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chronique - "Anesidora" de Benighted Soul


         
Anesidora cover
 

Benighted SOulBenighted Soul
   France
 Date : 2002

Date de sortie
2008

   01. Medea's Anger [5:30]
 02. Fairytale [5:50]
 03. Prince of Shades [5:52]
 04. Bucephalus [5:27]
 05. Blood of Achilles [3:24]
 06. Anesidora [5:32]


On avait fini par s’habituer à la jaquette blanche du dernier opus du combo nancéen Benighted Soul, et sa Victoire de Samothrace trônant au dessus du titre grec, « Catharsis ». Mais ne vous y trompez plus ! Benighted Soul revient avec un nouvel EP intitulé » Anesidora », qui risque d’en surprendre plus d’un.
En effet, si j’étais chroniqueur chez un mauvais magazine je dirais d’entrée que c’est « l’album de la maturité », mais comme nous sommes sur Metal Symphonique, je dirais que c’est l’opus qui révèle tout le potentiel et le talent du groupe. Revenons à la jaquette d’abord. On passe des blancheurs de « Catharsis » à une ambiance sombre et inquiétante, avec cette poupée étrange étalée contre une boite dont sort une lumière mystérieuse… A défaut de comprendre la jaquette, elle attire le regard, et se garde de révéler ses secrets, qui sont cachés tout au long des 6 pistes de l’EP…

On monte le son, et c’est une sacrée intro qui démarre, d’un genre plutôt épique qu’on ne connaissait pas vraiment chez Benighted Soul. La première piste, Medea’s Anger, dévoile clairement tout le potentiel de la bande, que ce soit pour le côté épique, les orchestrations convaincantes, la voix de Jay planante et plutôt à l’aise techniquement, les gros grunts de Djang tout en puissance, ainsi qu’un lourd passage beaucoup plus rapide, rapprochant presque du black metal symphonique. On comprend bien en tout cas la volonté de frapper fort dès le début, après une démo où la première piste, Fly, avait été la plus controversée par les auditeurs. Le premier choc intervient donc dans cette intro grandiose, puis dans le passage très excité à 3’40 du titre, qui explique franchement le titre, en français la Colère de Médée. L’outro du titre est aussi très lourde, et prouvera à tous les critiques qu’on peut faire du symphonique qui soit du vrai bon metal, sans concessions sur une des deux parties.

Le deuxième choc, du moins pour ceux qui connaissaient Benighted Soul d’avant « Anesidora », concerne la deuxième piste, Fairytale. En effet, il s’agit avec Bucephalus et Prince of Shades de morceaux qui étaient déjà présents sur les deux anciennes démos du groupe. Et c’est en entendant ces « vieux » titres remis au goût du jour qu’on réalise l’ampleur du travail fourni au niveau de la production, du chant, des orchestrations et de la technique en général (mention spéciale au jeu de batterie, vraiment varié tout au long du titre). Du coup, on savoure presque comme pour la première fois ce Fairytale aux couplets tiraillés entre la voix grave de Djang et la voix angélique de Jay. Là encore, à 4 minutes, un passage technique vient varier les rythmes tu morceau, et casse la logique « couplet / refrain / couplet / refrain » qui prédomine dans la musique en général.

Prince of Shades est presque plus calme comparé aux deux précédents morceaux, bien qu’elle ne soit vraiment pas une balade. Plus de chants graves, seulement la voix tout en nuances de la chanteuse lyrique, et on peut entendre sur le refrain la voix aigue de Flavien, le claviériste. On note le gros travail sur la voix de la chanteuse, qui n’est plus purement lyrique, et qui ravira ceux qui n’apprécient pas trop les chants trop marqués par la musique classique. On pense vraiment, en entendant Jay, au chant de Floor Jansen d’After Forever, entre puissance lyrique et chant clair. S’il fallait critiquer par contre, on pourrait dire que le refrain de Prince, bien qu’on y sente toute la volonté du groupe, n’est pas le plus mémorable de l’album.

