En ce dimanche 22 novembre les amateurs alsaciens (ou non alsaciens…) de metal à chanteuse (ou sans chanteuse…) ont rendez-vous à la Laiterie à Strasbourg pour la première date française du Beauty and the Beast Festival Tour, festival itinérant réunissant 5 groupes : Elis, Stream of passion, Atrocity, Sirenia et Leaves' eyes. Ma soirée commence par une interview d’Ailyn pour Sirenia et de Thorsten pour Leaves' eyes (interviews que vous pouvez lire dans la section Interviews), l’occasion pour moi de constater qu’après un peu plus d’une semaine de tournée une ambiance bonne enfant règne dans la salle alors que tout le monde se prépare pour la soirée à venir. Il est d’ailleurs temps que la soirée commence et les portes de la Laiterie s’ouvrent au public vers 17 heures. Le Festival se tient dans la grande salle de la Laiterie, ce soir en grande configuration avec une affluence moyenne.
Et c’est à Elis d’ouvrir le bal. Ce combo originaire du Lichtenstein, petite principauté d’Europe, nous propose un énergique gothique metal. Leur premier album, « Twilight », est sorti en 2001 mais c’est avec leur single « Der letzte Tag » que le succès arrive en 2004. Malheureusement leur vocaliste Sabine Dünser décède prématurément et le groupe publie « Griefshire », hommage posthume à la jeune chanteuse, en 2006. C’est à Sandra Schleret qu’est revenue la responsabilité d’assurer la relève et le groupe présente ce soir son nouvel album « Catharsis » dont la sortie est prévue pour le 27 novembre 2009. Malheureusement le son ce soir n’est pas au rendez-vous, et le public non plus. Sandra Schleret (qui arbore une robe léopard qui laisse un peu dubitatif) fait de son mieux mais nous n’entendons pas sa voix, tout comme celle de Tom Saxer, le bassiste et grunter du groupe. Difficile donc de juger la qualité de la prestation vocale, difficile pour le groupe de faire honneur à son nouvel album avec un son ne permettant de ne distinguer que les guitares et la batterie. Quand à la prestation scénique Sabrina occupe bien la scène et se montre passionnée et parfois même sensuelle avec quelques jolis déhanchés. Après une demi-heure passée à parcourir leur ancien répertoire (« Der Letzte Tag », « Show me the Way ») et leur nouvel album (« Firefly », « Des Leben Traum ») Le groupe quitte la scène sans avoir réellement marqué le public et on attendra de les revoir dans de meilleures conditions sonores avant d’émettre un jugement définitif sur un groupe qui a un bon potentiel.
Vient ensuite le moment que personnellement j’attendais le plus ce soir, la venue sur scène des néerlandais de Stream of passion, emmenés par la pétillante vocaliste mexicaine, Marcela Bovio ! Un groupe dont la prestation m’avait littéralement envoutée au Metal Female Voices Fest en octobre dernier. Fondé par Arjen Lucassen (Ayreon, Star One) et Marcela Bovio, Stream of Passion est aujourd'hui un groupe autonome (Arjen s'étant intégré au combo le temps de le lancer avec l’album « Embrace the Storm » en 2005 puis s’étant éclipsé en 2007) et défend brillamment l’album « The Flame Within » sorti en mai 2009. Irrésistible, chaleureux, talentueux, dynamique, charismatique, saisissant … tels sont les adjectifs que je pourrais employer pour décrire ce groupe, leur musique, et ce qu’ils dégagent sur scène. La formation défend solidement ses couleurs et propose un set dominé par le deuxième album (le single « Out in the real world » sera le seul représentant de « Embrace the storm »). Le son est plus correct que pour le set d’Elis et fort heureusement on entend Marcela nous enchanter de sa voix, nous serons d’ailleurs surpris d’apprendre de la bouche de Johan (leur bassiste) que Marcela est malade ce soir là, laissant donc le soin à son bassiste de présenter les morceaux. Johan justement, le bassiste ne se ménage pas et ne tient pas en place, sa prestation scénique est fort appréciable. Les autres membres du groupe ne sont pas en reste et on sent une bonne osmose entre eux. Marcela donne de la voix avec puissance et chaleur, on la sent certes un peu inquiète et tendue, par rapport au Metal Female Voices Fest, en raison de ces soucis de santé mais elle n’en reste pas moins toujours souriante, un vrai rayon de soleil qui se donne à fond avec un charme et une classe indéniables. La jeune mexicaine montrera même une autre facette de son talent, le violon, sur l’intro de « This Endless Night ». Une mention spéciale à « Street Spirit », magistrale reprise de Radiohead qui fait taire toute la salle, un titre plein d’émotion qu’on pourrait croire écrit pour la voix de Marcela.
