
Ce n’est pas une nouveauté, tout le monde le sait, un album réussi est un album qui nous fait voyager. Alors larguez les amarres et hissez la grand voile, matelots ! puisque c’est à bord d’un célèbre navire que nous convie Carach Angren pour ce « Death Came Through a Phantom Ship ». Au vu des antécédents du groupe (deux de ses œuvres consistaient à conceptualiser l’histoire de fantômes réputés), on ne s’attendait pas à une croisière de luxe ; et en effet, on aura le loisir de constater tout au long de cet opus que non, le Hollandais Volant n’est décidément pas le bon navire à choisir pour votre prochain voyage en mer.
Jusque là, le groupe était resté plutôt terre à terre, n’osant pas vraiment s’aventurer trop loin des poncifs d’un black metal symphonique traditionnellement pompeux. Pourtant, ce nouvel album conceptuel est une véritable réussite au niveau des ambiances. Bien qu’on sente que le groupe a toujours du mal à s’affranchir de certaines influences et à s’éloigner de ses bases musicales de sureté, Carach Angren passe quand même le cap de certaines difficultés.
Un exemple ? Typiquement, la partie instrumentale de l’album. Difficile de ne pas se fourvoyer et de trouver le juste équilibre pour les groupes axés black metal ; pourtant, sans verser dans des orchestrations grandiloquentes, Carach Angren développe très efficacement la musicalité de l’album. La partie instrumentale de « Death Came Through a Phantom Ship » n’est pas forcément le meilleur exemple de diversité et d’inventivité, mais l’utilisation principale du piano et du violon à bon escient renforce le jeu des musiciens qui interprètent l’ensemble à la façon d’une pièce de théâtre (en témoigne l’interlude Al Betekent Het Mijn Dood) ainsi que le côté funèbre et sépulcral, voire « film d’horreur » de l’ensemble.
Histoire de renforcer un peu plus l’impression que le groupe joue carrément sur le pont du navire maudit, Carach Angren joue aussi beaucoup -mais sans en abuser- sur les chœurs, véritable chorale de spectres, et incorpore à loisir les bruits que l’on entendrait sur une véritable embarcation, entre le grincement du bois et autres roulis (Electronic Voice Phenomena, l’introduction annonciatrice du titre à thème The Sighting Is a Portent of Doom). Mais la mer n’est tout de même pas si agitée que ça, puisque des mélodies au piano (voire de timides apparitions de flûtes) sont souvent utilisées pour accompagner les nappes violonistiques mélancoliques, et redonnent un peu de légèreté aux morceaux lorsqu’ils perdent en chemin l’énergie annoncée par des introductions toujours très marquées.
L’instrumentalisation colle donc à merveille aux ambiances des titres représentant chacun l’un des pans de la vie (peu joyeuse) menée à bord du bateau fantôme : Van der Decken's Triumph estpartagé entre le chant des pirates et une partie instrumentale planante, des cuivres solennels soulignent Bloodstains on the Captain's Log, le duo Departure Towards a Nautical Curse et The Course of a Spectral Ship respectent tous les deux un rythme soutenu et relevé au niveau instrumental avec ses nombreux arpèges et crescendo (même si le deuxième bénéficie d’une répétition d’accord de cuivres digne d’un jingle).
Outre la bonne gestion de l’ambiance instrumentale, on retrouve une partie metal joliment ciselée. Guitaristes et bassiste prennent leurs aises et partagent l’album entre technicité et accords accrocheurs. La partie rythmique n’est pas en reste avec une dynamique excellente qui pourrait servir à elle seule la diversité de « Death Came Through a Phantom Ship ». De même, les deux composantes (la partie metal et la partie « symphonique ») se répondent parfaitement ; il n’y a donc pas réellement de moment où l’une des deux est abandonnée au profit de l’autre, même si la complainte des nappes instrumentales devient pesante et monotone par instants.
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Une note en grande partie attribuée à la batterie décidément illuminée sur cet album (non, une batterie ne sert pas uniquement pour les blasts !), même si les autres musiciens ont parfaitement su y mêler une technicité sans lourdeur. |
Quelques nappes sirupeuses, en dépit de l’harmonisation réfléchie et réussie des instruments autour de l’ambiance dégagée par chaque titre. |
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Adeptes des voix lyriques, passez votre chemin ! Seregor se revendique comme la réincarnation de la voix du capitaine du Hollandais Volant - alors forcément... En revanche, on le sent complètement à l’aise dans son rôle théâtral. Petite note aussi pour les chœurs, employés pour renforcer le côté tragique et imposant de l’opus. |
« Death Came Through a Phantom Ship » peut être appréhendé un peu à la manière d’une BO de film ; même si cela est moins flagrant par instant, le groupe signe une vraie réussite au niveau des ambiances, bien qu’elles soient axées autour d’une même idée, d’un même thème. |
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L’ambiance, voilà le point fort de cet album. Les musiciens ont eux aussi développé leur jeu, pour ne rien gâcher du potentiel de leur musique. « Death Came Through a Phantom Ship » reste donc sympathique à écouter (enfin, façon de parler, le titre est évocateur), assez en tout cas pour ne pas être trop regardant sur ses relatives faiblesses, comme une vitalité et une diversité musicale qui retombent sporadiquement. On s’attendrait presque à voir le capitaine Van der Decken accuser le groupe de lui voler la vedette.