
Autant les groupes de metal symphonique traitant plus ou moins partiellement de fantastique sont légion, autant ceux qui consacrent leur carrière entière à un seul univers sont peu nombreux.
Trois ans se seront donc écoulés avant le retour des troubadours finlandais déclamant la Geste de la Terre du Milieu. Après le traditionnel (mais mitigé) « The Last Alliance », Battlelore nous revient avec son nouvel album, « Doombound ». Cette fois-ci le groupe va rester en périphérie de l’œuvre du Seigneur des Anneaux et s’intéresser à la sombre malédiction qui marquera Les Enfants de Húrin, titre de l’une des œuvres posthumes de J.R.R Tolkien. Les connaisseurs reconnaitront par ailleurs la scène qui fait office de cover : Túrin, fils de Húrin, combattant le dragon s’en étant pris aux membres de sa famille.
Ainsi, à l’instar de cette épopée tragique, l’album se veut sombre, mélancolique et parfois à tendance doom(bound). Les Finlandais ont mis au placard les compositions mélodieuses et légères qui jalonnaient « The Last Alliance » ainsi que les morceaux guerriers qui caractérisaient le très bon « Sword’s Song ».
« Doombound » est d’une lourdeur rebutante, condensé à souhait, si bien que moult écoutes sont nécessaires pour appréhender l’opus. L’auditeur a peu (voir pas du tout, pour le néophyte) de points de repère ; ici, pas de Horns of Gondor ni de Third Immortal, les titres phares étant rares. Bien sûr, exception à la règle est faite avec Olden Golds (avec une alliance basse/clavier hypnotique) ou Kärmessurma, chanté en finlandais, bien que sa dynamique peu habituelle à l’album le distingue déjà bien des autres morceaux. L’instrumental mélancolique Kielo rend quand à lui la fin de l’opus un peu plus digeste. Trois schémas différents pour les morceaux sans doute les plus aboutis de « Doombound ».
En réalité, les familiers de Battlelore s’y retrouveront. Mais dans son ensemble, l’album est écrasant et les morceaux, s’ils s’imbriquent sans accroc les uns les autres, ne proposent aucune variété, pour leur plus grand malheur. La différence entre les titres reposent en grande partie sur le travail de la claviériste qui propose toujours de belles nappes instrumentales (Doombound) et des envolées qui confèrent de l’émotion à des compositions n’incitant pas forcément à la compassion pour ce pauvre Túrin à cause de leur côté froid et distant (Bloodstained).
Toutefois, rendons à Sauron ce qui appartient à Sauron, le surplus de clavier conduit parfois à l’overdose lorsqu’il devient trop linéaire sur certaines pistes (Enchanted,ainsi que quelques coupletsaux lignes simplistes et répétées).
Allons maintenant du côté des orques qui vaquent à la partie metal. Le mixage impeccable donne un rendu très audible, de la batterie en particulier. Ainsi, si « Doombound » se veut sombre, certaines rythmiques marquent leur différence : Iron of Death, Bow and Helm.
Evidemment, malgré ses bonnes intentions, le groupe retombe très vite dans son travers (et dommage pour les pistes à fort potentiel, vite réduit) : la formule inlassablement répétée. La plupart des pistes accentuent le rythme lent des refrains, cassant complètement la structure des morceaux (les blasts servant de ligne rythmique à quelques couplets). Si cette structure reste agréable à l’écoute sur quelques titres, elle devient laborieuse au fur et à mesure de l’album, et notamment sur les quatre derniers titres (épargnons Kielo).
Le groupe tente encore quelques effets subtils et cassures de rythme bienvenus (Fate of the Betrayed) et nous ressert souvent de ses introductions alléchantes avec des riffs lourds et imparables (Men as Wolves) ; toutefois, les morceaux « banals » de « Doombound » sont balayés par la redondance en dépit de ces touches d’originalité (même si le morceau éponyme ose la différence !).
Si le chant n’à pas encore été évoqué, c’est qu’il reste un élément « lambda » de cet album. Ni véritablement un point fort, ni véritablement un point faible. Si cela devait être nuancé, on pourrait souligner la justesse du growl rageur de Tomi Mykkänen, même s’il semble moins convaincant ou impliqué que sur les précédents opus. La chanteuse Kaisa Jouki reste égale à elle-même avec une voix subtile, éthérée, mais peut-être mal à propos sur des refrains déjà peu entraînants et sans dynamisme (en dépit de quelques chœurs qui tentent discrètement de pallier à cela).
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Riffs, riffs, riffs... Sans discontinuer, ni faiblir. Heureusement que les musiciens sont pointilleux et toujours à la recherche de l’accord ultime ; l’efficacité prime sur la monotonie. |
Maria se démène avec succès pour apporter une touche instrumentale à l’ensemble, mais les claviers souffrent parfois de l’effet « overdose », lorsqu’ils ne tentent pas de s’imposer tant bien que mal dans ce monde de growls et de riffs au détriment de la qualité. |
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« Doombound » joue sur le contraste Belle et Bête (Elfes et Orques, dira-t-on). Ceux qui ont apprécié les précédents opus seront tout aussi séduits. |
Un potentiel fortement réduit par l’opacité de l’ensemble. |
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Aïe, aïe, aïe ! Morgoth se serait-il introduit chez Battlelore ? Pour cette formation, l’opus « Doombound » peut être qualifié de semi-réussite. On y retrouve les bases du groupe, ce qui ne déplaira pas aux habitués. Mais même si ce sont ces mêmes éléments qui ont fait la renommée du groupe, ce dernier les a malheureusement répétés ici à l’extrême. Usés jusqu’à la corde, ils devront être remplacés (ou du moins diversifiés) sur le prochain opus sous peine d’un accueil digne du Mordor...