Le groupe a du ce soir retirer le titre « Passion » de sa set-list pour économiser la voix de Marcela. C’est donc après un set bien trop court d’une trentaine de minutes, plein de talent et de professionnalisme, que les néerlandais se retirent sous les applaudissements d’une salle conquise qui salue la performance de Marcela Bovio et de sa bande, salle mise à contribution par Johan pour soutenir jusqu’au bout Marcela dans l’épreuve que redoute toute chanteuse, des soucis vocaux. Nous espérons revoir le groupe bientôt sur un concert bien plus conséquent car il est indéniable que ce soir nous restons sur notre faim.
Set-list :
The Art of Loss
In The End
Out in a Real World
Street Spirit (reprise de Radiohead)
This Endless Night
Vient le moment pour le groupe le plus ancien de la soirée de monter sur scène, Atrocity. Changement radical d’univers et ce style avec ce groupe death metal allemand mené par Alexander Krull et fondé dans les années 80. Rappelons aussi que Atrocity = Leave’s eyes – Liv Kristine, ce n’est donc pas vraiment étonnant de les retrouver sur cette tournée et il faut saluer la performance des membres des deux groupes qui assurent le show à deux reprises et dans deux registres très différents ce soir et sur toute la tournée. La bassiste, Alla Fedynitch, de Leaves' Eyes et d’Atrocity, n’étant toujours pas rétablie (elle n’était apparue que sur un titre lors du set acoustique de Leaves' Eyes au Metal Female Voices Fest) c’est Oliver Holzwarth (Tarja, Blind Guardian), qui assure l’intérim ce qu’il fait parfaitement, c’est un plaisir de le retrouver sur scène. Durant cette tournée ils mettent à l’honneur leurs deux albums (sortis en 2008 et en 1997) de reprises metal de tubes des années 80 qui ont bercé l’enfance de certains, un changement radical d'univers et de style. Le groupe met une ambiance bon enfant dans la salle avec beaucoup de second degré (décor de circonstance, danseuses aguicheuses court vêtues qui se déhanchent dans des cages durant tout le set, assez lassant…). Il ne faut certes pas s’attendre à de la grande musique mais plutôt prendre leur set à la rigolade. Le tout est sympathique mais je me lasse vite de la voix d’Alexander Krull ainsi que du spectacle donné d’autant que les reprises données ce soir sont musicalement assez médiocres, la prestation scénique rattrape un peu ce qui nous passe par les oreilles.
Habituellement Liv Kristine vient donner de la voix sur un ou deux titres mais, encore convalescente ce soir, elle sera remplacée par Sandra Schleret (Elis) qui semble plus à sa place ici que dans sa propre formation et qui vient accompagner Atrocity sur « The Sun always shines on TV» et « Shout ». Le set, un peu longuet, s’achève au bout de 40 minutes et les membres d’Atrocity laissent, après des applaudissements fournis, place au groupe suivant avant de réapparaitre plus tard sur scène en compagnie de Liv Kristine.
Set-list:
Intro/The Great Commandment (Camouflage’s cover)
Smalltown Boy (Bronski Beat’s cover)
Don't You (Forget About Me) (Simple Mind’s cover)
Tainted Love (Soft Cell cover)
Fade To Grey (Visage’s cover)
Send Me Angel
The Sun Always Shines on TV (Aha’s cover)
Shout (Tears for fears cover)
Si Stream of Passion reste mon coup de cœur la soirée Sirenia s’avère être ma bonne surprise de la soirée. C’est donc au tour de Sirenia, combo Norvégien fondé en 2001 par Morten Voland après qu’il ait quitté Tristania, de fouler les planches de la Laiterie. Un groupe qui a changé à de nombreuses reprises de chanteuses (on en compte une nouvelle à chaque nouvel album) et dont je découvre les capacités scéniques ce soir avec un chant lead assuré par Ailyn (jeune espagnole, gagnante d’une émission de téléréalité locale) depuis la sortie du 4e album du groupe, « The 13th Floor », en janvier dernier. La set-list jouée ce soir est par bonheur très équilibrée et aucun des 4 albums (les deux premiers, plus extrêmes et plus sombres, et les deux derniers, plus accessibles et plus prévisibles) du groupe n’est laissé de côté.
Ailyn démontre de bonnes qualités de meneuse, elle manque il est vrai encore un peu d’assurance mais se révèle prometteuse, elle montre beaucoup d’enthousiasme et capte l’attention du public en le regardant dans les yeux ce qui est tout de même plus agréable qu’une chanteuse qui regarde droit devant elle dans le vide. De plus que ceux qui pouvaient douter de ses capacités vocales se rassurent, la prestation vocale est plus qu’honorable et il ne fait aucun doute qu’Ailyn colle parfaitement à la voie que semble suivre Sirenia. La formation fonctionne bien, le guitariste assure ses soli de guitare avec brio et possède l’expérience nécessaire pour ajouter un petit quelque chose à la prestation scénique de Sirenia.
Les points négatifs sont à rechercher du côté de Morten Voland qui assure le minium syndical n’est pas vraiment convaincant sur scène. On regrette aussi l’absence de claviériste et de bassiste, imposant l’utilisation de trop de sample qui rendent la prestation moins convaincante, sensation renforcée par un son médiocre.
