
Autant prévenir l’auditeur d’une chose : il s’agit d’une démo, ce qui implique nécessairement tous les défauts d’une démo. A commencer par un mixage inévitablement médiocre qui amoindrit malheureusement les qualités de la musique, Mais il me faut aussi reconnaître que ces cinq pistes trop courtes sont la promesse d’un album à la hauteur d’une musique ambitieuse. Parce que Cadmium, c’est un univers (les chansons sont inspirées de la littérature fantastiques du XIXe siècle) et un style, dont l’originalité relève pour une grande part de son compositeur principal, lequel qui inaugure une nouvelle génération de leader dans le metal symphonique : celle les musiciens classiques. « Enfin ! » serait-on tenté de dire. Et autant l’admettre, cela s’entend, et c’est on ne peut plus appréciable.
La démo s’ouvre sur un morceau dynamique et nerveux : Hidden Side, véritable hit en puissance. Tous les ingrédients d’un morceau de Cadmium s’y trouvent : très belle intro, toute en intensité, orchestrations enlevées, choeur discret mais efficace, rythme inattendu (on louera le sens des silences et des "cassures"), les mélodies mémorables, ténues entre mélancolie et préciosité classique (et on retrouve ici toute l'influence d’une écriture fortement influencée, entre autres, par Vivaldi, de même que par la musique de film, rendant aux compositions une dimension très imagée). Dans cette veine, Haunting Memories (composée cette fois-ci par le guitariste, Robin), commence d’une manière presque New Wave, sombre, se révélant être un morceau plus gothique, plus tragique. Les répliques guitares/violons sont justement contrebalancées par le chant versatile en état de grâce d’Emilie. Puis vient Norwegian Tale, ballade qui adopte un mid-tempo attendu et une mélodie agréable, que chacun appréciera selon sa sensibilité. Le recours au piano est bienvenu, comme le final sur les violons, sublime. Rompant cette harmonie, Perfect Decadence, plus synthétique, agressif, sonne comme quelque symphonie lugubre pour un vieux film d’horreur muet. Enfin, Nursery Rhyme, après un début en grande pompe baroque, retourne vers les horizons familiers du groupe, avec un thème pesant mais efficace. La fin façon boîte à musique ferme finement la démo.
La musique de Cadmium tient en un mot : le lyrisme, au sens où elle véhicule un flot d’émotion à nos oreilles. Et sa grande qualité, c'est de ne ressembler à rien de connu ni d'entendu, sinon vaguement à du Nightwish à la sauce nippone (on se représente ainsi très aisément le groupe yeux bridés et teint blafard, maquillé façon XVIIIe décadent – mais non, ils sont Lorrains). On sent derrière un amour pour le classique et une composition qui porte toute la structure et ne fait pas qu’accompagner la rythmique.
Cependant, dès la première écoute, les défauts ne peuvent qu’atténuer l’enthousiasme, et expliqueront une notation en demi-teinte. Tout d’abord, on regrettera le manque de personnalité de ce heavy qui possède une réelle puissance sous-jacente, ne demandant qu’à s’exprimer avec plus d’assurance, mais qui par moments semble cruellement manquer de conviction. Ensuite, je soupçonne fortement le mixage responsable de la perte d’efficacité et de justesse de la voix d’Emilie, certainement très belle au naturel, et d’une délicatesse touchante, presque fragile, mais qui semble aussi manquer de puissance ou d'assurance et surtout ayant la fâcheuse tendance à grincer dans les aigus, prête à se briser, ce qui rend cette désagréable impression de faux que la scène, très probablement, infirmera.
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C’est véritablement le point moyen de la démo. Le son de guitare est clair et incisif, la batterie peut-être trop en retrait, et la basse sous-employée. |
C’est véritablement le point fort de la démo. Les samples sont crédibles (violons, flûte) et le recours au piano très judicieux, le tout employé avec raffinement et intelligence. |
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C’est véritablement le point faible de cette demo. On regrettera également le sous-emploi de la voix de basse d’Anthony en duo sur Norwegian Tale, en raison une fois encore du mixage. |
Malgré ce mixage gâchant le plaisir qu’on pourrait retirer de ces morceaux, l’ensemble, rafraichissant, fait plaisir, et l’on sent que derrière, les musiciens en veulent. Avec un atout non négligeable et qui participe à sauver cette démo: la cohérence. |
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Conclusion, cette première œuvre est une semi-déception, mais ses tares ne doivent pas occulter le formidable potentiel de la musique de Cadmium. L’œuvre est encore en devenir, et si, pour paraphraser Oscar Wilde, Cadmium a trop tôt visé les étoiles, il nous a déjà offert un charmant clair-de-lune.