Peu importe, puisque Bucephalus s’attache à nous remettre une bonne grosse claque dès le départ ! Déjà un des meilleurs morceaux du groupe, il prend toute sa dimension ici avec les multitudes de claviers rajoutés qui donnent à cette course à cheval musicale un cadre épique, de l’ordre de ces bons vieux péplums. Le dernier refrain est à mon sens le plus beau passage d’ « Anesidora », avec des chœurs dans tous les sens, qui donneraient la chair de poule au plus insensible. Je n’ai d’ailleurs pas évoqué les paroles, qui parlent en majorité de mythes grecs. Bucephalus en tout cas raconte l’histoire de Bucéphale, le cheval d’Alexandre le Grand, et la musique et son rythme collent bien au thème. C’est évident que la qualité de production et d’orchestrations nous fait prendre conscience, plus qu’avant, de l’ambiance de ces morceaux qui ont vraiment une cohérence et si je puis dire, une atmosphère propre.

On n’a pas fini de s’étonner, et en l’occurrence ici avec Blood of Achilles qui est en fait une composition symphonique de 3m30. Sans chant ni guitare/batterie, on savoure ici ce calme avant la tempête, ce passage mélodieux plutôt envoutant et émouvant. Là où beaucoup de groupes ont une forte influence d’Hans Zimmer (pour ne pas citer Nightwish ou Epica), on se trouve plutôt ici dans le style de Dany Elfman (musiques de Tim Burton entre autres) et ce n’est franchement pas pour nous déplaire. Seul regret, on n’a bien sûr pas la qualité d’un orchestre dans les oreilles, et même si les dizaines de pistes de claviers font presque illusion, on ne peut pas s’empêcher d’imaginer la beauté qu’aurait un tel passage joué par de vrais instruments. Ceci dit, avoir une qualité pareille avec simplement du synthé et un ordinateur, ça relève de l’exploit, et à ma connaissance il n’y a que Fairyland qui y arrive aussi bien.

On apprécie encore mieux le dernier morceau après ces minutes de calme, et dès le couplet Anesidora pose le ton en ce qui concerne l’ambiance du titre, mystérieuse et sombre, malgré des airs enfantins que l’on devine en surimpression. En entendant ce titre on comprend que la jaquette n’est vraiment pas un hasard, et colle parfaitement à la tonalité de la chanson-titre. Au passage, « Anesidora » est tout simplement le nom grec de Pandore, et la chanson parle donc du fameux mythe de la boite de Pandore. Elle oppose la Pandore innocente qui ne se rend pas compte du drame qui va arriver, et la Pandore fautive qui a répandu le mal sur Terre, et qui se voit rejetée par les Dieux. La fin du titre, bien qu’un peu répétitive, est incroyablement planante, et clôt superbement l’EP, avec d’ailleurs des sonorités « électroniques » qui sont un élément dont je n’ai pas parlé plus tôt, mais bien présentes. Le tout sur fond de chant grec, dont je serais bien incapable de vous retranscrire la signification…


partie métal
4/5
 
partie symphonique
5/5
Les fans de metal pur et dur ne seront pas déçus. On n’est pas encore dans la technique d’un Symphony X, mais le groupe ne se vend pas à une musique plate ou formatée.
 
Du très bon boulot, des orchestrations très convaincants bien qu’on soit en face de claviers. Certaines envolées sont tout bonnement impressionnantes ! Les influences changent vraiment des musiques pompeuses « à la Hans Zimmer » et c’est rafraichissant.
     
Chant/choeurs
4/5
 
Harmonie d'ensemble
5/5
On aime ou on n’aime pas, mais on est forcé de reconnaitre le talent. Entre les passages doux, plus hargneux, voire carrément sombres, il y en a pour tous les goûts. Si on voulait auparavant comparer Jay à Tarja Turunen, c’est désormais plus clairement vers Floor Jansen qu’elle se tourne.
 
Les morceaux mélangent très bien plusieurs styles, qui sont réunis par les ambiances fortes qui se dégagent. La balance guitare/orchestrations est idéale, tous les élements sont parfaitement mixés sans qu’un aspect soit plus mis en avant que l’autre. Un délice.



En conclusion, on peut dire qu’ « Anesidora » est le premier opus vraiment marquant du groupe, et c’est peut-être pour ça d’ailleurs que le groupe l’a appelé « EP » et non « démo ». Il pose les fondements du style Benighted Soul, bien à part, entre mélodies épiques et plus sombres, chants angéliques ou passages violents, avec une atmosphère mystérieuse qui leur est propre. Honnêtement, je n’ai pas grand-chose à redire à cet EP très abouti qui pourrait ne pas plaire aux personnes rebutés par le style, mais qui ravira tous les fans d’univers uniques et de belles voix lyriques. Du très haut niveau pour un groupe français sans label en tout cas. Vivement le label et l’album !


Evernight