
01. Set Sail To... (Intro) (0:30)
02. New Horizons (6:50)
03. The Chevalier (5:33)
04. Far From Home (4:49)
05. Heavenly Mission (5:24)
06. Prayer (Interlude) (1:23)
07. State Of Siege (6:48)
08. Changing Fate (5:42)
09. When Canvas Starts To Burn (4:49)
10. Serenade Of Flames (4:56)
11. Below Eastern Skies (Interlude) (1:35)
12. Beyond Desert Sands (4:55)
13. Lament (Interlude) (0:41)
14. My Legacy (4:45)
Serenity, formation autrichienne plutôt récente de la scène metal symphonique, publie en ce début d'année son troisième album intitulé « Death & Legacy ». Ses deux précédentes offrandes, « Words Untold & Dreams Unlived » (2007) et « Fallen Sanctuary » (2008) n'ayant pas réellement marqué les esprits, le combo met les bouchées doubles pour la cuvée 2011, qui propose une musique clairement plus puissante et plus speed. L'album nous offre même en guest stars trois chanteuses bien connues des amateurs de metal symphonique : Amanda Somerville, Aylin (Sirenia) ainsi que Charlotte Wessels (Delain), dont les parties vocales sont parfaitement intégrées aux morceaux. Et pourtant, bien que cet opus soit sans conteste supérieur à ses prédécesseurs en bien des points, il ne parvient pas à gagner les faveurs de l'auditeur et ce pour diverses raisons.
Serenity fait hélas partie de ces groupes qui se fondent dans la masse, malgré une production honorable, un son metal convaincant, des instrumentations variées et un chant correct. Le problème réside dans les influences du combo, qui transpirent sur chaque morceau. À l'écoute de « Death & Legacy », on pense à Fairyland et Avantasia mais avant tout à Kamelot et Sonata Arctica. Musicalement, on est parfois proche du plagiat (l'ultra-speed Beyond Desert Sands aurait très bien pu figurer sur « Ecliptica » de Sonata Arctica et le très entraînant State Of Siege aurait parfaitement eu sa place sur « The Black Halo » de Kamelot). Les Autrichiens ne renient pas ces influences, bien au contraire : ils crient haut et fort dans la presse qu'ils sont des fans invétérés de Kamelot. Cette idolâtrie expliquerait en partie pourquoi la quasi-totalité des titres des morceaux de « Death & Legacy » sont empruntés à d'autres titres de Kamelot (Serenade, Siége, The Fourth Legacy, Desert Reign... pour ne citer qu'eux). Enfin, la voix de Georg Neuhauser ressemble à s'y méprendre à celle de Tony Kakko (Sonata Arctica), ce qui n'aide évidemment pas Serenity à se forger une identité qui lui est propre, c'est certain...
Cependant, si l'on met ces aspects néfastes de côté, on retrouve sur cet album tous les éléments d'un power speed metal symphonique classique très efficace, où le ton se veut résolument heavy. La grosse caisse tourne à cent à l'heure, les soli de guitare pleuvent (notamment sur le très épique New Horizons) et la durée générale des morceaux, qui dépasse bien souvent les cinq minutes, assure des compositions riches et travaillées. Les ballades sont elles aussi dotées d'une touche metal assumée, comme c'est le cas sur les très réussies Serenade Of Flames, où Georg se partage le chant avec Charlotte, et The Chevalier, en duo avec Aylin. Les deux chanteuses s'évadent le temps d'une chanson ou deux, leur insufflant une grâce unique sublimée par des chœurs imposants et des riffs énergiques. Ces deux ballades n'ont d'ailleurs rien à envier à celles produites par Sirenia et Delain, qui, en particulier chez les Norvégiens, ont tendance à sombrer dans la mièvrerie (Winter Land). La ballade Changing Fate, quant à elle, nous envoute par la voix douce et rassurante de la belle Amanda, connue pour ses collaborations diverses (notamment avec Epica et ô surprise! Kamelot). Le morceau, semi-acoustique, semble légèrement influencé par la scène folk et fait figure de pause bienvenue sur la galette. On trouvera également dans l'album des influences new wave (Loreena McKennitt, Enya), audibles sur l'interlude The Prayer, conté en espagnol par Aylin, ainsi que des passages arabisants, présents sur l'interlude Below Eastern Skies et le titre suivant, Beyond Desert Sands.
Mais c'est sans nul doute sur le sulfureux When Canvas Starts To Burn que le groupe explore une facette encore plus féroce, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. On aurait cependant apprécié qu'il ait gardé les quelques vocaux death qu'il avait méticuleusement placé sur « Fallen Legacy », comme sur la très réussie Oceans Of Ruby. Mais ceux-ci n'ont pas été intégrés à « Death & Legacy »... La nouveauté de cette galette réside dans ses diverses introductions et interludes qui surplombent quelque peu l'album. On est face à un choix artistique discutable, qui rappelle le premier essai solo peu convaincant de Tarja (ex-Nightwish), « My Winter Storm », qui contenait 18 titres dont quatre introductifs. Il en est de même ici : la version standard de « Death & Legacy » compte 14 morceaux, dont quatre inutilement découpés en intro/interludes. Ces dernières auraient mieux fait de faire partie intégrante des morceaux : à quoi bon faire de 30 secondes de vent qui souffle un titre unique? Au final, cet album propose le même format que ses deux prédécesseurs, à savoir un choix de 10 titres dignes de ce nom, si l'on fait abstraction des deux bonus Youngest Of Widows et To India's Shores, qui officient dans le même registre symphonique.
|
Les morceaux sont en majorité très speed et font la part belle à la grosse caisse et aux soli de guitares, mais ces derniers manquent de virtuosité. Les parties metal sont bien trop classiques et n'offrent que peu de surprises. |
Les samples d’orchestrations, de bonne qualité, sont logiquement mis en avant. Ils donnent cependant l'impression d'avoir été entendus beaucoup trop souvent et leur portée émotionnelle en souffre énormément. |
||||
Le timbre de Georg Neuhauser, trop proche de celui de Tony Kakko, manque cruellement de personnalité. Quant aux chœurs, ils accompagnent les chansons avec justesse et pudeur (Far From Home, Heavenly Mission) et sont utilisés à bon escient. |
Le disque, musicalement harmonieux, alterne passages progressifs, symphoniques et heavy avec savoir-faire, mais suit une recette toute faite. L'album perd de ce fait en fraîcheur et en personnalité... |
|||||
En résumé, la pochette de « Death & Legacy » dit déjà tout sur son contenu. Elle oscille entre le laid et le beau, respire le kitsch à plein nez et met en scène tous les stéréotypes du genre : corbeau, nymphe et épée en premier plan, temple/cathédrale en second... Comme dit précédemment, la qualité est au rendez-vous en matière de production, de musicalité et de chant mais il manque cette étincelle, cette petite chose qui fait la différence et qu'il est de plus en plus difficile de trouver. Serenity est un groupe honorable qui produit une musique honorable, mais pas inoubliable. Et ce n'est pas la participation de quelques chanteuses à succès qui fera la différence.