
01. Iesus Nazarenus, Servus Mei 8:51
02. They Shall All Be Witnesses 11:58
03. A Revelation Of Desecrated Heavens 9:06
04. Summoning Majestic War 9:44
05. The Serpent Crowning Ritual 10:23
06. Bring Forth Purgatory 13:07
The Project Hate MCMXCIX fait partie de ses groupes trop méconnus et qui mériteraient de l’être davantage, d’une part parce que sa musique mêle les horizons les plus extrêmes du metal aux expérimentations musicales les plus audacieuses, d’autre part, parce que dans le milieu du symphonique, ce groupe parvient à tirer son épingle du jeu en conservant son originalité. C’est donc déjà fort de huit galettes (à un rythme de production relativement rapide puisque le groupe est né en 1998) que les atypiques Suédois reviennent avec un « Bleeding the New Apocalypse (Cum Victriciis In Manibus Armis pour les latinistes) » aussi ambitieux que sa pochette joue à fond la carte du grotesque horrifique.
Cependant, après jeté un œil aux morceaux dont la longueur ferait fuir plus d’un habitué aux titres sirupeux diffusables en radio, on peut craindre une densité péniblement supportable pour les néophytes et une lassitude rapide pour les oreilles habituées à l’agressivité du groupe. Que nenni ! On est surpris dès l’ouverture : Iesus Nazarenus, Servus Mei est effrayant – je veux dire, pour un chroniqueur qui connaît le groupe et s’attend à retrouver les orchestrations grandiloquentes auxquels The Project Hate nous a habitué – puisque ce premier morceau débute brutalement, les musiciens estimant peut-être qu’ils n’allaient pas sacrifier à la rituelle et pompeuse introduction symphonique d’usage, pour préférer un immédiat et imparable riff death, presque metalcore, augurant le son du reste de l’album. Mais rapidement, un break salvateur nous ramène aux atmosphères caractéristiques et par là au registre bien connu du haineux projet. Orchestrations discrètes, effets industriels et beats techno pour l’ambiance, ce death technique aux growls ténébreux s’aère un peu grâce au chant féminin de Ruby (non, pas celle à laquelle vous pensez) qui vient poser ses vocalises éthérées et parfois son timbre rock plus véhément sur ce chaos (et ce bien qu’elle ait la fâcheuse tendance à confondre chanter fort et crier).
Au moins, l’effet est réussi, et l’on se sent effectivement projeté dans un décor de fin du monde, ou de post-fin de monde, dans un champ de ruines ou quelque folle désœuvrée viendrait hurler sa solitude. Les breaks, qui forment l’architecture et la raison d’être de ces pistes à rallonge, sont l’occasion de tragiques passages orchestraux (ainsi les samples de violoncelles sur They shall be the Witness, auxquels s’ajoutent, comme pour en rappeler l’artificialité, des bruitages industriels) ou de déclinaisons d’ambiance (sur Bring Forth Purgatory, un break substitue le synthé au piano, une autre lance une rythmique martiale, un dernier exploite quelques pleurs d’enfants). Les parties purement métalliques sont prenantes, presque dansantes, les nombreuses ruptures instrumentales permettant de souffler un peu au gré de ces passages lancinants et hypnotiques.
Certes, BTNA brode sur les mêmes structures et les mêmes moyens, déclinés en autant de variantes que le genre peut en offrir (peut-être jusqu’à en épuiser la diversité possible), mais les mélodies restent reconnaissables et signent chaque morceau, comme le piano d’A Revelation Of Desecrated Heavens (Revelation n’étant que la traduction anglaise d’Apocalypse), de son intro mi-indus à sa fin dissonante qui semble laisser quelque vent atomique jouer sur les cordes d’instruments décrépis. Ce morceau se démarque aussi par un riff efficace mais qui retombe quelque peu dans la facilité du genre que le groupe maitrise indéniablement.
J’évoquais le piano, et j’insiste, car celui-ci reste l’instrument classique par excellence du groupe, comme l’illustre également le break de Summoning Majestic War, morceau à la rythmique très doom en son début, et au chant black et serpentin, qui nous offre donc un passage au piano entre deux gémissements plaintifs de fantômes (on oubliera en revanche l’ajout du chant masculin clair qui, associé aux beats, fait tâche avec le reste) ; piano que l’on retrouve encore sur The Serpent Crowning Ritual, couplé à des percussions tribales. Comme on approche déjà de la fin de l’album, cette piste parait un brin longuette, sorte de bout-à-bout de morceaux coupés et collés les uns à la suite des autres et comme se relançant, à partir d’une même base, dans des directions différentes, tantôt sous un angle agressif, tantôt plus désespéré. Reste la grande montée en puissance orchestrale alliée au chant de Ruby qui confère au morceau une dimension épique. On sera d’ailleurs toujours surpris par la transition brutale qui s’opère entre Summoning et The Serpent, Ruby se voyant couper le micro pour que s’enchaine, sans transition aucune, l’intro toute en orchestration et en montée riffique de The Serpent.
La fin un peu piteuse en fade de Bring Forth Purgatory (malgré un début ambient évoquant les nappes très cheap de Dark Sanctuary puis, bizarrement, celles de l’expérience ratée de Therion pour The Golden Embrace sur « A’arab Zaraq lucid dreaming », avec ces samples de cordes très lents, sombres et répétitifs), appelle de manière pernicieuse à relancer la galette, pour constater -ô surprise ! que ce qui nous semblait être le fruit d’une audace je-m’en-foutiste (cette ouverture sans finesse) s’intègre parfaitement à la relecture de l’album, comme un enchainement du dernier morceau sur un nouveau passage énergique - comme, à partir de cette fin, un renouvellement de la musique et du monde. Que cela soit une répétition tragique, comme celle du Serpent désormais couronné se mordant la queue, ou bien l’attrait vicieux de l’éternel retour de The Project Hate, à vous de choisir.
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Le groupe tient sa moyenne, mais tend à glisser vers la facilité frontale du deathcore. Les solos sont bons, biens, brefs, sans être sensationnels. Comme d’habitude, si la partie rythmique est présente, elle reste quelque peu en retrait et ne marque pas l’oreille. |
Un peu faiblardes, néanmoins, ou trop discrètes, ces orchestrations, même si elles s’harmonisent relativement bien avec le reste, et s’expriment avec soin. |
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Ruby chante bien, m’enfin, ce n’est ni Floor, ni Tarja, ni même Liv Kristine. On dira que sa voix est comme son physique, agréable. En revanche, les vocaux death et black sont puissants et efficaces. On dira qu’ils sont semblables aux physiques de Lord K et Jörgen : barbares. |
Etrangement, malgré un bon niveau, mais légèrement inférieur aux précédentes livraisons, l’album se laisse écouter et réécouter sans déplaisir ; chaque morceau fait sens et le tout reflète une solide cohérence. |
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Bleeding the New Apocalypse n’est pas transcendant, mais rejoint le clan de ces albums qui représentent bien ce que la tendance extrême peut apporter au symphonique : une énergie malsaine et une puissance agressive au service d’un univers torturé qui n’en conserve pas moins quelque reliquat de beauté.