Les derniers titres passent mieux en live qu’en studio et montrent plus de qualités.
L’accueil est bon et le groupe repart sous de chaleureux applaudissements.
Je ne m’attendais pas à grand-chose avec Sirenia, juste à passer un agréable moment, mais me voilà agréablement surprise et convaincue. Espérons que Morten laissera le temps à Ailyn (par ailleurs vraiment adorable et touchante hors-scène) de prendre réellement ses marques et de gagner en assurance.
Set-list:
The Path To Decay
Euphoria
Downfall
The Seventh Summer
Star-Crossed
Lost In Life
The Other Side
Meridian
Led Astray
My Mind's Eye
Atrocity a troqué ses danseuses contre Liv Kristine et voilà l’heure pour Leaves' Eyes de monter sur scène. Peu convaincue par leur musique, par la voix de Liv (trop linéaire à mon goût) et par leur prestation scénique sur le DVD « Saga in Belgium », je n’attends pas grand-chose du concert à part un moment sympa mais reste ouverte à une bonne surprise. Liv Kristine souffrant de problèmes vocaux depuis le début de la tournée on sent le public inquiet mais il sera vite rassuré, Liv semble en bonne forme et annonce même après le premier morceau que ce soir est un soir spécial pour elle car elle a retrouvé sa voix. Tout est bien qui finit bien, the show must go on, la voix va bien mais on peut tout de même lire une certaine fatigue sur le visage de la norvégienne malgré son maquillage.
Pour ménager un peu Liv le set est amputé de plusieurs titres qui demandent trop d’efforts à Liv pour aller chercher les notes. Le groupe notamment ne jouera pas Elegy, single du deuxième album « Vinland saga », un titre qui était attendu par le public. Il n’y a pas eu non plus de « Scarabough fair » ni de « Solemn sea », titres qui comme Elegy ont été rayés sur la set-list. Le dernier album « Njord » est particulièrement mis à l’honneur même si les trois albums sont représentés. Le plus moment fut peut être bien « Irish Rain », joué dans une version acoustique très intimiste, tous les musiciens entourant Liv perché sur un haut tabouret, c’est surement l’exercice qui sied le mieux à Leaves' Eyes et à la douce voix de Liv, un moment de pure quiétude qui nous emporte loin d’ici.
Le son dont bénéficie Leaves' Eyes, comme souvent pour les groupes de têtes d’affiches, est indubitablement le meilleur son de la soirée, chaque instrument se distingue bien même si la batterie est un peu au dessus et même si la voix est encore un tout petit peu en retrait.
Il faut reconnaître que Liv a un certain charisme mais on regrettera son manque de dynamisme et le manque d’efforts fait pour occuper la scène. A côté de ça Alexander Krull en fait beaucoup, trop même, avec le même jeu de scène mais qui se trouve bien moins approprié et très en décalage avec la musique et l’univers du groupe, monsieur Krull écrase Liv et monopolise l’espace. Liv passe quasiment tout le concert au centre de la scène en ne faisant que quelques mouvements et de discrets et lents headbang pendant les ponts instrumentaux. La force scénique de Liv n’est donc pas vraiment sa prestance mais plutôt un visage radieux et un regard plein de bonté et de joie d’être là. Une petite mention spéciale à Seven Antonopoulos qui fait un boulot du tonnerre derrière ses fûts.
Ce n’est pas vraiment une déception mais avec ce concert Leaves' Eyes confirme les réserves que j’avais avant le Beauty and the Beast Tour. Malgré quelques points positifs le résultat est mitigé me concernant, ce n’est pas vraiment un régal des oreilles et des yeux mais il faut saluer la générosité et le courage de Liv qui a beaucoup de mérites à honorer son public malgré son état de santé. Le groupe salue sous les applaudissements fournis du public, Liv et Alex restent de longues minutes pour saluer le public et serrer les mains tendues vers eux.
Set-list:
Intro + Njord
My Destiny
Emerald Island
Farewell Proud Men
Take The Devil In Me
Norwegian Love Song
Drum Solo
Northbound
Irish rain (acoustic)
Ragnarok
Froya’s Theme
Outro – Nine Waves Maiden
Et c’est ainsi que s’achève cette soirée. On regrettera les quelques soucis de son pour les premiers groupes mais aussi cette malédiction qui plane sur les voix des chanteurs (Charlotte Wessels, Carmen Elise Espenaes , Telya Melane, Tony Kakko, depuis cet automne et qui s’est abattue sur le Beauty and the Beast Tour (Liv Kristine, Marcela Bovio …). Cependant on félicite cette affiche attractive et diversifiée, il n’y a aucune redondance dans les styles abordés, chacun des groupes ayant son identité propre. Le public était au rendez-vous, l’ambiance était bonne, le lieu était idéal pour un tel évènement. Une expérience à renouveler et un constat : courez voir Stream of Passion dès que vous le pouvez et n’hésitez pas à croiser la route de Sirenia.
● Ptite Note