïe s'apparente au travail de la pensée pendant le rêve : les mêmes analogies complexes et inquiétantes, la même substance impalpable, intangible et mouvante, en somme un gros bazar progressif voire psychédélique, d'où la présence certainement d'un son très seventies, de sorte que l'on croirait entendre du Doors sous je-ne-sais quelle substance qui en accélererait le tempo et en exploserait tous les schémas mélodiques et harmoniques. D'ailleurs, globalement, si l'album fait quelques concessions au black (le début d'Amongst The Phantoms of Abandonned Thrumbils l'incarne assez bien), évoquant parfois plus Children of Bodom (The Transfiguration Fear) qu'Emperor, notamment en conservant des vocaux gutturaux, Sigh tend plutôt vers le heavy à la sauce nippone, poussant de temps à autres vers le speed galopant, et rebroussant chemin le plus souvent vers le rock, une batterie plus mesurée et versatile, et le recours presque systématique à l'orgue Hammond (délirant sur L'Excommunication à Minuit, qui n'a de français que son titre) accentuant ce parti pris nostalgique étonnant mais néanmoins agréable.


Autre particularité : « In Somniphobia » est en grande partie composé de pistes longues, dues notamment à de nombreux passages bruitistes élaborés (boite à musique, hâletements féminins, grondements sourds, sons mécaniques étouffés, nappes répétitives et bip bip en tous genres) qui se répondent d'une piste à l'autre pour former un fil conducteur sur tout l'album. Outre cette dimension expérimentale façon Ville et Découverte, chaque morceau passe par plusieurs styles et genres au gré de breaks hallucinants et imprévisibles se coupant les uns les autres pour nous faire passer de l'ambient au folk asiatique (Somniphobia), du rock au metal, du jazz à l'électro, sans oublier la fanfare décadente (Far beneath the In-Between), la musette et le tango (Amongst the Phantoms...), entre autres styles plus ou moins définissables. Ainsi, pour un morceau de 8 minutes comme l'espèce de ballade Amnesia, vous aurez une intro ambiante, 4 à 5 mn de musique plus ou moins « normale » (quelque chose comme de l'electro blues black avec solo à la Santana au milieu), et 2 bonnes minutes de drone jusqu'à la fin. Mais le pire, c'est que, presque miraculeusement, Sigh retombe toujours sur ses pieds, rattrapant la mélodie principale du morceau, ici avec la guitare, là avec l'orgue ou le saxo, avant d'emporter ce qui reste de notre cerveau le plus loin possible de toute logique.



Metal   Symphonique

 

Est-ce seulement du metal ? Bien que la batterie (confondue dans les moments black avec un marteau piqueur sans nuance) soit trop lointaine, la guitare assure sa partie sans démériter, en étant dynamique et virtuose sans jamais être accablante.

     

Orchestrations variées et utilisées avec parcimonie, comme il faut, quand il faut : outre les samples, n'oublions pas le saxophone, la trompette, la clarinette, l'accordéon, le piano et le sarangi, cette vièle traditionnelle indienne qu'on entend ici et là. C'est parfois un peu kitsch aussi, mais assez bien fondu dans le reste pour ne pas choquer.

 
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Voix / Choeurs   Harmonie d'ensemble
 

C'est honorable, mais ce n'est pas exceptionnel. Si le choix de conserver un chant black/death relève d'un énième parti pris de rupture, il demeure malgré tout assez traditionnel dans son interprétation par rapport à la musique. Quelques duos féminins trop discrets.

     

Ô mystère du grand n'importe quoi, comment fais-tu pour nous prendre dans tes filets à chaque fois ? La brillante réussite alchimique que produit Sigh à partir d'éléments musicaux si hétérogènes en apparence confère à cet album une richesse, une force et une intelligence qui nous laissent malheureusement souvent sur le carreau.

 
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Si, comme moi, vous ne voyez toujours pas le rapport avec la pochette, considérons là qu'il s'agit d'un nouveau délire des Japonais pour nous embrouiller. Mieux vaut donc nous contenter de la musique, peut-être y comprendra-t-on quelque chose un jour, ou une nuit d'insomnie.


Chronique réalisée par Bes.