
1. Black River Delta 4:34
2. Memento 6:38
3. New Dawn 2:58
4. Where Daylight Fails 4:11
5. Conquest of Others 5:37
6. Twist of Fate 4:32
7. Elegy of Existence 3:38
8. Reflection 4:18
9. Sonar 1:27
10. Gravitate Towards Fatality 5:53
Après un changement de line-up et quatre ans d'absence, le combo autrichien revient enfin avec un nouvel opus signé chez Napalm Records, « Delta ». A la suite du départ de la chanteuse américaine Melissa Ferlaak et de son mari, le guitariste Wolfgang Koch, il a fallu quelques temps au groupe pour se reconstituer et entamer la composition d'un nouvel album. Finalement, ce sont le guitariste Werner Fiedler, ex-membre du groupe, et la vocaliste grecque Maxi Nil (On Thorns I Lay, ex-Elysion) qui viennent compléter la formation. Au premier abord, on pourrait supposer que la présence d'un ancien membre serait en mesure d'influencer le sextet vers un retour aux origines; cependant, la musique offerte par « Delta » est aussi différente des opus passés que l'est sa pochette de celles des précédents albums. Loin des représentations marines et des motifs récurrents du groupe, « Delta » est plutôt novateur et mérite qu’on y accorde une oreille.
En effet, avec des intros souvent plus lentes et plus atmosphériques que jadis, « Delta » mise plus sur la force dramatique que sur le côté power metal mécanique et un peu agaçant que l'on connaissait de Visions of Atlantis. Les guitares rapides sont toujours présentes, et si leur son aigu reste irritant dans le titre d'ouverture Black River Delta, elles sont par la suite utilisées avec plus de subtilité et d'à propos, notamment sur Where Daylight Falls, où elles soutiennent habilement le refrain. Une grande utilisation du clavier renforce cet aspect tragique; malheureusement il sonne parfois trop synthétique, alors qu'au contraire, les effets de cordes (Twist of Fate) et de cuivres (Elegy of Existence), bien qu’artificiels, ont une sonorité très authentique. Sur Conquest of Others, titre imposant et martial, le procédé de dramatisation arrive à son paroxysme: bruits d'explosions, cuivres guerriers, guitares et batterie saccadées, screams très rythmés et vocalises séraphiques en fond, tous les éléments sont réunis pour créer une chanson surpuissante à la grande force théâtrale. Tout au long de l'album, cette force tragique accrue est bien servie par les éléments symphoniques, qui s'entremêlent assez adroitement au power metal, pour la grande joie de l'auditeur.
Cependant, malgré toutes ces nettes améliorations de la musique du groupe, une faiblesse récurrente persiste dans la composition: les refrains, à la tonalité étrangement joyeuse, viennent rompre avec toute la puissance dramatique développée par les intros et les couplets, faisant d'un titre très prometteur un morceau bizarre et incohérent qui perd peu à peu en intensité. Sur Twist Of Fate, par exemple, après une intro puissante et un couplet magnifique interprêté tout en émotion par Maxi Nil, un refrain guilleret arrive et discrédite toute la chanson par son manque de correspondance avec le si beau début. Même procédé sur New Dawn, le single de l'album : à une intro épique et un couplet intéressant succède un refrain complètement décalé, aux sonorités pop-rock, et où les voix masculines et féminines se couvrent l'une l'autre au lieu de se mettre en valeur mutuellement. Where Daylight Falls souffre encore du même défaut, ainsi que plusieurs autres titres. L'auditeur est sans cesse confronté à un premier enthousiasme lorsque la chanson démarre, puis à une déception croissante alors qu'elle se déroule. Se dire "c'est dommage" à quasiment chaque morceau devient rapidement lassant et engendre une certaine frustration...
