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Nightwish - "Imaginaerum"


Nightwish - Imaginaerum

Date de sortie : 30 novembre 2011

Jaquette chronique

Tracklist

01. Taikatalvi 02:35
02. Storytime 05:22
03. Ghost River 05:28
04. Slow, Love, Slow 05:51
05. I want my Tears Back 05:08
06. Scaretale 07:32
07. Arabesque 02:57
08. Turn Loose the Mermaids 04:20
09. Rest Calm 07:03
10. The Crow, the Owl and the Dove 04:10
11. Last Ride of the Day 04:33
12. Song of Myself 13:37
13. Imaginaerum 06:18

            Après quatre ans d'absence parsemés de messages énigmatiques, d'extraits frustrants et de prédictions grandioses, Nightwish nous offre enfin la première étape de son grand projet, « Imaginaerum », un album couplé à un film, entreprise encore inédite dans le genre, et dépassant de loin les petits courts-métrages de Within Temptation. Parler de l'album qui vient tout juste de sortir, c'est donc commenter une moitié d'œuvre qui ne prendra sûrement toute sa cohérence que lorsqu'elle sera révélée au public dans son intégralité. Mais en dépit de cette lacune, « Imaginaerum - la bande originale », si l'on peut dire, nous livre déjà un merveilleux voyage, absolument dépaysant, et, pour paraphraser Flaubert, « qui porte à rêver »...

            En effet, une des premières choses qui interpellent à l'écoute d’« Imaginaerum », c'est sa grande diversité. On chemine dans des contrées jusqu'alors inexplorées par Nightwish, sortant d'une délicate boîte à musique finnoise pour s'engouffrer dans les plaines légendaires de l'Irlande, en intercalant une ballade angoissante dans les contrées pleine de féerie de Tim Burton,  la visite d'un cirque hanté, un passage dans une oasis, et une escale dans un piano-bar où des visages se devinent à travers les volutes de fumée des cigarettes. De façon moins métaphorique, on pourrait dire que l'album convoque une multiplicité de genres, d'où la sensation d'un véritable voyage musical, presque d'une quête dont l'issue se trouve, bien sûr, dans les retrouvailles avec l'enfance disparue. On pourrait croire qu’« Imaginaerum » se perd  en souhaitant emprunter trop de routes différentes, mais pourtant, au-delà de toutes les influences invoquées, le son de Nightwish reste authentique, et la signature de Tuomas marque chaque minute de toute la magie qu'il a toujours su insuffler à ses compositions. Finalement, « Imaginaerum » ressemble plus à une synthèse de tous les éléments nightwishiens qu'à un assemblage disparate de styles. En effet, I Want My Tears Back, Turn Loose The Mermaids et The Crow, the Owl, and the Dove comportent des instruments acoustiques et des sonorités folkisantes, apportées par la cornemuse irlandaise, qui rappellent le désir premier du groupe de créer une musique à écouter au coin du feu. Ou, dans la lignée des réminiscences, Arabesque, interlude orchestral très orientalisant, avec de nombreuses percussions ethniques, ne peut que faire penser à Tutankhamen, ou, plus récemment, à The Siren ou Sahara. La musique de film, et notamment celle de Hans Zimmer, est encore une fois très présente – et d'autant plus justifiée dans un album allant de pair avec un long-métrage. Certains passages de Storytime et de Scaretale rappellent fortement la bande originale de Pirates des Caraïbes, que ce soit dans ses passages épiques où dans ses moments de mystère. Cependant, Tuomas délaisse quelque peu son maître pour se tourner vers Danny Elfmann, et Scaretale en est l'exemple absolu : chœur d'enfants angoissant, accords dissonants plaqués à l'orgue, Marco jouant au bateleur de foire pour un spectacle de cirque qui rappelle celui de Big Fish, passage sautillant qui sonne plutôt comme une danse macabre, fin à l'orgue de barbarie... Ce titre riche et puissant est indubitablement un séjour au pays des morts des Noces Funèbres. Les paroles de Ghost River, pleines d'assonances et d'allitérations qui rejoignent une comptine pour enfants quelque peu sinistre (« He will go down, He will drown, drown, deeper down... ») sont également très proches de ces territoires burtoniens. Ennio Morricone est aussi suggéré avec Turn Loose The Mermaids, qui offre une partie sifflée très far west.

            Nightwish devient donc véritablement du « film score metal », pour reprendre les termes de Marco, et offre une musique plus orchestrale que jamais, qui reste aussi fidèle à ses sources classiques. Last Ride Of The Day, par exemple, fait immédiatement penser au O Fortuna de Karl Orff, avec ses chœurs d'abord martelés, puis qui se muent en murmure pour monter progressivement en puissance. La présence de chœurs d'enfants sur la plupart des morceaux, grande nouveauté d’« Imaginaerum », peut également évoquer le requiem de Fauré et son In Paradisum, et se font le reflet de la thématique de l'album. Un son délicat de céleste, apparaissant sur de nombreux titres, et notamment sur Storytime, relie également « Imaginaerum » aux œuvres de Tchaïkovski, et en particulier à Casse-Noisette, qui explore le domaine des jeux enfantins. Et le morceau final, Imaginaerum, censé être un medley des thèmes musicaux de l'album (arrangé pour l’occasion par Pip Williams en personne), ré-orchestre différemment les mélodies, permettant à l'auditeur de saisir l'importance de l'arrangement dans la mise en valeur d'un air, et utilise de nombreux instruments intéressants, alternant les inévitables cordes avec des accords arpégés de harpe, des passages de clarinette (reprenant le refrain de Ghost River), de hautbois, de basson, de flûte, et de piccolo. La reprise aux violons du thème de Storytime y est d'ailleurs absolument superbe. Et l’on a là un bel essai de générique de fin.