Vocalement, l'interprétation de Maxi Nil, riche et diversifiée, n'a rien à envier à celles des précédentes chanteuses ayant prêté leur timbre à Visions of Atlantis. Si les fans redoutaient quelque peu le remplacement de Melissa Ferlaak, soprano lyrique dont le talent n'est plus à louer, ils sauront tout de même apprécier la performance de la nouvelle venue. La voix de Melissa Ferlaak offrait indéniablement la beauté de la perfection technique, mais celle de Maxi Nil joue plus sur la nuance et sait alterner un chant rock assez grave (Gravitates Towards Fatality) et des aigus angéliques. Bien qu'elle maîtrise la technique lyrique, comme le titre Memento nous en donne un bref aperçu, ce n'est pas le registre qu'elle choisit d'utiliser et préfère employer un ton plus naturel, même lors de ses belles vocalises fluides sur Conquest of Others ou Where Daylight Fails. Etonnament, son timbre n'est pas réellement mis en valeur par la ballade de l'album, Reflection, qui, bien que mélodieuse et agréable, n'atteint pas la beauté de la mythique Return To You de « Trinity », laquelle parvenait à mêler tristesse et étrangeté. Ici, bien que le titre ne soit pas mielleux, ses émotions sont plutôt communes, mais Maxi Nil s'en tire si bien par ailleurs que l'on peut lui pardonner cette petite déception. On ne regrette que deux choses: qu'elle soit souvent sous-mixée, et qu'elle doive partager les parties vocales avec Mario Plank, l'autre vocaliste du groupe. Celui-ci, par son chant monotone et son timbre éraillé assez inesthétique, vient souvent, pour notre plus grand regret, superposer sa voix à celle de Maxi Nil et la couvrir. Cependant, quand il opte pour des screams francs et plus agressifs, comme sur Conquest of Others, le rendu est largement meilleur, et l'on déplore qu'il n'utilise pas plus souvent cette technique.
Malgré les incohérences de composition et le caractère irritant du chant masculin, il est nécessaire de concéder à « Delta » quelques excellents titres qui marquent instantanément l'auditeur. Citons notamment le théâtral Conquest of Others, décrit plus tôt, mais aussi le superbe Memento, parfait de bout en bout. Après une belle intro de cordes et de clavier, très atmosphérique, la voix de Maxi Nil éclate dans toute sa splendeur, nous faisant découvrir des accents lyriques clairs et délicats. Mario Plank s'occupe des couplets, mais ils ne durent pas assez longtemps pour qu'il en devienne exaspérant, et la chanteuse reprend le refrain – pour une fois cohérent – avec brio. La partie finale, alternant les vocaux plus graves de Maxi Nil et des choeurs solennels, achève le titre en apothéose. Une perle à écouter absolument! Le titre final de l'album, Gravitate Towards Fatality, est également très bon, épique à souhait, comportant une partie orchestrale sublime que le chant très doux de Maxi Nil vient sertir avec finesse pour monter brillamment en puissance par la suite. Si tous les morceaux atteignaient ce niveau, « Delta » serait incontestablement un excellent album!...
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Mieux dosée que dans les opus précédents, elle a cependant encore tendance à tomber dans une sur-rapidité parfois lassante. |
Les effets de cordes et de cuivres, bien que synthétiques, sonnnent extrêmement naturels (à noter qu'ils ont été réalisés par un musicien extérieur spécialisé dans ce domaine), mais les longues parties de clavier, à l'inverse, ont un rendu artificiel plutôt désagréable. |
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On voudrait mettre 5/5 à Maxi Nil et 1/5 à Mario Plank, qui ne réussit bien que ses screams. Quant aux effets de choeur, ils savent néanmoins apporter une touche grandiose appréciable au titre Memento. |
Malgré de très bons éléments, la composition comporte des lacunes qui rendent bon nombre de titres incohérents et décevants. |
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Ainsi, avec « Delta », Visions of Atlantis marque un grand pas dans sa progression, avec de nombreux éléments nettement améliorés depuis les précédents albums, bien que certaines faiblesses d'importance subsistent. Mais en dépit de ces dernières, on sent réellement le potentiel du groupe affleurer, et on lui souhaite sincèrement de persévérer dans cette voie pour nous offrir un opus encore meilleur dans quelques années.