            Les influences metal sont également réaffirmées avec Rest Calm, un hommage à My Dying Bride qui sonne très doom, mais aussi avec Scaretale, qui comporte des passages bien heavy, ou encore avec des chansons terriblement énergiques, comme I Want My Tears Back et même Storytime, qui laisse une impression de course effrénée et que l'on peut considérer comme le single le plus épique de Nightwish. Mais surtout, la noirceur intrinsèque au metal y est plus présente que jamais, et « Imaginaerum » sonne infiniment plus sombre et torturé que « Dark Passion Play » Paradoxalement, la chanson de jazz de l'album, Slow, Love, Slow, fait partie des plus sombres : bien loin d'un jazz-metal à la Diablo Swing Orchestra, Nightwish nous livre ici un morceau plein de mélancolie et d'étrangeté, nonchalant et mystérieux, dans lequel un solo de trompette bouchée rencontre le chant très sensuel d'Anette pour créer une véritable ambiance de bar enfumé peuplé de noctambules. Quant à Ghost River et Song Of Myself, elles évoquent toutes deux le ténébreux « Century Child », bien que de façons très différentes, la première s'inspirant de l'hystérie de Slaying The Dreamer, la seconde de la beauté mélancolique de Beauty Of The Beast. Quoi de plus naturel, finalement, que de raviver la mémoire de cet enfant du siècle dans un opus faisant référence à la recherche d'une enfance perdue ?...

            Concernant le chant, je suis au regret d'annoncer aux détracteurs d'Anette qu'ils auront bien du mal à trouver des arguments cette fois-ci. La Suédoise a en effet réussi à trouver sa place dans la musique de Nightwish, et à vrai dire, on ne souhaiterait même plus entendre Tarja interpréter les morceaux d’« Imaginaerum ». Au contraire de cette dernière, qui employait une technique de chant relativement uniforme, Anette, à l'instar d'une conteuse telle que Tuomas la décrit lui-même, transmet le récit d’« Imaginaerum » en faisant toutes les voix, des plus délicates aux plus effrayantes. Sa voix revêt une véritable légèreté enfantine dans Storytime, devient un murmure riche en émotions dans Song Of Myself, emploie brillamment le registre de tête dans Last Ride Of The Day, se pare de sensualité dans Slow, Love, Slow, avec des vocalises stupéfiantes aux infinies modulations dignes des plus grandes chanteuses de jazz (et rappelant notamment Lena Horne), et enfin, devient absolument terrifiante sur Scaretale, alternant entre cris hystériques et passages saturés de façon très wicked witch of the west. Quant à Marco, il alterne entre une voix claire harmonieuse, pleine de sensibilité (Taikatalvi) et un chant agressif qui convient parfaitement à l'atmosphère torturée de certains titres, et notamment Ghost River. Ensemble, les deux chanteurs font réellement vivre « Imaginaerum » tel un conte narré par des parents se prêtant au jeu et imitant mille personnages pour leur enfant attentif...

            Le seul bémol à apporter à cet album vient en vérité des ballades et des mid-tempo, qui sont nombreux et peu intéressants. Turn Loose The Mermaids est plein de mièvrerie, The Crow, the Owl and the Dove est un peu trop popisant, et Rest Calm comporte des passages calmes mal intégrés qui surprennent l'auditeur alors que la musique avait plutôt tendance à s'amplifier. Nightwish nous avait habitués à mieux en matière de ballades, et on regrette que celles-ci ne soient pas au niveau. Une autre faiblesse, ou plutôt bizarrerie d’« Imaginaerum » tient dans le long passage parlé de Song Of Myself, qui en dépit de paroles touchantes, finit par lasser l'auditeur. Mais il est impossible de se prononcer véritablement sur ce moment musical, qui prendra probablement tout son sens après le visionnage du film.

Metal   Symphonique

 

Bien que sonnant terriblement heavy sur certains morceaux, elle est aussi mise en retrait sur d'autres au profit de la dimension orchestrale.

     

Plus développée et plus intéressante que jamais, elle donne aux morceaux une véritable dimension épique et sait jouer avec les différents instruments. Le travail commun de Tuomas et de l'orchestre philarmonique de Londres a atteint sa perfection.

 
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Voix / Choeurs   Harmonie d'ensemble
 

Les performances vocales respectives de Marco et d'Anette sont remarquables, et s'intègrent parfaitement à la dimension narrative d’« Imaginaerum », interprétant tous les personnages de l'histoire. Quant aux chœurs, ils sont variés et extrêmement bien employés, alternant entre la fraîcheur des voix d'enfants et la solennité de celles des adultes.

     

L'album peut-être ressenti comme trop diversifié et multipliant les ambiances, mais la dimension de voyage musical parvient à dominer cette sensation. Nightwish ne plagie pas ses divers inspirateurs, il en manipule les talents en les mettant au service de sa personnalité propre, et c'est une véritable réussite.

 
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             « Imaginaerum » est donc une quête unique, superbe, et qui mène l'auditeur dans une multitude de pays merveilleux ; et on ne peut que s'impatienter en attendant la sortie du film afin de les découvrir en images.


Chronique réalisée par Eccentric.